Maurichronique: La petite française…

Mouna mint  Ennas
Tous les expatriés résidents en Mauritanie ne sont pas des racistes. En tout cas, tous les expatriés français ne le sont pas. Du tout. L’unanimité est impropre à l’espèce humaine. Y compris les résidents français de Mauritanie. On observe chez nos amis français, d’ici, des étages de facéties.

L’humanisme affiché. On s’indigne, si on adresse une grimace à un chat. Les joues de la toute petite blanche hexagonale rougissent, pas d’amour, envers ce barbare du désert, qui, par mépris à l’espèce animale, a daigné laisser apparaître des reliefs sur sa mine, déjà rustre, pour humilier un tout mignon chat. ‘’C’est horrible ! Quelle horreur !’’

Une passion. Une sur-passion, en somme. Un peu déplacée, tout de même. Tellement déplacée, qu’elle a parcouru des milliers de kilomètres, pour s’exprimer en larmes sur les dunes mouvants et insaisissables du désert.

Voyons. Celle-là, qui pleure pour un rictus sur les lèvres d’un autochtone à l’égard d’un chat turbulent. Voyons-là. Les milliers de kilomètres qu’elle a traversés. Comme pour noble mission de pleurer un chat, victime d’une grimace, dont il n’est même pas conscient. C’est comme si elle a parcouru toute cette distance pour s’approprier les sentiments d’un chat d’Afrique. Et souffrir son absence de souffrance. Pleurer ses sans pleurs. S’émouvoir de son retard d’émotion.

Une vraie française, quoi, qui comptabilise, chaque soir, avant son sommeil, les bonnes actions qu’elle a faites au cours de la journée précédente. Et elle est contente. Elle a crié, aux alentours de midi, près du souk, quand elle a vu un âne écrasé sous le poids d’une masse de marchandises. Elle a versé sa quantité quotidienne de larmes devant un arbre délaissé, fané, à moitié enseveli par une dune de Tenweich. Ça va ! Arrête, il y a de quoi dormir, la paix dans l’âme, la conscience tranquille.

La conscience tranquille se réveille le matin. Une page blanche. Tel un bébé, qui vient d’arriver au monde. Elle est en train de caresser le petit chien qu’elle a sauvé l’autre jour de la sauvagerie des hommes du désert. Elle reçoit un appel téléphonique. ‘’Je ne suis pas en France. J’ai quitté là-bas, depuis deux années, ma petite maman. Et, là, désolée, maman, je suis très prise, je te dirai plus tard. Là, je n’ai pas une minute de libre. Il y a des tas de choses à faire, ici, maman. Ils sont affreux. Je te dis pas. Ils sont moches. Allez ! Bisou, bisou, ma petite maman…’’

‘’Ouf, chiante ! Je ne sais même pas qui a communiqué le numéro de mon téléphone à cette vieille sénile? Ce n’est pas important.’’ C’est passé. Le chiot n’est plus dans la chambre. Affolée, elle remue toute la demeure. Elle crie. Ses employés ont peur.

Ils la suivent partout où elle va. Ils cherchent chez les voisins. Aucune ombre du chien perdu ! Ses colères montent, montent, montent…Les petits employés transpirent la panique. La petite française crie, toujours, invective, profère avanies et jette anathèmes sur le bled. Sur sa grand-mère et son appel futile et sans intérêt.

Mouna Mint Ennas

 

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