Marche des Harratines contre l’esclavage et pour la liberté : Biram tout feu, tout flamme

La Marche des Harratines contre l’esclavage et pour la liberté a entamé, le mercredi dernier, à Atar, la seconde phase de sa randonnée dans les régions du Nord, après l’expédition, au cours du week-end dernier, à Nouadhibou, et la caravane de la Route de l’espoir.

C’est à Atar, devant une foule en liesse, que Biram Dah Abeïd a fustigé, mercredi 20 février, la campagne d’intoxication et de dénigrement orchestrée par des groupes esclavagistes dominants en mal d’arguments. « Cela prouve que l’IRA a changé la donne idéologique et politico-sociale du pays et qu’il va falloir, pour nous vaincre, que les groupes dominants changent de stratégie et de tactique ». Sous les tonnerres d’applaudissements de sympathisants surchauffés venus acclamer leur leader, Biram a qualifié de « mensongères et de particulièrement dangereuses les accusations véhiculées par certains milieux, sur ses prétendues intentions de brûler le Coran. » Ces accusations d’apostasie et d’adversité à l’islam, charriées par l’ancien soutien Ahmedou Habiboullah dit El Mehdy, sont de la pure calomnie et ne colleront pas à l’image que se font les populations du mouvement abolitionniste et de son leader. « Car l’IRA » , explique-t-il, « s’est adossée à l’islam originel, au Saint Coran et la sunna de notre prophète – Paix et Bénédictions sur Lui (P.B.L.) – pour reconquérir les droits à la liberté, à l’égalité et à la justice, spoliés par les groupes dominants, esclavagistes et racistes, qui se fondent sur des livres négriers s’arrogeant, injustement et illégalement, la sacralité de l’islam. […] Comment l’IRA pourrait-elle s’en prendre au Saint Coran, qui est son livre de référence pour démolir les positions de ceux qui instrumentalisent notre religion afin de s’adonner, impunément, à des crimes réprimés par celle-ci ? », s’est-il interrogé.

Prenant à témoin les populations d’Atar, Biram pointe du doigt les dominants des groupes arabo-berbères mauritaniens, accusant certains journalistes, érudits et hommes politiques d’être à l’origine du lynchage médiatique qui vise à « intimider les Haratines, pour les empêcher d’aller de l’avant dans la reconquête de leurs droits inaliénables. […] Une campagne très dangereuse pour la paix civile et la cohésion nationale car « takfir » et accusations d’apostasie sont synonymes », signale Biram, « de peine de mort dans les sociétés musulmanes. C’est donc une incitation au meurtre à laquelle s’adonnent ces gens ».
Le dirigeant abolitionniste a mis en garde les « fossoyeurs de la paix civile. […] Le développement de cette campagne ne manquera pas de susciter une réaction des Haratines pour défendre leur honneur, leur dignité, leur foi et leur croyance. Si cela continue, ce sera le prélude d’une rupture aux conséquences lourdes ».

Connivence au sommet de l’Etat

Biram Dah Abeïd déclare partager, avec les sympathisants, engagés d’IRA et populations d’Atar, la « décision, irréversible, de mener le combat sans merci, contre tous ceux qui pratiquent l’esclavage, en Adrar et ailleurs, qu’ils soient fils de grandes tentes, de leaders confessionnels ou de chefs tribaux. Ils seront tous traînés devant les tribunaux et mis au cachot ». Le président de IRA a dénoncé « la connivence, continue, de l’Etat mauritanien avec ces groupes dominants ; une connivence qui s’est manifestée au grand jour, avec la mise en liberté de Rahma Mint Greyvé et la relaxe de ses complices, dans les crimes d’esclavage dont sont victimes Salma et ses enfants ».
Selon Biram, le chef de l’Etat continue à céder aux pressions des groupes dominants esclavagistes visant à perpétuer le crime, à piétiner la loi et la Constitution, à blanchir ce crime barbare et atroce dont les coupables sortent toujours vainqueurs, dans toutes les affaires posées devant la justice, au grand dam des victimes, des juges et des officiers de police judiciaire. Tout cela parce que l’Etat s’interpose systématiquement pour empêcher l’application de la loi. Biram Dah Abeid a appelé les populations d’Atar à « s’engager, massivement, dans la formation politique qui sera bientôt fondée, parallèlement à l’ONG, le combat politique contre l’injustice, l’esclavage et pour les droits de l’Homme.
L’allocution du leader suivait les prestations de groupes de rap (Double Black Hartani et Chicobass) qui s’étaient relayés sur la scène, scandant des slogans vilipendant l’esclavage et appelant à la liberté. Le responsable de l’antenne locale de l’IRA, Mohamed Ould Sghaêr, avait également souhaité la bienvenue à la caravane, avant que le faqih Mohamed Vall Ould Mouhamedou ne fustige les prises de position partisanes.

Zouérate fait feu de tout bois

A Zouérate, quelque dix mille personnes ont assisté, vendredi 22 février, au meeting organisé à la grande tribune de la ville. La mobilisation a donc été forte dans la cité minière, troisième étape de la « Marche des Harratines contre l’esclavage et pour la liberté », dans la zone Nord. C’est dès les abords du poste de police à l’entrée de la ville, que des milliers de militants attendaient, depuis le début de la soirée, Biram Dah Abeid et la caravane. Un défilé motorisé sillonnera toute la ville, scandant : « Houriya, houriya ! La lil aboudiya ! La lil ounsouriya ! » (Liberté, liberté ! Non à l’esclavage ! Non au racisme !)
Biram Dah Abeïd a vu, dans cette très forte mobilisation, « une réponse cinglante aux insinuations véhiculées par des médias esclavagistes, comme la chaîne Chinguitt TV qui a usé des plus bas subterfuges – calomnies, persécutions, acharnements outranciers, lynchage médiatique – pour inciter les populations de Zouérate, Atar et Nouadhibou à boycotter les rassemblements de la caravane ». Lamentable échec, sur toute la ligne, car plus la campagne de dénigrement s’intensifiait, plus nombreux et enthousiastes accouraient les militants, réaffirmant, quotidiennement, leur soutien à l’IRA. « Cependant, ces calomnies », prévient Biram, « ont, à force de se multiplier, un effet très néfaste sur le citoyen peu cultivé. Elles tendent à rabaisser le Livre Sacré, à le ravaler au rang d’œuvre humaine, à l’instar de textes de jurisprudence. Cette fuite en avant dans la confusion des esprits est une attitude irresponsable et exécrable, de la part de grands journalistes et autres érudits qui ne pensent qu’à préserver leur mode de vie et leurs privilèges outranciers. Mais cela fait courir un grand risque à la place qu’occupe le Saint Coran dans le cœur des croyants ». […] Le développement de cette attitude négationniste », poursuit Biram, « appelle à une vigoureuse intervention de l’Etat et de la classe mauritanienne responsable au sein de l’opinion. Depuis plusieurs mois, l’IRA et son président sont accusés d’apostasie et d’atteinte à la religion musulmane. Une calomnie intolérable qui doit être réprimée ».
Le meeting a donc été largement mis à profit pour appeler les érudits esclavagistes, les partis politiques, tant de l’opposition que de la majorité, et l’Etat à se rendre à l’évidence : l’IRA a gagné la la bataille des idées et des principes, du retour aux sources, aux préceptes originels de l’islam, égalitaire, libérateur et juste. Selon Biram, « ces préceptes ont été dénaturés, des siècles durant, par les interprétations fausses et intéressées, réfractaires au droit de la personne humaine qu’ont fait les codes négriers d’Al Akhdari, Ibn Acer, Dessougi… »
« Malgré la forte adversité, l’union intéressée des groupes dominants, la répression et la diabolisation, l’IRA est sortie vainqueur », se réjouit Biram, « en promouvant les vues les plus hautes de l’islam, qui ont prouvé leur supériorité morale sur les idées et dogmes défendus par les forces obscurantistes qui continuent à dominer l’Etat, les différentes corporations traditionnelles et modernes en Mauritanie. […] La victoire finale n’est pas loin ! », a lancé le leader harratine aux populations nombreuses de Zouérate et, partant, de la Mauritanie, « Tenons-nous, fermement, à la ligne du militantisme pacifique, la lutte non-violente a prouvé son efficacité. En peu de temps, l’IRA a pris l’ascendant sur des adversaires riches et lourdement armés, détenant services diplomatiques et autres leviers de pouvoir, comme l’éloignement des victimes vers des coins reculés ». A ceux qui « narguent le Droit national et international », le président d’IRA déclare « disposer de la capacité et des moyens moraux pour les faire sanctionner par la justice. Les coupables », dit-il, « doivent être rappelés à l’ordre par l’Etat et par les leaders d’opinion ».

Thiam Mamadou
Envoyé spécial à Atar et Zouérate

Encadrés

Campagne de diabolisation de l’IRA : La contre-offensive continue.

« Les cercles obscurantistes du pouvoir et de l’opposition ont voulu me peindre en ennemi de Dieu. Mais ce sont eux, les ennemis de Dieu, car ils fondent leur mode de vie sur l’exploitation de l’homme, le viol, le racisme et la discrimination. » Pour les combattre, le leader abolitionniste utilise des moyens civilisés, « en conformité, tout à la fois, du Droit national et international de défense des personnes humaines, et de l’islam. Il est monstrueux d’opposer celui-ci à ceux-là. Je suis musulman, croyant et pratiquant, fondant mon engagement, mes idées et principes sur les préceptes, non seulement, de justice et d’équité mais, aussi, d’honneur et de dignité, inscrits dans le Saint Coran, les actes et paroles du Prophète Mohamed (PBL). »
« C’est dans cet esprit », a-t-il poursuivi, « qu’appuyant notre action et notre engagement sur le Droit national et international, via les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie, nous récusons, avec force, les jurisprudences et interprétations esclavagistes et inégalitaires contraires à l’islam, au Coran et à la Sunna. Nous avons incinéré, le 27 avril 2012, des ouvrages et codes négriers, pour attirer l’attention du monde musulman sur le forfait, commis au nom de l’islam, par des groupes dominants enclins à porter au pinacle ces livres esclavagistes, contraires à tous les droits », tonne Biram. « Je convie tous ceux qui s’entêtent à propager calomnies, mensonges et accusations d’apostasie à nous contredire de façon civilisée et démocratique, à argumenter sainement, s’ils le peuvent, à cesser, en tout cas, leurs indignes attaques qui ne prouvent que leur incapacité à souscrire aux principes de Droit et de la Religion originelle. […] Continuez le combat », s’est-il à nouveau exclamé à l’adresse des militants et sympathisants de son organisation, « continuez le combat dans la paix, le respect de la personne humaine, de la différence, du point de vue adverse et le respect des principes de la non-violence ! ».

Zouérate : Le calvaire des journaliers

Si les péripéties de la lutte de l’IRA ont occupé une bonne part du discours de Biram, ce sont pourtant les conditions exécrables des journaliers dans la cité minière qui ont été au centre de son allocution. Evoquant la SNIM, Biram Dah Abeïd s’est dit au courant des pratiques de « ségrégation dans les avancements, dans les soins aux travailleurs et dans tous les autres droits (véhicule, logement, etc.) », fustigeant le traitement réservé aux travailleurs noirs, notamment haratines, « toujours au second rang, en citoyen de seconde catégorie ». Il exhortera la société minière à « faire preuve de responsabilité, de justice et d’équité », avant d’attirer « l’attention des autorités de tutelle de la SNIM sur la discrimination, grave et flagrante, qui frappe les travailleurs noirs ».
S’agissant de l’agrément des sociétés de sous-traitance, Biram s’est indigné de l’apanage arabo-berbère qui truste tous les contrats. « Ces sociétés », fait-il en outre remarquer, « pratiquent un véritable esclavage moderne, hideux et ignoble, sur les journaliers, endeuillant bien des ménages. « Sous-traitance signifie, ici banalement, maltraitance et l’esclavage moderne prend, à Zouérate comme partout ailleurs en notre pays, des dimensions vertigineuses », a soutenu le dirigeant abolitionniste. « Nous nous engageons dans une action de soutien sans réserve aux populations et aux travailleurs du tâcheronnat ». Et d’annoncer la constitution d’un dossier relatant leur calvaire et autres détails en cette zone de non-droit, avant de réitérer, à l’endroit de toutes les sociétés, de « cesser ces forfaits et de ne plus entretenir le moindre humain dans de telles dégradantes et illégales conditions. »


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