Les jihadistes français au Mali, qui sont-ils ?

Dans le massif de l’Adrar des Ifoghas, dans l’extrême nord-est du Mali, soldats tchadiens, français et maliens mènent d’âpres combats. Dans un univers minéral et aride, ils traquent un ennemi déterminé : des jihadistes qui n’hésitent pas à se faire exploser plutôt que de se rendre.

Mais, jeudi 7 mars, l’armée française a annoncé qu’une « demi-dizaine » d’entre eux avait préféré la vie et déposé les armes. Parmi ces ennemis qui combattent « pratiquement face à face », selon les propres termes du ministre de la Défense, les soldats françaisont découvert un compatriote.

Est-ce un phénomène nouveau ?

Non. Les tout premiers Français ont commencé à mener le jihad dès les années 1980. Les Soviétiques mènent alors une guerre en Afghanistan. De nombreux combattants étrangers gonflent les rangs des moudjahidines contre les Russes. A leur retour, les vétérans se feront appeler « Afghans » et vont faire « jurisprudence », explique Mohamed-Ali Adraoui, chercheur à Sciences Po (1).

L’Afghanistan a été « le premier front ». Ensuite, « à partir de la France, il y a un certain nombre de personnes qui ont suivi différents parcours : en Bosnie-Herzégovine ou en Algérie, dans les années 1990, en Irak dans la décennie 2000« . Aujourd’hui, le Mali fait figure de nouveau front.

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Combien y a-t-il de jihadistes français ?

Mi-janvier, le juge d’instruction antiterroriste Marc Trévidic a avancé le chiffre de  »dix à quinze Français ou résidents français » partis dans le nord du Mali, via le Niger ou l’Algérie. Il a souligné que leur décompte était toutefois difficile. Un présumé jihadiste français a été arrêté au Mali en novembre et expulsé vers la France. Un autre a été intercepté à Niamey, au Niger. Quatre personnes, dont trois Français, ont été arrêtéessur le territoire français avant de partir.

Mais le Mali n’est pas la seule destination de prédilection des jihadistes. D’autres peuvent choisir le Yémen ou la Syrie. A francetv info, le juge Trévidic affirme qu’« on peut avoir une cinquantaine de Français dans la nature actuellement ».

Sont-ils plus nombreux en France que dans les années 1980 ? « A ma connaissance, leur nombre n’a pas beaucoup changé », explique Mohamed-Ali Adraoui. Il avance un chiffre plus modeste que celui du juge. Pour lui, il y aurait une « dizaine, voire une vingtaine de personnes capables de combattre. On n’a jamais dépassé ce nombre-là. »

Quel est leur profil ?

Difficile de définir un profil type, mais on retrouve des « régularités », poursuit le chercheur. « Ce sont des jeunes qui choisissent d’aller combattre. » Ils peuvent être« fascinés par la violence » et vouloir mener un « combat anti-impérialiste » contre des« formes de domination », comme en Palestine, en Irak, en Afghanistan. Enfin, ils peuvent nourrir un certain nombre de frustrations.

Pour leur entraînement, certains passent par l’Afghanistan ou par les zones tribales du Pakistan, à l’image de Mohamed Merah. Mais ce n’est pas toujours le cas. D’autres se forment en fouillant le web« Ils apprennent à picorer sur internet. »

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Le juge Trévidic explique à francetv info qu’« il faut aller faire le jihad, c’est à la mode. Alors, cela peut être au Mali, au Yémen, au Waziristan [nord-ouest du Pakistan], en Somalie. (…) Ils essayent. S’il y a une occasion, ils vont s’y jeter, sans aucune préparation. Avant, dans le temps, c’était toujours des réseaux terroristes qui prenaient en charge dès le départ et qui faisaient passer le candidat jusqu’à un camp d’entraînement. C’était quelque chose de très structuré. »

Comment sont-ils surveillés ?

Conséquence de ces changements, la surveillance se complexifie. Un réseau structuré est plus facile à surveiller que des individus isolés et imprévisibles. Le présumé jihadiste arrêté dans le nord-est du Mali ne faisait d’ailleurs pas partie d’une filière, selon François Hollande.

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Reste que la France est réputée pour avoir l’un des dispositifs de lutte antiterroriste les plus performants au monde. Les suspects qui se rendent dans des zones sensibles sont suivis à leur retour, et en cas de soupçons de radicalisation, la surveillance se renforce. Ce qui n’empêche pas certains de passer entre les mailles du filet, comme Mohamed Merah. En France,  »selon les services de sécurité, il y a entre 100 et 300 personnes » surveillées, poursuit Mohamed-Ali Adraoui, qui s’empresse de préciser que « cela ne veut pas dire qu’elles vont passer à la violence ».

(1) Auteur de Du Golfe aux banlieues, le salafisme mondialisé. A paraître le 20 mars aux Presses universitaires de France.

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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