Manifestations, morts et blessées ces trois dernières années

Lemine Mangane, Abou Fall, Cheikh Ould Rajel Ould Mouallah, Mohamed Ould Mechdhoufi, Fatimettou Mint Jeili Ahmed Ould Nah et Leila Grenades jetées par la Garde et récupérées par les grévistes de la MCMMint Ahmed ont été tués ou blessés par les forces de l’ordre mauritaniennes au cours des manifestations, ces trois dernières années, selon une enquête de Alakhbar.

Ils protestaient, Selon eux, contre la dégradation des services publics, le pillage des ressources du pays, le racisme, les mauvaises conditions de l’enseignement et la fermeture, la militarisation ou la transformation en casernes militaires d’établissements scolaires et universitaires.

Certains mauritaniens estiment que ces manifestations montrent la profonde déception des couches et communautés marginalisées et frappées par l’injustice. D’autres en voient un signe d’ouverture du régime qui a permis à chacun d’exprimer librement ses opinions.

Populations mécontentes

Des jeunes de Magta-Lehjar symbolisent la soif

Des jeunes de Magta-Lehjar symbolisent la soif

Le manque d’eau et d’électricité, l’enclavement et la hausse des prix des denrées font partie des causes des contestations à Méderdéra, Magta-Lahjar, Guerrou, Kiffa, Tintane, Djiguenni, à Fassala et dans d’autres endroits du pays.

Ainsi, le 5 avril 2012 à Magta-Lehjar, dans la Wilaya du Brakna (sud), les populations sont sorties en sit-in protestant contre la pénurie d’eau. La police les a dispersées et 19 personnes sont arrêtées. Toutefois, la colère « se dégonfle » lors d’une visite dans le zone du président Ould Abdel Aziz qui a promis de régler le problème en quatre mois. Mais, trois mois ont déjà expiré du délai et le problème persiste.

La hausse des prix, la soif et l’enclavement ont poussé les populations de Djiguenni, dans le sud de la Mauritanie, à assiéger le 21 mai 2012 les locaux de leur Moughataa accusant les autorités de faire la sourde oreille à leurs revendications. Les manifestations se sont poursuivies jusqu’à Nouakchott où les ressortissants de Djiguenni ont tenu plusieurs sit-in devant la Présidence de la République et des ministères.

La hausse des prix, le manque d’eau et d’électricité et la dégradation des services sanitaires ont provoqué en février 2011 d’autres violentes manifestations à Fassala dans le sud-est du pays. Les manifestants ont incendié le siège de la Moughataa et des bâtiments publics et menacé de s’attaquer au domicile du Hakem. Ils ont été violemment dispersés.

A Mederdera dans la Wilaya du Trarza (sud), une femme lance à Ould Abdel Aziz, en visite dans la ville : «On aurait préféré que vous empruntiez la route». C’était pour dire qu’il n’existe pas de route aménagée pour désenclaver la ville. Le 8 avril 2012 les jeunes de Mederdera joignent ces propos à l’acte: ils parcourent, à pied, les 50 kilomètres de piste qui relient leur ville à l’axe goudronné Rosso-Nouakchott. À l’arrivé ils ont tenté de couper l’axe pour attirer l’attention sur leurs revendications, mais la gendarmerie les a dispersés.

Contestations en milieu ouvrier

La dépouille de Ould Mechdhoufi

La dépouille de Ould Mechdhoufi

Le foyer de contestations s’est élargi faisant un mort et plusieurs blessés et arrestations dans le milieu ouvrier. Mohamed Ould Mechdhoufi a été tué le dimanche 5 juillet 2012 suite à l’usage excessif de gaz lacrymogène par la Garde nationale mauritanienne. Elle dispersait un sit-in des travailleurs sur la Mine d’Akjoujt exploitée dans le nord du pays par la MCM, Mines de Cuivre de Mauritanie. Le sit-in faisait suite à l’échec d’un an de négociations entre l’administration et les employés qui réclamaient de meilleures conditions de travail. La ville sera en état d’alerte: la sécurité renforcée, les employés étrangers expatriés. Les syndicats des travailleurs en ont profité pour dénoncer l’emprise des sociétés étrangères sur l’Etat.
Sit-in des travaileurs à Kinross-Tasiast

Sit-in des travaileurs à Kinross-Tasiast

A Nouadhibou (nord) les travailleurs journaliers de la SNIM, Société Nationale Industrielle et Minière de Mauritanie, demandaient une régularisation de leur situation bien avant l’arrivée de Ould Abdel Aziz au pouvoir. Celui-ci a annoncé le 25 novembre 2012, après son élection, la mise sur pied d’une commission interministérielle chargée de proposer une solution adéquate au problème. Mais sur le terrain les travailleurs estiment que leur situation s’empirait; ils ont alors repris le mouvement et entamé un sit-in de plusieurs jours auquel ont participé neuf centrales syndicales.

La vague de contestation a atteint aussi les travailleurs des entreprises sous-traitantes de Kinross-Tasiast dans le nord du pays. C’est le cas de CCC, Consolidated Contractors Company et MAURITRAC, le représentant de Caterpillar en Mauritanie, deux entreprises sous-traitantes de Kinross.

Le 4 juin 2012, leurs collègues à la Société mère prennent le relai de la contestation. Ils revendiquaient le départ du responsable des gisements, un australien, et la réintégration de leurs camarades abusivement licences, selon eux. La protestations a abouti à la suspension des gisements provoquant une perte de plus d’un milliard d’Ouguiyas à la société.

Radicalisme des antiesclavagistes

L’esclavage qui frape la communauté harratine a alimenté plusieurs foyers de tension. IRA-Mauritanie, un mouvement qui lutte contre le phénomène dirigé par Birame Ould Dah Ould Abeid, a adopté un discours radical. Il est même allé jusqu’à brûler des exemplaires de livres du rite malékite qui, selon lui, encourageraient les pratiques de l’esclavage.

Birame sera arrêté le 28 avril après perquisition de son domicile. il est ensuite accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Le 27 juin 2012, la Cour criminelle de Nouakchott s’est dessaisie du dossier et annoncé la nullité des procédures pour vice de forme, Birame est maintenu en détention. Plusieurs marches et manifestations ont été alors organisées ses militants pour exiger sa libération.

Leila Mint Ahmed

Leila Mint Ahmed

Le 9 juin 2012 au cours d’une de ces manifestations, un commerçant du nom de Cheikh Ould Rajel Ould Mouallah a été tué. Il ne faisait pas partie des manifestants, mais asphyxiés à mort suite à l’usage excessif de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre. La femme de Birame, Leila Mint Ahmed, a été également blessée lors de la même manifestation.

« Touche pas à ma nationalité »

L’enrôlement des populations au Registre des populations et des titres sécurisés a crée beaucoup de frustrations dans le milieu négro-mauritanien. Selon les autorités, c’est pour réformer l’état civil et lutter contre le terrorisme par une indentification biométriques des citoyens et étrangers. Mais des négro-mauritaniens l’estiment une énième tentative de les déchoir de leur nationalité. Ces derniers ont confié à Alakhbar qu’ils ont subi « humiliation et rejet » devant les commissions d’enrôlement.

 

Mamadou Sarr, en famille, brandit ses documents d'identité

Mamadou Sarr, en famille, brandit ses documents d’identité

Le 4 août 2011, Mamadou Hamidou Sarr, un citoyen mauritanien est rejeté par la commission d’enrôlement centre de Tevragh Zeina. Malgré ses documents à l’appui, on lui demande de présenter des témoins certifiant sa « mauritaniété », a-t-il raconté à Alakhbar.
Devant la Police judiciaire, TPMN exige la libération de Wane

Devant la Police judiciaire, TPMN exige la libération de Wane

Face à la recrudescence des plainte, le mouvement Touche Pas à Ma Nationalité est improvisé par plusieurs mouvements de jeunes négro-mauritaniens, à sa tête Abdoul Birane Wane, un professeur d’histoire-géographie qui sera arrêté le 4 février 2012.

Le 10 septembre 2011 les force des l’ordre dispersent la première marche de TPMN du centre de Tevragh Zeina vers la Présidence de la République pour interpeler la plus haute autorité du pays sur la question. Plusieurs personnes ont été arrêtées. Le 24 septembre 2011 la contestation a rappris et duré plusieurs jours à Kaédi dans le sud du pays. Les émeutiers incendient un bus de la police et une voiture particulière. La contestation regagne d’autres villes de la Vallée à majorité négro-mauritaniennes et fait un mort le 27 septembre 2011 à Maghama dans la wilaya du Gorgol. Lamine Mangane, âgé de 21 ans, a été tué par une balle de la Gendarmerie qui dispersait les manifestants de TPMN.

La main déchiquetée de Abou Fall

La main déchiquetée de Abou Fall

Le 28 novembre 2011 TPMN reprend la chemin du Palais présidentiel et la répression a été encore violentes; la main gauche du rappeur Abou Fall, dit Abou Ngabou a été déchiquetée par une grenade de la Police.

Etudiants en colère

La contestation s’est poursuivie dans les milieux scolaire et universitaire. Les 25 janvier et 22 février 2012, les étudiants de l’ISERI, institut des études et des recherches islamiques, organisent des journées de colère pour protester contre une « tentative de l’Etat de fermer l’institut au profit d’une université islamique » nouvellement ouverte à Aïoune, capitale de la Wilaya du Hod El Charghi dans l’est du pays. Les forces de l’ordre interviennent et plusieurs sont arrêtées ou blessés.

Enfin le 2 mai 2012, une coalition de neuf syndicats d’étudiants se lancent dans une autre longue grève à l’Université de Nouakchott. Ils réclamaient entre autres une augmentation des bourses et la généralisation de celles-ci.

Plusieurs étudiants dont des filles ont été expulsés de l’université, blessés ou arrêtés. Aujourd’hui Bakary Bathily, secrétaire général du Syndicat national des étudiants (SNEM), l’un desdits syndicats, vit en cachette après que plusieurs de ses camarades ont été arrêtés et « torturés ».

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