Maurichronique: L’autre moi qu’ils refusent de voir…

 »Ils crient tollé contre moi. Pourtant, je ne lui ai rien fait que je n’ai fait à d’autres. Envers ceux-ci,  ils n’ont émis le moindre vagissement. Je les ai massacrés tous. Un à un. Mes concurrents. Tous, je les ai anéantis. Ahmed Ould Daddah, je l’ai détruit, puisqu’il cherchait ma place, mon fauteuil de président. Ely Ould Mohamed Vall, pour les mêmes raisons,  je lui ai réservé le même sort. En politique, on ne fait pas de cadeaux.

C’est entendu, depuis des temps immémoriaux. Mohamed Ould Bouammatou, c’est vrai, n’était pas un concurrent, politique, je veux dire. Mais, c’en était un autre. Plus pire.  Il ne cherchait pas ma place présidentielle, comme les politiques. Quoique ! Il la cherchait, quand même, d’une certaine manière, ma place. Pas lui, en fait, mais c’est moi qui cherche sa place. Ce qui est un peu pareil. C’est moi qui cherche à devenir patron des patrons. Kaddafi était Roi des rois d’Afrique. Moi, je veux être Patron des patrons de Mauritanie, d’Afrique et de bien d’autres continents…
Mohamed Ould Bouammatou est donc mon concurrent dans les affaires. Les autres concurrents, en affaires,  je les déposséderai progressivement  de leurs fortunes. Je bâtirai brique à brique mon empire financier. Et, pour ça, il faut bien nettoyer l’arène des affaires. Puis, je m’installe sur toutes les bonnes et mauvaises affaires du pays. Les banques, la mienne, je veux dire celle dont je ne suis présentement qu’un simple actionnaire, détenteur de la modique somme d’un milliard huit cent million d’ouguiyas, je m’emploierai à phagocyter tous les actionnaires et les mettre à la porte, par la suite. Ils se révolteraient ! Je mettrais ma casquette de président de la République, Chef suprême des Armées, directeur général des impôts, procureur de la République, directeur général des toutes les prisons du pays. Et, la révolte est contenue.

C’est dire que c’est facile, pour moi. Cette souplesse qui me permet de basculer entre deux postures. Homme d’Etat et Homme d’Affaires. Si ça bloque côté affaire, j’appelle mon versant de l’Autorité publique. Et tout est réglé.

L’autre jour, mes cousins ont tenu une grande réunion où tous les représentants des fractions de ma tribu ont été conviés. Ils ont jeté l’anathème sur moi. Ont rappelé mon ingratitude. M’ont accusé de tous les maux. J’ai ri, lorsque j’ai écouté l’enregistrement audio de l’assemblée. J’ai ri parce qu’ils n’ont rien compris de l’affaire. Et, ils ne savaient pas les pauvres qu’ils enfonçaient leur bienfaiteur, en étalant sa bonté, sa magnanimité et ses largesses. Justement, en plus du facteur objectif qui fait de Bouammatou un concurrent dangereux à abattre, il y a aussi cette dimension magnanime, j’ai failli oublier,  chez l’homme. La magnanimité m’énerve, me révolte.

Si seulement, ils étaient intelligents et allaient convenir d’aller voir ce bonhomme pour le convaincre de surseoir à sa générosité ? Je lui épargnerais mon courroux, s’il s’y appliquait. J’ai moi-même crée une pléthore de petits hommes d’affaires. Contre lesquels je ne me retournerai jamais. Jamais ? tant qu’ils restent hommes, tant qu’ils restent d’affaires,. Tant qu’ils demeurent fidèles à moi. En me reversant mes parts de la chose. Tant qu’ils restent petits, bien sûr.

La petitesse est salvatrice. Qu’il revienne à la raison, celui-là. Et épouse la philosophie de la parcimonie. Je ne lui enverrai plus mes chiens aboyant du fisc.

Je veux renouveler la classe d’hommes d’affaire, à l’instar de la classe politique. Renouveler, ne veut pas dire, une nouvelle génération. Pas forcément. On peut bien fonctionner avec de l’ancien. Si l’ancien allait se formater au concept. Caler au prototype d’homme d’affaire que je veux. J’ai maintenu pas mal d’hommes d’affaires que j’apprécie pour leur avarice. J’en ai inventés d’autres qui excellent dans la cupidité.

Des hommes d’affaire, en somme, qui respectent la chose. L’argent. Qui ne la jettent pas à tout venant. Qui ne la donnent pas à un seul venant. La rectification, selon moi, s’opère en deux temps. C’est une machine à deux roues. Il faut que les deux roues roulent au rythme de ma rectification. On rectifie le domaine politique, en même temps qu’on rectifie celui des affaires. Sinon, elle est boiteuse, la rectification.

Je crois que ma philosophie politique commence à être comprise, plus ou moins bien. Il n’y a pas, pour moi, une position statique, en politique. Les alliances doivent tourner. En affaires aussi, les alliances doivent tourner. Avec une seule constance. Une constance à deux roues. Tout,  dans cet univers-là,  fonctionne à deux roues : Ingratitude et Avarice…
Roulez… »
Source : mouna mint ennass

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