Manifestation de l’opposition : Nouakchott retient son souffle et le colonel Vall en première ligne – Aucun commentaire

Après la déconvenue du 2 mai dernier, marquée par la féroce répression policière du sit-in que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) avait organisé à la Place Ibn Abass, les adversaires du Président Mohamed Ould Abdel Aziz qui réclament toujours son départ devaient récidiver hier. L’entrée en lice de l’ancien Chef de l’Etat et ancien chef de la Police, le colonel Ely Ould Mohamed Vall pourrait donner une nouvelle tournure au bras de fer qui oppose le régime en place et la COD.

Nouakchott a retenu hier son souffle, quelques heures avant la marche populaire que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) s’apprêtait à organiser, à partir de l’ancienne maison des Jeunes. L’arrivée à la place Ibn Abass devait s’accompagner d’un meeting populaire suivi d’un sit-in que les autorités semblent ne vouloir tolérer. C’est ce dernier point d’ailleurs qui avait provoqué le clash du 2 mai dernier, lorsque d’impressionnantes forces de police délogèrent les manifestants à coups de grenades lacrymogènes et de jets d’eau.

La même appréhension a plané hier sur la capitale, où tous les regards aussi bien ceux de la classe politique que des services de sécurité étaient pointés sur ce que le pouvoir considère comme l’énième « provocation  » de l’opposition. En prélude à cette sortie, le parti au pouvoir, l’Union Pour la République avait organisé des séries de contre-manifestations dans toutes les villes et hameaux du pays, pour expliquer le bien fondé des politiques initiées par le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz et la nature subversive et « antipatriotique  » de l’opposition. Un exercice de style qui avait paralysé le pays pendant quelques jours, car le gouvernement était en campagne, et qui a coûté un budget faramineux que les pontes du parti affirment avoir financé par des dons individuels alors qu’une partie de l’opinion les accuse de s’être servis dans les caisses de l’Etat.

La démonstration de force que l’opposition s’apprêtait à organiser constituait dès lors le meilleur indicateur pour évaluer l’effort de diabolisation entamée par la majorité et pour lequel des fortunes ont été dépensées.

La question qui alimentait les discussions de rue et de salon toute la journée d’hier, a porté dans l’essentiel sur l’intérêt d’une telle démarche et la capacité de l’opposition à mobiliser la rue. Question subsidiaire, une partie de l’opinion s’est également interrogée sur le degré de résistance des manifestants et leur capacité de résistance pour empêcher que la déroute du 2 mai ne se reproduise, face à l’assaut policier et aux déluges de gaz asphyxiant. Et pourtant, malgré les menaces des autorités, la COD semble résolue à clore la marche et le meeting par un sit-in de 24 heures dans l’espace Ibn Abass sous le slogan « AZIZ Dégage ! »Cette fois, les leaders et militants de l’opposition affirment avoir pris des leçons de la dernière sortie malencontreuse du 2 mai dernier et qu’elle a affûté ses armes pour faire face à toute intervention musclée des forces de l’ordre si les autorités décident de lancer l’assaut. Cette fois, c’est l’ancien putschiste Saleh Ould Hanana, président du parti HATEM qui a été chargé par ses pairs de l’opposition d’adresser une demande claire aux autorités, leur expliquant que l’opposition envisage de manifester ce jour du 9 mai 2012 sans fixer de temps, alors que ces dernières cherchent à obtenir un chronométrage précis des activités envisagées.

Ainsi, cette absence de temps dans l’autorisation de manifester pourrait créer une polémique aussi bien politique que juridique quant à la légalité ou non du sit-in projeté par l’opposition.

C’est cette inconnue qui avait jeté l’effroi dans les rangs des habitants qui surveillaient de près hier, la réaction des autorités face à un sit-in non explicitement déclaré. Beaucoup s’attendent à un clash inévitable sans que l’ampleur de ce nouveau face-à-face entre la rue et la police ne puisse être déterminée. Dans les différents commissariats de la capitale, l’alerte semblait d’ores et déjà donné et les unités chargées du maintien d’ordre sur le qui-vive. Le dispositif de la répression pourrait cependant être revu, car en plus des grenades lacrymogènes et des jets d’eau, il aurait été question de l’utilisation des matraques électriques et des chiens policiers, dans une première dans l’histoire des manifestations en Mauritanie. Mais l’utilisation de telles armes dans la nuit posait des risques énormes aussi bien pour le public cible que les policiers eux-mêmes.

Ce qui est sûr, le champ de bataille des confrontations, la Place Ibn Abass, présentait vers l’après-midi le calme des jours ordinaires. Les lieux ont été nettoyés et récurés en prévision des affrontements que certains situaient probablement a nuit, entre 2 heures et 4 heures du matin.

Mais l’entrée d’un personnage charismatique de l’envergure du colonel Ely Ould Mohamed Vall, ancien Chef de l’Etat et ex-chef de la Police pendant plus de vingt-ans risque de bouleverser la donne. L’intrusion de plus en plus marqué de cet officier des renseignements, longtemps cloîtrés dans un silence impérial semble cacher des dessous que seul l’avenir pourra étayer.

A quelques encablures de la grande marche, il a en effet personnellement invité les habitants de Nouakchott à prendre massivement à la manifestation de l’opposition. Selon Ould Vall, le pays traverse une situation de crise exceptionnelle qui n’épargne aucun secteur de la ville nationale. Dans un document qu’il a diffusé hier, il a assimilé l’engagement de tout Mauritanien dans la fronde à un devoir national.

La messe semble avoir été dite et il ne restait plus à l’histoire que d’écrire cette page de l’histoire politique du pays.

Cheikh Aïdara.

Source: lauthentique

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