Mariem Mint Bilal, députée Nationale du RFD: Assemblée Nationale

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La COD ne participera pas à des élections dont la préparation technique n’est pas transparente et qui ne se dérouleront pas sous une supervision politique crédible’

Mariem Mint Bilal est une des voix féminines de notre l’Assemblée Nationale, élue en 2006 sous les couleurs du RFD. A la chambre basse du Parlement, ses interventions sont très pertinentes et pondérées. Elle prend le soin, comme tout député normal, d’étudier ses dossiers avant les plénières. Rien d’anormal puisque ce cadre de la SOMELEC dispose d’un important background.

Titulaire d’un master en gestion- administration des projets de l’Université Internationale de la Francophonie (Université Senghor d’Alexandrie, Egypte) et d’une maîtrise en Informatique de gestion de l’Institut Supérieur Scientifique (ISS) de Nouakchott, Mint Bilal dispose d’une solide formation dans les thématiques de pointes : mondialisation et marché du travail, économie politique et gestion des compétences.

Des formations suivies au Canada, en Italie et en France. La députée du RFD a accepté de répondre cette semaine aux questions du Calame.

Le Calame : Depuis quelques temps, Ould Abdel Aziz fait des tournées à l’intérieur du pays que les observateurs assimilent à une campagne électorale avant l’heure. Ne pensez-vous pas qu’il a démarré déjà sa campagne?

Mariem Mint Bilal : En réalité, la campagne électorale de Ould Abdel Aziz ne s’est jamais arrêtée depuis son accession au pouvoir en 2008. Souvenez-vous qu’après son deuxième coup d’état, il a mis en marche une campagne à candidat unique pendant une année. Ensuite, après avoir fixé unilatéralement la date des élections présidentielles au 6/6, il a continué sa campagne avec les moyens moraux et matériels de l’Etat avant de reprendre sa troisième campagne après les accords de Dakar.

Il s’agit évidemment de trois campagnes pour une même élection ; des campagnes ne coûtant qu’au trésor mauritanien et aux efforts des fonctionnaires de l’Etat. Aujourd’hui, l’administration s’est transformée, dans toutes ses dimensions (régalienne, coercitive, financière), un outil de chantage aux mains du pouvoir actuel pour continuer la confiscation du pays. A la fin d’un premier mandat de populisme caractérisé, je ne suis point surprise de voir Ould Abdel Aziz reprendre les mêmes pratiques.

-Gardez-vous l’espoir de voir l’opposition et le pouvoir parvenir à un consensus autour de l’initiative du président Messaoud ?

Je tiens à rappeler qu’aujourd’hui, plus que jamais, les Etats ne peuvent être gérés dans la paix et la concorde qu’à travers des consensus permettant d’éviter l’exclusion et l’unilatéralisme.

Pour cette raison, au RFD, nous sommes toujours ouverts à la réalisation d’un consensus national susceptible de sortir le pays de la crise multiforme née de la gestion militaire et patriarcale de l’Etat. Toutefois, nous constatons que le pouvoir rejette toutes les initiatives et propositions visant ce consensus.

-Si le pouvoir et l’opposition se mettent d’accord pour organiser des élections consensuelles, Mariam Mint Biial serait-elle candidate pour une deuxième législature ?

En cas de consensus, mon éventuelle candidature – comme celle de 2006- dépend des décisions des instances de mon parti, le RFD.

-Sans un accord politique entre les différents acteurs politiques, le pouvoir aurait-il un quelconque intérêt à organiser, seul, des élections à la date fixée par la CENI ?

Quand un pouvoir se cantonne dans le court terme et ne possède pas de vision intégrant les dangers de l’exclusion, des combines stériles et des démocraties de façade, il privilégie des résultats escomptés à travers des élections faites sur mesure. Quant à nous, nous ne cesserons de tirer la sonnette d’alarme sur les risques graves rattachés à cette option ; risques amplifiés par un contexte géopolitique régional profondément sensible.

– A votre avis, quelle pourrait être la réaction de l’opposition démocratique dans ce cas ? On a évoqué un boycott actif. Pensez-vous que l’opposition a les moyens de se mesurer au pouvoir ?

La COD ne participera pas à des élections dont la préparation technique n’est pas transparente et qui ne se dérouleront pas sous une supervision politique crédible dotée d’institutions électorales fiables et assorties de garanties de la neutralité de l’Etat et des attributs de la puissance publique.

Si Ould Abdel Aziz décide d’organiser des élections sans tenir compte de l’opinion nationale, la stratégie de résistance de la COD vous sera communiquée au moment opportun.

-En cas d’accord politique, les élections en vue pourraient-elles se tenir à la date prévue ? Sinon, que faudrait-il faire ?

-L’accord lui-même devra trancher cette question relative à la date consensuelle qui sera retenue.

-L’accord politique intervenu, en octobre, 2011, entre le pouvoir et des partis de l’opposition prévoit une liste nationale de femmes. Est-ce le résultat d’un combat des femmes ou simple discrimination positive ?

Ni l’un ni l’autre car, ni le combat politique des femmes ni la discrimination positive ne peuvent expliquer la régression du quota de représentation des femmes aux postes électifs, notamment parlementaires. En effet, la liste nationale de 20 femmes sur un total de 153 députés (càd 13%) est venue se substituer au quota des 20% consacrés depuis 2006.D’ailleurs, les femmes sans distinction de leur appartenance politique ont dénoncé cette régression.

-Que vous inspire la publication, en avril dernier, du Manifeste du Haratine qui ressemble fort à celui du négro mauritanien opprimé de 1986 ?

Il est important de souligner que toutes les composantes politiques du pays reconnaissent qu’il existe un problème de marginalisation d’une frange de la société qui est les Haratines.

L’appréciation de cette marginalisation passe de la reconnaissance de l’existence de l’esclavage en tant que pratique courante à ceux qui ne reconnaissent que les séquelles de cet esclavage. Vous conviendrez avec moi qu’il y a un problème réel lié à la question Haratine et qui doit être analysé pour obtenir des solutions définitives.

Les cadres Haratines, principaux concernés, devant l’adoption des différents pouvoirs de mesures inappropriées et inadéquates, ont décidé de décrire la situation et de suggérer des solutions concrètes qu’ils soumettent à l’appréciation de toute l’opinion nationale.

Le manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines est donc une contribution pour résoudre un problème structurel qui freine le développement, la concorde et l’épanouissement de notre pays depuis sa création.

-Ce document, comme celui de 86, met l’accent sur la cohabitation entre les différentes communautés du pays. Quelles mesures doivent prendre les pouvoirs publics pour solder définitivement les problèmes de la cohabitation des communautés des pays ?

Solder définitivement les problèmes de cohabitation des communautés de la Mauritanie est un programme non seulement légitime et ambitieux mais aussi impératif.

Nous avons besoin d’un seul système d’éducation accessible à tous, d’une égalité réelle devant la justice, d’une discrimination positive au profit de ceux qui accusent de grands retards dus à l’exclusion, d’une égalité des chances d’accès à l’emploi et à la promotion professionnelle, de l’élargissement du système de protection sociale. Ce sont les agrégats obligatoires pour renforcer l’appartenance à une nation unifiée.

Les Haratin, comme les négros africains sont sous représentés dans l’armée et les forces de sécurité. L’instauration d’un service militaire obligatoire que l’AJD/MR réclame ne devrait-elle pas, à vos yeux permettre de corriger ces dissonances et partant renforcer l’unité nationale ?

Je ne sais si le service militaire obligatoire contribue à réaliser l’unité nationale. Toutefois, je crois que des mesures isolées ne sont jamais productives. L’unité nationale dont l’importance n’est pas à démontrer, doit faire l’objet d’une approche globale et concertée.

En ce qui concerne le Haratines, leur sous représentation ne se limite pas au niveau de l’armée ou des forces de sécurité. Elle est remarquée dans les secteurs publics et semi-publics de manière générale. Leur intégration complète et équitable devrait s’effectuer à tous les niveaux de l’Etat pour mettre fin à toute forme d’exclusion.

-Où en sont les investigations de la commission parlementaire de l’opposition sur les présumés « scandales financiers » dont elle suspecte le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz ?

Je voudrais ici dire que toutes accusations portées contre le président ou des membres du gouvernement et qui sont sous-tendues par des éléments de preuve tels que des dossiers ou des éléments sonores doivent susciter des réponses convaincantes de la part du président ou du gouvernement. Ils doivent ces éclaircissements aux mauritaniens qu’ils gouvernent et à la justice qui aurait dû être dans son rôle et entamer les enquêtes nécessaires.

Devant le mutisme et l’indifférence du pouvoir exécutif et de la justice par rapport à ces scandales, les parlementaires de l’opposition, respectueux quant à eux de l’opinion nationale, ont pris sur eux la responsabilité de rechercher la vérité compte tenu du danger qu’il y a à être dirigé par des personnes qui font l’objet d’accusations aussi graves.

La commission d’investigation sur les biens mal acquis travaille sur un ensemble de dossiers liés au trafic de drogue, à la corruption, à la gestion irresponsable des ressources du pays (marchés conclus au mépris de l’intérêt général et pillage des finances publiques) ainsi qu’aux enregistrements sonores relatifs au blanchiment d’argent. Elle ne ménagera aucun effort pour établir la vérité dans la mesure du possible.

Propos recueillis par Dalay Lam

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