« M. le Président, si vous voulez voir les corrompus, leurs rangs sont si près » …Par Salma Mint Cheikh El Weli

 Salma Mint Cheikh El Weli

Je dirai que c’est une bonne tradition. Il est beau que le peuple rencontre son Président, voire admirable que le peuple s’exprime sans procuration. Les mandatés ne sont pas tous des fidèles et rien ne peut grattez mieux votre peau comme votre ongle. Mais, le peuple arrivera-t-il réellement au rendez-vous et que dire de l’exode qui précède la rencontre de plusieurs jours ?

La wilaya dotée de ses administrations collectives et de ses moyens est-elle incapable de préparer, sans haie, un Ligha du Président avec son peuple? Pourquoi les autorités centrales dissimilent les vrais visages de la réalité des yeux du Président à travers l’organisation de campagnes d’assainissement et d’embellissement empressées pendant ces rares occasions.

J’ai assisté à l’édition précédente de Lighaa Chaab à Atar. Comme les autres journalistes, je suis venue dans la ville avant l’arrivée du Président. Nous avons réalisé des interviews et des reportages qui nous ont permis de constater la réalité du terrain et de connaître les attentes placées en cette visite.

Les rêves des démunis étaient grands. Ils nourrissaient tant d’espoir, comme si Ligha Chaab est le déclic de la fin de toutes les souffrances qu’ils ont endurées depuis des lurettes.

Il m’est difficile d’oublier ici cette femme qui m’a prié de lui trouver une invitation d’accès au stade de football d’Atar, où sera organisé le Grand Oral, du fait qu’elle a des confidences à dire au Président. Tout en étant convaincue qu’elle ne l’atteindra pas, je lui ai remis ma carte d’invitation, surprise de voir ses larmes couler de joie, comme si ses utopies se sont spontanément concrétisées.

Je me souviens encore de ce vieillard qui a parcouru des milliers de kilomètres pour réclamer ce qu’il a qualifié des droits en faveur de son enfant tué injustement sans que son meurtrier soit identifié. Non plus cette vieille qui représente un village éloigné, venu se plaindre de la soif des siens depuis le début de la sécheresse.

Tous attendent avec patience la rencontre et chacun mûrit bien ses réflexions pour exprimer ses vœux les plus pressants, après les avoir portés vainement à la connaissance des préfets et des walis qui refermaient les portes devant eux.

Il n’était pas étonnant de dire qu’il s’agit tout simplement d’une comédie, car ceux qui ont rencontré le Président, sont ceux qui l’ont accompagné, du fait que les premières places étaient réservées aux personnalités influentes qui s’étaient elles mêmes agenouillées pour les précédents chefs d’Etat ou qui ont hérité les apologies et les applaudissements, , formant des boucliers humains infranchissables aux ondes des gémissements des affamés adressées au Président.

Les rideaux de la troisième édition tombèrent enfin. Les journalistes ont posé leurs questions consignées par leurs organes de presse ou par leurs orientations politiques. Le peuple spectateur ne dispose d’aucun moyen pour s’exprimer.

Tous s’en aillent. Nous sommes restés recueillir la colère, les plaintes et la trahison. Aucun son ne s’élève sur celui de la masse. « Nous n’avons pas pu rencontrer le Président. Ils nous ont menti et se sont accaparés à eux seuls son Ligha » disent-ils, se mordant de déception.

Voila la 4e édition poser ses scelles à l’extrême Est mauritanien, où se trouve le poids électoral, la pauvreté aigue où accomplit actuellement le pèlerinage à la Terre du Grand Oral du Président des centaines voire des milliers d’affamés, portant leurs rêves vers Ligha Chaab dans l’espoir de les voir se matérialiser.

C’est le peuple qui comprend très peu aux discours des hommes politiques, qui ne différencie pas entre la démocratie et la bureaucratie. Les démunis qui ne recourent à l’Etat que par une impérieuse nécessité.

Ils s’étaient habitués à vivre de l’élevage de leurs troupeaux et de la culture de leurs champs, jusqu’à la naissance improviste de l’Etat moderne envahisseur, avec ses exigences multiples.

Ils s’aperçoivent progressivement guetter par le spectre de la faim, de l’ignorance et des épidémies, flottant au milieu des discours politiques et des promesses de progrès et de prospérité, aux esprits égarés et interpellant de tous les côtés, cherchant le pain, l’eau, rêvant de tendresse, de toit, suspendus aux promesses du bien être et du développement. Mais, leurs complaintes sont renvoyées par l’impénétrable mur des laudateurs qui les sépare du Président.

meyadin

Source : Rapide Info

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