L’Union africaine et la démocratie : les coups d’état tolérés !!!

UA-AFRICAINE

À chaque coup d’État, l’Union africaine suspend le pays en question “de toutes ses activités jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel”. Réflexe mécanique qui cache mal le statut accessoire de la démocratie, pour l’organisation continentale. La suspension vaut le temps que le nouveau pouvoir se banalise et que l’UA puisse lever discrètement la sanction. Son Conseil de paix et de sécurité vient d’appliquer la sanction à l’Égypte. Avant… d’y envoyer une délégation. Malgré les 387 réunions de ce Conseil — avec un tel activisme, cela fait un peu Conseil de Sécurité — l’Afrique n’a, à ce jour, pas encore réglé la moindre crise interne avec ses propres moyens militaires ou politiques. L’offensive des groupes terroristes au Mali qui, sans l’intervention de la France aurait tourné à la promenade vers Bamako, a montré l’insondable faiblesse sécuritaire du continent. Celui-ci demeure un gouffre pour les forces intérimaires, d’interposition et de maintien de la paix des nations. Impuissante à assurer la paix entre ses États membres, ni même à protéger les populations, y compris quand elles sont la cible de génocides (Burundi, Darfour…) ou de crimes de masse (Centrafrique et Nord Kivu), incapable d’animer un mouvement de développement économique du continent, de concevoir un cadre de promotion sociale ou culturelle de l’Africain, elle continue à s’investir dans sa vocation originelle : organiser la solidarité des régimes en place dans les États membres. Le “Mécanisme africain d’évaluation par les pairs” constitue, à ce titre, l’illustration de ce que peut être une institution de gestion de la connivence : “Évalue ma gouvernance, que j’évalue la tienne” ! Que peut encadrer un tel “mécanisme” sinon l’échange de bons procédés et d’encensements mutuels ? En tout état de cause, les Africains doivent ignorer jusqu’à l’existence dans cet instrument d’auto-évaluation de leur gouvernance par les régimes qu’ils endurent. Pas plus qu’ils n’ont prêté attention aux promesses du Nepad, étrange initiative africaine mais reposant sur l’exclusive bonne volonté du G8, carrément assigné à son financement ! Qu’importe ! Ce qui comptait, c’est l’illusion d’optique que l’UA devait produire, là où c’est possible, d’une organisation orientée vers la sécurité et le développement des peuples africains. Ce qui lui aurait assuré quelque crédibilité pour poursuivre sa mission de préservation des régimes associés. Son dernier coup d’éclat, en la matière, vient juste après la condamnation, pour la forme du coup d’État en Égypte : il s’agit de cette opération, renouvelée au Zimbabwe, de faux témoignage quant au scrutin qualifié de “pacifique, ordonné, libre et honnête” par un Olusegun Obasanjo, à l’occasion, décidément, pas avare d’épithètes ! Et c’est l’organisation chargée de promouvoir l’émancipation politique, économique du continent qui applaudit et légitime du coup de force électoral pour un septième mandat d’un despote de soixante-dix-neuf ans en poste depuis trente-trois ans ! Les coups d’État pour rester, oui ! Les coups d’État pour changer, non ! Telle semble être la devise de l’UA. Rien ne semble assez embarrassant chez les politiques africains quand s’il s’agit de s’accrocher, à un âge parfois très avancé, pathétique, à leur dérisoire puissance. Et ils ont un syndicat pour cela.

 Mustapha Hammouche

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