Maurichronique : Mon pseudonyme est président de la République ( Partie 7)

   D’accord ! Bouche cousue. Aucun mot sur les élections.

Mouna mt ennas1-          Dis-moi, tu a vu mes ministres présenter le méga projet de Zoueratt ?

-          Ben, non ! C’est quoi déjà ?

-          C’est l’eau du fleuve Sénégal. J’envisage l’amener jusqu’à Zouératt. Génial ? N’est-ce pas ?

-          Excellent ! Tu vas l’acheminer comment ? Dans des seaux ? Elle portera combien de valises, excuse-moi- de seaux sur sa tête, Coumba Ba, dans cette affaire ?

-          Arrête, s’il te plait, arrête, je suis sérieux ! C’est un projet gigantesque. L’eau du fleuve, qui va couler à flots, à Zoueratt ! Dis-moi, dis-moi, s’il te plaît, si les gens parlent de ça ?

-          J’ai entendu juste quelques anecdotes. Maintenant, je comprends.

-          Dis-moi, tu as entendu quoi ? Tu comprends quoi ?

-          Je comprends les anecdotes. Les gens disent que c’est juste une affaire pour noyer les enregistrements. Enfin bref, j’ai entendu fleuve, j’ai entendu eau, j’ai entendu enregistrements. Une affaire de noyade. Là, je comprends. Un naufrage, en somme. Qui irait emporter toutes les voix. Les faire taire à jamais. Et, on n’entendrait que le bruissement des eaux. C’est une idée intéressante, en effet.

-          C’est comme l’histoire de l’avocat de l’autre. Tu ne lâches pas les choses, toi. Moi, je lâche les choses. Les personnes. Aussi. Même, les animaux, je les lâche. Les chiens. Surtout. Lâche.

-          Les chiens aboient, la caravane passe ! Je vois.

-          Attention, là, ce sont les chiens de l’opposition, le journal Biladi et autres caisses de résonance.

-          La caravane donc serait la vôtre ? Je veux dire le gouvernement et toi.

-          En effet !

-          Mais, elle ne passe pas, cette caravane.

-          Passons !

-          Elle ne passe pas.

-          D’accord, elle ne passe pas. Je parle du sujet.

-          Celui qui fait l’action ? Et ouvre les portes de la fortune à son neveu ?

-          Non, s’il te plait ! La discussion. Discutons d’autre chose. Ils disent quoi de moi, quand ils me voient enturbanné, les Mauritaniens ? L’autre jour, j’étais à l’hôpital chez les petits là. Et je portais un turban. C’est rare. Depuis l’indépendance aucun président n’est apparu portant un turban. Je veux dire que je suis différent. Tu vois ?

-          Oui, je vois. Mais, ils te reconnaîtraient, les Mauritaniens, si tu ôtais le turban. C’est comme les irakiens, à l’époque des Omeyades. Avec Al Hajjaj ! Il ne te manque que le verbe. La diction hajjajite. L’action, tu t’es déjà défini, en homme d’action. Tu t’es même dit une fois que tu as fait ton putsch par réaction. Ils connaissent tout ça, les Mauritaniens.

-          Mouna, je ne te suis plus. Je ne comprends rien.

-          Demande à l’un de tes conseillers. On n’est pas conseiller pour rien. Il faut voir du côté des cousins. Le poète, si tu veux un dithyrambe à ton adresse. Et, l’autre, le second, l’homme de lettres, l’ancien diplomate. Celui-là, il t’expliquera avec beaucoup plus de dignité et de retenue. Mais, écoute-le. Ecoute-le ! Arrête de t’écouter parler. Et écoute la parole de ceux qui te font pleurer et non celle de ceux qui te font rire.

-          Moi, je ne ris pas. Jamais.

-          Je sais.

-          Là, c’est pleurer.

-          Je ne pleure pas. Jamais.

-          Mais, tu sais que Coumba Ba, elle pleure. Elle ‘’rit’’. Aussi.

-          Elle revient encore !

-          Ah bon ! Elle est revenue de sa dernière tournée africaine ? Je ne savais pas !

-          Qui, elle ? Je parle de toi, qui reviens sur cette affaire que tu ne lâches pas. Je suis un peu stressé, je vais voyager demain, tu le sais.

-          Oui, monsieur !

-          En France. Ils disent quoi, les gens sur ce voyage ?

-          Ils parlent d’une opération.

-          Quelle opération ?

-          Je ne sais pas. Une opération de blanchiment.

-          Ah non, jamais. Une opération chirurgicale. Mais, c’est juste au niveau de mon petit index. Rien de grave.

-          C’est par rapport à la balle amie ?

-          Non, pas du tout. Je me suis bagarré, tu ne répètes pas ça, s’il te plait, avec mon berger. Oui, l’autre jour. Il commence vraiment à déconner. Depuis que j’ai multiplié par dix mon cheptel camelins, il a commencé à demander une augmentation de son salaire. Plusieurs mois, je me suis retenu. Aucune réaction de la part de l’homme de la chose que je suis. Au finish, je ne pouvais plus me retenir. Gifle ! Coups de poing ! Il m’a un peu écorché avec son bâton sur le petit index. Mais, j’avoue que j’ai gagné cette bataille. Il a compris. Il s’est contenté du montant de mille ouguiyas comme majoration mensuelle.

Source :  Mouna mint ennass

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