Maurichronique : Chendek…

contribution - plumeLa ville est bien vaste pour qu’un nom comme le mien sorte du commun. C’est un immense cimetière où viennent s’enterrer les noms de la campagne. Il ne sert plus à rien, aujourd’hui,  mon nom de sidi ! Il y’en a une foule de Sidi, en ville. Sidi, le vendeur de la menthe, l’assistant du boutiquier du coin, le réparateur du frigo, autant de Sidi, autant de petits métiers, tant de petites misères.  Ou Sidi, l’unique qui n’a pas besoin de rien.

Sidi, point. Sidi dont l’évocation emplit l’univers de Tevrgah-Zeina, de toute Nouakchott.
Aujourd’hui, j’ai bien besoin d’un nom. Un nom qui se ne perd pas dans la confusion des insignifiances de Nouakchott. J’y ai réfléchi longtemps. J’ai travaillé pour ça.

Je l’ai monté pièce après pièce. Je l’ai gravé dans tous les salons, tous les cafés, tous les commerces. Chendek. Personne n’a jamais songé pareil nom ! Ils se sont bien amusés. Mon âme suinta quelque temps de la blessure de leurs railleries. Ils ont bien ri au début. J’ai résisté. Je préfère l’affront à la mort sans nom ni stèle dans ce gigantesque cimetière.

Chendek, moi, Chendek, je sais tout aujourd’hui. Rien ne m’échappe de combines nouakchottoises. Je sais à présent que derrière chaque nom en vue se cache une honte, une infamie,  une escroquerie. Les noms se construisent. On a cessé de creuser depuis longtemps pour ne pas déterrer les souillures. Entre malpropres on se comprend.

On se protège, en apparence, en s’échangeant de bons procédés. Quand on est à l’abri des représailles, chacun vanne chacun. La pestilence  refait surface. Elle se grave dans la tête de quelqu’un comme moi. Chaque saleté parvenue dans ma mémoire me donne davantage de l’étoffe. Du pouvoir. Et me fait gagner la conquête d’un nouveau salon huppé de la ville.

Ma petite tête est pleine de secrets. Des histoires invraisemblables. ‘’ Des choses qu’on ne dit même pas sur les dos de chevaux, comme on dit chez nous.’’ Petit à petit Chendek acquiert sa griffe de noblesse. Je connais tout. Les égards commencent à affluer. Chendek  devient une personnalité.

Dès mes premiers j’ai renoncé à mon métier. ‘’Sidi, le maître de Coran.’’ ‘’ Voyons si le maitre de Coran a fini son cours, dites aux enfants de monter vers le salon pour déjeuner, et à lui  de s’installer avec vous, les boys.’’  Ce sont des petites phrases que j’ai enterrées, très tôt.

…A suivre

Mouna Mint Ennas

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