Loupe du ‘Le Rénovateur’ : L’armée et la politique : l’impossible divorce

CHEIKH TIDIANE DIA- RENOVATEURCes nouvelles élections qui se préparent donnent déjà une idée claire que le jeu politique en Mauritanie reste tributaire des vieilles méthodes héritées du système fabriqué par le pouvoir militaire qui est le seul à décider du sort du peuple. La politique se fait sous le parrainage des officiers supérieurs très influents de l’armée.

Derrière tous les choix opérés au sein du parti de la majorité se profile la main d’un Général dont les décisions comptent depuis la formation des listes candidates en passant par la campagne politique jusqu’aux votes. Cette pratique est très visible et parfois ostentatoire dans certains cas.

Il suffit qu’un candidat bénéficie du soutien d’un haut gradé pour qu’il dispose de l’argent et d’autres privilèges permettant de voler très haut sur le ciel des parachutages politiques.

Dans la plupart des circonscriptions électorales, les candidats parrainés par les « barons » militaires profitent de cette occasion pour mettre toutes les chances de leurs côtés. L’arrivée des Généraux a davantage favorisé l’autorité de l’armée sur les décisions politiques au point de bouter hors du jeu les anciens leaderships locaux.

A Nouakchott et dans les villes de l’intérieur les listes de l’UPR ont été concoctées sous certaines instructions militaro-tribalistes qui se sont substituées à la volonté des directions politiques du Parti-Etat.

Cela a, d’une large manière entraîné une levée de boucliers au sein des bases locales où les choix ont fait voler en éclat les structures de l’UPR. Dans les réunions des salons, les consignes sont fermes : il faut se mobiliser fortement derrière le candidat épaulé par un tel gradé qui tient à faire élire son homme de confiance à la tête d’une liste présentée sous les couleurs du Parti présidentiel. Il faut surtout user de tous les moyens pour barrer la route à un des challengers de taille issus d’autres formations notamment de l’opposition.

On comprend dès lors que le travail fait par l’armée vise à consolider le système au pouvoir aussi bien par les armes que par les urnes. On ne lésine pas sur les moyens pour réussir une telle mission cruciale qui met en jeu les intérêts et la crédibilité des hommes dans leurs fiefs. Il suffit de voir ce qui se passe dans chaque localité d’où est originaire un Général impliqué dans la politique locale pour se rendre compte de la forte influence qu’il exerce sur le terrain politique.

Il est évidemment facile de s’en défendre mais la réalité sur le terrain est là pour démontrer que l’armée est loin de se désintéresser de la politique. Cette proximité de la Grande muette avec les affaires politiques remonte de loin. En démocratie la séparation demeure toujours impossible.

Au temps de Taya le vote militaire permettait de faire passer largement le Président dès le premier tour. La réglementation politique de ce vote de l’armée avait permis par la suite de réduire quelque peu l’anarchie et de donner surtout un choix pour un vote libre.

Cette disposition avait été perçue comme une volonté d’éloigner l’armée du jeu politique. Mais c’est sans compter avec les vieilles pratiques. L’armée a bien les pieds dans la politique et ses hauts cadres sont des parrains infatigables des hommes qu’ils mettent en orbite pour défendre les intérêts du système qu’ils entendent sauvegarder à tout prix !

Cheikh Tidiane Dia
Le Rénovateur Quotidien

Source : Le Rénovateur Quotidien

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge