Mariem Mint Derwich : Lettre à un ami….

 derwich_mint_meriemeAdrar-Info (Mauritanie): Tu es mon ami. Dit comme cela, ça ne signifie pas grand chose peut être; tout du moins c’est d’une apparente naïveté.. Tu es mon ami. Dans ces 4 mots il y a toute la force de mon amitié pour toi, tous les mots et tous les silences.
Tu es mon ami. Ainsi je te reconnais, ainsi je t’appréhende de toutes mes forces.
Tu Es Mon Ami…
Et j’apprivoise l’amitié comme j’ai, toute ma vie, apprivoisé ce qui me semblait incongru, étrange, fragile… Dans cette amitié j’y ai mis toute mes fragilités et tous mes doutes. Et toutes mes énergies tremblotantes…
Tu es mon ami et j’ai apprivoisé cet ami que tu es. Maladroitement souvent, avec colères, avec fuites, avec larmes. Et j’ai voulu que tu m’apprivoises aussi. Dans nos rires, dans nos conversations, dans nos silences parfois, dans nos « accrochages », je t’ai apprivoisé, touchant du bout des doigts cet homme étrange..non pas étrange de par son physique, mais étrange pour la femme en solitude que je suis.
Étrange car tu portais un regard neuf sur moi, regard auquel j’étais peu habituée… En toi j’ai reconnu comme un double masculin. J’espère que tu as reconnu en moi une part de tes ailleurs…
Je n’ai jamais su te dire tout cela, tout ce que tu m’as apportée, tout ce que tu as éveillé en moi…Comme toi, surement, tu n’as jamais su me dire ce que j’ai inscrit dans ta mémoire.
Petit à petit je t’ai tout raconté, les choses importantes comme les choses futiles… J’ai tenté de te dire les lignes de fractures, les doutes permanents..Tu n’aimes pas ces doutes. Je le sais. Tu me le dis souvent… Tu effleures le mot « méfiance », tu t’en attristes… Et je ne sais pas comment t’expliquer que ces doutes ont formaté mes vies..
Que j’ai vécu dans le doute : doute de l’amour que me portaient mes parents ou qu’ils étaient supposés me porter, doutes en mes capacités, doutes en mes actions, doutes en mon corps, doutes de mère, doutes de femmes, doutes d’amie….
Laminée par la détestation de moi j’ai douté toute ma vie et je continue à le faire..Auto flagellation, tu dis. Je dis « négation »…. Mais je n’ai pas douté un seul instant de mon élan d’amie vers toi, pas un seul instant. J’ai douté de toi, habituée que je suis à penser que je ne vaux pas un regard.
Tu m’as tendue la main quand j’étais seule face à mon écriture… Si un autre ami m’a fait naître en écriture, toi tu m’as fais vivre en écriture, tu m’as fait grandir… Tu as permis, libéré les mots, les poèmes, les mondes empoignés au bout de mon stylo.
Tu as permis que ma parole se libère enfin de la cage… Je t’offrais, enfant joyeuse, tous mes mots, manière à moi de te dire « merci ». Tu m’as permis de comprendre que j’avais grandi, enfin…Que j’avais atteint une sorte de maturité.
Si je te dis que ta main tenait ma main lorsqu’elle écrivait tous ces mots / poèmes, me croiras tu?

Oui, tu es mon ami.

Tu es mon ami.

Tu m’as fais grandir dans le monde.

Peut être que moi aussi je t’ai apporté une fenêtre, une respiration, un moment d’éternité…Je n’en sais rien…

Mais je t’ai brodé dans mes mondes et je continue à te parler, même quand la colère brûle, que la douleur excise, que l’abîme appelle….

Tu es mon ami et tu es ma bataille….

Tu es mon ami.

Mariem

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