Mali : le douteux pari de la France


Paris le considère comme le seul interlocuteur légitime au nord du pays. Mais que pèse vraiment le mouvement touareg laïque MNLA ?

 

 

 

 

 

 

C’est par eux que la guerre est arrivée. Les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ont ouvert la boîte de Pandore, en déclarant il y a six mois l’indépendance du Nord-Mali. Une revendication dans la droite ligne des aspirations du groupe ethnique auxquels ils appartiennent : les Touareg. Minoritaires dans la zone, mais armés, ils sont passés à l’action. Ambitieux, ils se sont rapidement trouvé des alliés de circonstance – touareg eux aussi : les djihadistes d’Ansar Dine.

Mais une fois les principales villes du Nord conquises, l’ambiance a radicalement changé. Les laïques du MNLA ont été terrassés par leurs camarades islamistes. Le mouvement s’est retrouvé isolé, tant sur le plan militaire que politique. Depuis, plus rien. Jusqu’à cette semaine, un peu avant l’arrivée des forces françaises à Kidal, dernière grande ville du Nord-Mali ; profitant du vide laissé par la fuite des djihadistes, les rebelles touareg se sont autoproclamés libérateurs de la ville.

Un mouvement qui ne pèse rien

Dans la foulée, les voilà qualifiés de seuls interlocuteurs possibles pour les futures négociations de paix par Dioncounda Traoré, président par intérim du Mali, ainsi que par le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian. Une situation nouvelle qui irrite et inquiète André Bourgeot, spécialiste de ce pays et directeur de recherches au CNRS. « Militairement le MNLA ne représente pas grand-chose, démographiquement ils sont ultraminoritaires et politiquement ils n’existent pas vraiment », assène-t-il. « Les Maliens dans leur immense majorité les considèrent comme responsables de la situation actuelle et font un amalgame avec les djihadistes. »

Ces derniers ont fui devant le rouleau compresseur français, mais n’ont pas disparu pour autant. Depuis leurs montagnes, ils constituent encore une menace sérieuse pour une armée malienne encore déliquescente. Philippe Hugon estime que « des négociations seront bientôt inévitables et le MNLA est la seule structure suffisamment organisée et armée pour tenir le Nord-Mali. » À en croire ce directeur de recherche à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), « il est vrai que le MNLA a beaucoup perdu en légitimité par ses alliances avec le diable et ses échecs militaires, mais il n’y a pas d’alternative. »

Ex-fidèles de Kadhafi

Le profil et l’importance réelle de cette organisation rebelle posent tout de même question. Revenus de Libye après la chute de Muammar Kadhafi, ces Touareg sont soupçonnés d’exactions et de participation au massacre de soldats maliens, il y a huit mois. Leur porte-parole Mossa Ag Attaher a d’ailleurs expliqué dans une interview au journal Le Télégramme ne pas vouloir négocier avec l’armée malienne, mais uniquement avec les forces françaises.

Il faut dire que les Touareg indépendantistes connaissent bien Paris. La France a longtemps misé sur ce groupe, au passé et aux actions troubles, pour tenir à distance les islamistes dans la région. « Dans cette affaire le MNLA essaye de se refaire une virginité grâce à ses alliés occidentaux, résume Francis Simonis, historien à l’université d’Aix-Marseille. Mais cela posera un problème politique aux Maliens. » Et à la France si elle joue à nouveau la carte du MNLA et que ce dernier se fait à nouveau écraser par ses alliés djihadistes d’avant-hier.

 

Lepoint

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