Loupe du « Rénovateur » : Esclavage et récupérations politiques (suite)

Cheikh Tidiane Dia - rimweb.net

L’existence depuis trois longues décennies de dispositions juridiques visant à éradiquer l’esclavage n’avait pas permis aux défenseurs des premières générations de cette cause d’engager une offensive de grande envergure pour mettre la pression sur le système esclavagiste afin d’aboutir à une libération progressive des anciens serfs.

Cette situation s’explique par le fait que la plupart des figures de proue anti-esclavagiste se sont aplatis au profit de postes politiques que les pouvoirs successifs n’hésitaient pas à renouveler sous une forme ou sous une autre.

Le mouvement SOS-esclave a joué un rôle important au plan national et international pour plaider la cause des victimes de cette pratique séculaire. Sans toutefois réussir à fédérer les forces de libérations.

L’incarnation d’un combat par un homme ne disposant pas de toutes les armes qu’il faut pour rassembler ses frères d’infortune ne facilitait pas un travail politiquement complexe. Surtout quand les enjeux divisaient les hommes et aiguisaient les appétits.

Face à cette question, les président Haidalla et son successeur Taya n’ont pas eu la même perception sur la gestion de ce dossier de l’esclavage. Il est évident que si le premier a en avoir posé les jalons avait plus de dispositions politiques à accompagner la cause anti-esclavagiste, le second a plutôt détourné l’opinion sur la nécessité de faire évoluer le débat au point que la situation tournait en faveur du système féodal.

On a vu comment avec Ould Taya des faucons politiques de toutes les communautés jouaient sur cette fibre pour barrer la route à des franges dites inférieures. Des promotions politiques ont été compromises par l’usage de cette arme répressive durant la période de Taya sous l’influence des hommes du système.

Il faut dire que la loi anti- esclavagiste allait longtemps rentrer en hibernation si des dispositions plus énergiques n’avaient pas été renforcées sous le court règne de Sidioca. Visiblement les défenseurs nourrissaient un certain espoir de voir ce dossier dépasser de simples décisions théoriques. L’arrivée au pouvoir du Président Mohamed Ould Abdel Aziz a ouvert la porte à un grand mouvement de révolte dans tous les milieux et pour cause !

L’homme n’a pas eu le courage et la modestie d’écouter les revendications au départ pacifiques des activistes des droits de l’homme exigeant l’application des instruments juridiques pour éliminer les survivances de cette pratique. Au lieu de saisir l’opportunité pour accompagner avec intelligence cet élan de revendication légitime, il a prêté l’oreille à ses sbires pour diaboliser les défenseurs de la cause anti-esclavagiste.

Jamais le pays n’a connu autant de brouillement politique autour de cette question, autant le pouvoir n’a utilisé tant l’arme de la récupération politique pour se dresser contre les mouvements de lutte animés par une nouvelle génération intellectuellement valable et disposant plus de force de frappe et de nuisance contre le pouvoir et ses valets.

Aziz a mis en place un dispositif de réplique élargi autour d’un front politique , religieux et philosophique pour anéantir tout ce qui bouge sur la scène pourvu que la stratégie mette en échec tous ceux qui tentent de faire infléchir le pouvoir en démasquant ses hypocrisies et ses mensonges. L’arrestation de Biram Ould Dah et ses compagnons , la fausse campagne officielle de lutte contre l’esclavage par la distribution de dividendes et de poignées de vivres dans les adwabas , les prêches commandés et autres moyens de récupérations politiques ne sont que la face cachée d’un refus d’instaurer un dialogue responsable sur l’ensemble des questions qui minent l’unité nationale.

Cheikh Tidiane Dia

Source : Le Rénovateur Quotidien

 

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