Maurichronique:Les retrouvailles…


Le visage était imprégné d’une vive émotion, les joues rougissantes, les membres engourdis, la langue perdue, collée, quelque part,  au palais asséché du président de la République, en ce jour de grande rencontre amoureuse.  Elles étaient là. Toutes. Presque, il n’en manquait que soixante-treize sur les quatre cent soixante-dix. Il en restait suffisamment de quoi convoquer tous les tourments présidentiels.

Mouna Mint Ennas

La dépêche de l’agence mauritanienne d’informations (A.M.I), qui rapportait la nouvelle de la visite-rencontre, était rédigée, pour une fois, d’une manière prudente et distante. La visite avait, certes,  un coté officiel qu’il fallait souligner. Juste pour la consommation locale et pour justifier, aux yeux de l’opinion, le déplacement du président de la République, dans le garage administratif de l’Etat à Arafat. Où séjournent toutes les belles choses qui font transporter le président de la République vers le firmament. Station de laquelle, il admire le cliquetis des vilebrequins, le crissement des pneus, la senteur de la viscosité des huiles à moteurs…
Pour l’aspect privé de la chose, la consigne était évidente. Pas question de susciter la jalousie présidentielle. Il était, hors de question, pour les rédacteurs de l’AMI, sans doute assistés, dans la rédaction de la dépêche,  de quelques conseillers politiques de l’univers présidentiels, de se faire dans le dithyrambe habituel du média public. Au quel cas, on imagine bien la catastrophe qui allait s’abattre sur les pauvres journalistes et au-delà, à tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à l’écriture de cette dépêche.
Mais, il faut dire que la tâche n’était pas facile. Il s’imposait, bien entendu d’éviter l’éloge des voitures, en suspendant, pour ne pas s’attirer le courroux d’un passionné, jaloux, possédé et possessif,  les épithètes laudateurs de l’agence de presse étatique. Et, présenter l’information avec des mots neutres, inoffensifs, détachés, sans pour autant, et c’est là, la véritable prouesse, donner une fausse image des amours présidentielles.
J’ai lu la dépêche sur le site de l’AMI. Et, j’avoue qu’ils sont braves. La dépêche était conçue avec toute la prudence nécessaire. Elle ne dégageait aucun sentiment, aucune émotion qui pourrait causer un chagrin républicain. Mais, elle n’était pas banale, tout de même, pour le président amoureux.
Restituons-en l’essentielle, de cette dépêche : ‘’Le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz a effectué, mercredi, une visite d‘information au garage administratif à Arafat. A cette occasion, le Président de la République s‘est rendu dans toutes les composantes du garage, notamment dans l‘espace de stationnement des véhicules réservés aux missions de l‘Etat à l‘intérieur du pays…’’

L’entame est faite sans excès de zèle. Aucun mot qui décrit la rutilance des voitures, aucun émerveillement, respect bienveillant d’un moment de la vie privée présidentielle.
Or, pour ne pas confiner dans la banalité les hauts lieux des amours, on se fait dans l’allusion littéraire : ‘’ Il a, sur place, entendu des explications présentées par les responsables du garage sur la situation générale du contenu de cette infrastructure publique…’’
‘’…Du contenu de cette infrastructure publique…’’ Un lecteur au premier degré de la langue de bois trouverait inapproprié l’usage du mot ‘’ contenu’’ dans ce contexte. Il aurait préféré des mots plus adapté au contexte du genre,  équipements, engins, patrimoine roulant…Il se serait, tout bonnement trompé d’appréciation. Puisque l’agencier rédacteur était surtout bien inspiré dans son choix sémantique. C’Aest du contenu. Pour le Président de la République ; ce n’est pas seulement des machins en  ferraille pour assurer  la mobilité des humains. Mais, c’est d’abord du contenu. Le contenu au sens linguistique, au sens artistique et sociologique.

Mouna Mint Ennas

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