Majorite présidentielle : Des saignées anormales

Jamais pouvoir politique en Mauritanie n’a développé une capacité de rejet aussi grande que la majorité présidentielle actuelle. La situation foule de soutien a AZIZnormale dans le jeu politique local, est que les vagues de défection se fassent toujours dans un seul sens, de l’enfer abyssal de l’opposition vers les rivages ombrageux du pouvoir.

Or, la « Mauritanie Nouvelle », celle des mirages postélectoraux de l’ère azizènne semble n’avoir été pavée que de déceptions. Hier, c’étaient des cadres du RFD qui migraient vers le parti-Etat. Aujourd’hui, c’est toute une commune, celle de Maghta-Lahjar, et avant elle Aoujeft et d’autres localités du pays, qui basculent dans l’escarcelle des partis de l’opposition, déçus par les réformes non engagées et les promesses non tenues. Même les alliés d’hier, la Coalition Pour une Alternance Pacifique (CAP) commencent à jeter l’éponge de la compromission, celle-là qu’ils ont entretenue depuis les accords de 2011.

La CAP vient de jeter un pavé dans la mare. Cette coalition de partis politiques qui avaient déserté la Coordination de l’opposition démocratique (COD), convaincus qu’ils pouvaient sceller avec la majorité présidentielle une sainte alliance, ont en effet accusé le gouvernement d’avoir sabordé les termes de l’accord conclu en septembre 2011 aux termes d’un dialogue que la COD avait boycotté. Après une année de compagnonnage, ils dénoncent aujourd’hui la non application des points les plus essentiels de l’accord, notamment l’irrespect des textes régissant le fonctionnement de l’administration et l’utilisation abusive du pouvoir à des fins politiques. Dans un communiqué publié hier, les partis constituant la CAP, Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheïr, El Wiam de Boïdiel Ould Houmeïd et Sawab d’Abdessalam Ould Horma, aurait ainsi fustigé le non respect des clauses signées relative à la bonne gouvernance, à la professionnalisation et la neutralité de l’administration, à l’incompatibilité de certaines fonctions publiques avec des postes électifs ou politiques. Ils ont fustigé notamment les abus perpétrés contre les lois et règlements qui régissent la Fonction Publique, soulignant que des personnes étrangères à l’administration en détiennent aujourd’hui les postes névralgiques, alors que les nominations et l’élévation aux grades ne répondent plus qu’à des critères népotistes et partisans. Il en serait ainsi dans la nomination aux conseils d’administration des entreprises publiques, destinée par la loi aux hautes fonctionnaires de l’Etat et aujourd’hui distribuée sur la base de la fidélité politique. La CAP a également relevé l’utilisation abusive du Commissariat à la sécurité alimentaire (CSA) comme un levier de propagande au service du pouvoir, dans la mesure où les fonds destinés aux foyers pauvres, dons de l’Afrique du Sud, seraient présentés aux ayants-droits comme des largesses offertes par Mohamed Ould Abdel Aziz. Même l’agence nationale de lutte contre les séquelles de l’esclavage, fruit de l’accord politique de 2011 aurait été selon la CAP monté à l’insu du partenaire du dialogue qu’elle est.

En définitive, cette diatribe sévère de la CAP qui augure d’une rupture dans la sainte alliance, viendrait renforcer la conviction établie par certains qui ne s’étonnent plus de la capacité de la majorité présidentielle à décevoir tous ceux avec lesquels elle a signé des accords. Presque toute la classe politique aurait ainsi initié cette politique du rapprochement avant de se brûler aux feux de la déception, le RFD d’Ahmed Ould Daddah, Tawassoul ; Hatem, AJD/MR, ADIL, RPM, Convergence démocratique…Et la liste des déçus est interminable. Après Aoujeft qui a basculé dans le giron de l’UFP après avoir cru en Mohamed Ould Abdel Aziz, c’était autour de Maghta-Lahjar et de ses communes de signifier par la voix de leurs élus, notamment le député de Maghta-Lahjar, Moulaye Ould Brahim, ses cadres et ses notables, qu’ils rejoignent avec armes et bagages le parti islamiste Tawassoul. Après avoir chanté les louanges du pouvoir, ils l’appellent maintenant à partir. Le « Rihal » en prend un sacré coup de cravache.

Cheikh Aïdara

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