Loupe du ‘Le Rénovateur’ : La justice, c’est quand les prisons sont vides ou pleines ?

Les sujets ne manquent pas aux hommes politiques pour occuper les citoyens, quand la justice faite contre les pauvres ne fait pas vendre le discours Dia renovateurpréélectoral. Pourtant les scandales sont légion dans un pays où aucun cas de crime économique n’a été un jour puni comme il se doit. Alors que le plus petit délit est passible d’une peine d’emprisonnement.

S’il s’agit de perquisitionner le domicile d’un petit dealer, c’est toute une brigade qui se mobilise, se déploie dans tous les sens comme si le ciel allait tomber. Si c’est un gros caïd qui est signalé dans un luxueux endroit , il est aussitôt averti et trouve une porte de sortie par son hôtel.

La prison est faite pour accueillir les plus faibles. Le séjour d’une haute personnalité dans les geôles est dans la plupart des cas le résultat d’un règlement de comptes politiques.

Quand la justice est un homme d’affaires, il suffit de quelques heures pour faire le lien entre cette mise en examen et un différend qui oppose le prévenu au système politique dominant. Sur fonds d’un marché douteux qui aura mal tourné. Les mauritaniens ne se font plus d’illusions sur ces mises en scènes devenues récurrentes qui créent des affaires rocambolesques chez nous et qui viennent à chaque fois prouver que la justice subie par les faibles est plus cruelle que l’injustice accordée aux puissants.

Si la loi était appliquée dans sa rigueur, il n y aurait pas de places où mettre les grands délinquants et autres auteurs de crimes de toutes sortes. Les juges ne s’intéresseraient plus aux larcins à côté de la grande pègre bourgeoise. Il est fréquent de rencontrer dans les couloirs des tribunaux des présumées voleurs, tueurs, agresseurs qui ont été accusés sur la base de fausses dépositions faites par des plaignants plus forts, voulant annuler une dette ou une quelconque affaire qu’ils cherchent à étouffer dans l’œuf.

Les domestiques qu’on accuse de vol de biens d’une famille qui les employaient, des ouvriers qui ont souffert des mois à construire un chantier, des étrangers traitant avec des nationaux des affaires financières etc., les exemples sont nombreux.

La justice est sous forte influence de la part de ceux qui ont pignon sur rue, pressée qu’elle est d’en découdre avec les petits calibres et mettant toujours en sursis les gros bonnets. Comparés à la petite poignée de prévaricateurs qui attendent de purger leurs peines ou qui espèrent trouver un arrangement convenable, le nombre de prisonniers en détention dans les différentes maisons d’arrêt du pays issus de milieux défavorisés est impressionnant.

Mais tant que c’est une justice à double vitesse qui a prononcé les verdicts, la main de la force publique pèserait sur les têtes mal protégées. Une loi qui s’applique plus sévèrement sur certains et moins sur d’autres finira par payer ses mauvaises factures quand les magistrats sous ordres se retrouvent à la place de ceux qu’ils ont un jour jugé et qu’ils auront côtoyé sans les reconnaitre ; partageant avec eux les mauvaises épreuves du bagne.

L’Etat de droit n’est pas celui qui remplit les prisons, mais celui qui éduque les citoyens à ne pas y aller et si c’est le cas, cela doit s’appliquer pour tous sans distinctions !

Cheikh Tidiane Dia

Source : Le Rénovateur Quotidien

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