Maurichronique : Mots à maux…

Mouna Mint EnnasJe ne sais pas qui a parlé. En tout cas, quelqu’un a parlé. Et pas n’importe qui. Quelqu’un qui vient d’en-haut. Des hautes cimes du pouvoir. Quelqu’un a ouvert les malles, comme pour paraphraser l’ex de François Hollande, qui reprend, elle, dans son livre ‘’Merci pour ce moment’’, un petit conseil de Philippe Labro. En ouvrant les malles, le quelqu’un qui a parlé a ouvert des mots.

Ces mots ont ouvert des maux. Depuis lors, la ville se peuple de mots et de maux. Côte-à-côte, salons après salon, café après café, les mots suivent les maux, tantôt, se précèdent, tantôt, se succèdent. Mots à mots ! Maux à maux ! Mots à maux ! Maux à mots ! Une marche homonymique, telle une parade militaire.

Les oreilles plombées se déplombent. Les yeux fermés se rouvrent. Les langues tues se pendent. Des oreilles prennent des tailles gargantuesques puisqu’elles entendent pour la première des choses jamais entendues. Les yeux atteignent des orbites inespérées. Les langues des longueurs inimaginables.

Quelqu’un a parlé. Je ne sais qui a parlé ? Je sais seulement faire une sommation. C’est ce que je me suis amusée à faire. Je me suis retirée de la cité. Un petit bloc à la main. Il est trop petit, trop mignon, trop sympa pour l’affaire. J’ai pris un rouleau de papier. Très long. Suffisamment long pour la chose. Je n’ose pas le mesurer aux langues de la période.

Il m’arrive de me maintenir raisonnable. Même si mes oreilles, mes yeux, ma langue et ceux des locataires de la demeure voisine ont perdu toute notion de la mesure, tel un Molloy, qui ne sait plus, s’il ressemble tellement à sa mère, qu’il soupçonne le fils de sa mère qu’il est d’avoir un enfant quelque part.

C’est dire que je suis, quand même, finalement, dans pareille circonstance, n’est-ce pas, assez robuste pour soutenir quelque aspect de ma raison. Je la dédie au rouleau de papier. Je veux dire ma raison. Ce qui m’en reste, entendons-le. Cela pourrait choquer, au passage, quelques âmes sensibles de voir dédier ma raison à un rouleau de papier.

Je me prive de faire de l’arithmétique, quelquefois, sinon je n’allais pas revenir au même café, chaque jour. C’est une question des yeux fermés. Ça annihile. Rend les choses évanescentes, éphémères. C’en est un avantage des yeux fermés. Nos instants d’aujourd’hui en savent dire quelque contre-exemple.

Il faut juste trouver le bon exemple qui fait le contre-exemple. Lâcher des mots dans la nature. Qui enfantent des maux. Et trouver, peut-être, quelqu’une comme, moi qui dédie son résidu de raison à un rouleau de papier. Pour faire la sommation. Pour se retrouver en face du produit : Mensonge.

Mouna Mint Ennas

Source : RMI Biladi

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