Mauritanie : Comment Aziz peut « sauver » son deuxième mandat

Aziz- officiel

La crise politique en Mauritanie persiste. Ses conséquences incalculables sur l’activité économique sont visibles à l’œil nu. Pouvoir et opposition se regardent en chiens de faïence alors que les populations s’attendent à un dégel de la situation en ce début de second mandat du président Aziz.

Les mauritaniens n’aiment pas le changement. Ce qui est une « qualité » ailleurs, peut être perçu comme un défaut ici. La crise, la crise que nous vivons depuis 2005 est là pour nous rappeler, encore et encore, que la politique en Mauritanie est une affaire de circonstances : coup d’Etat, transition, élections, contestation, re-élections. Que n’a-t-on pas fait pour retrouver un semblant de « normalité » politique ?

La tenue d’élections (municipales, législatives et présidentielles) sans une importante partie de l’opposition a seulement consacré le statu quo. Avec un président soutenu par une forte majorité certes mais qui entame son second mandat sur fond de crises politique et économique profondes et une opposition incapable de persuader l’opinion publique nationale et internationale qu’elle peut constituer une alternative sérieuse à un pouvoir dont le péché originel est d’être issu d’un putsch.

Certes, les mauritaniens et les partenaires au développement du pays ont avalisé, sans problème, l’agenda politique concocté par le président Ould Abdel Aziz et sa majorité comme solution de sortie de crise mais tout le monde s’accorde à dire qu’au fond rien n’a changé. Le Forum national pour la défense de l’unité et la démocratie (Fndu) s’apprête à redescendre dans la rue. La « bataille » des estimations et des communiqués » va donc reprendre de plus belle. Une possible recomposition de l’opposition, avec un rapprochement entre le FNDU et la Coalition pour une Alternance Démocratique (CAP) est à craindre pour un pouvoir qui a épuisé toutes ses cartouches. Aziz a été « le président des pauvres », le pourfendeur de la « lutte contre la gabegie », le promoteur du « renouvellement de la classe politique », avec plus de places accordées aux jeunes et aux femmes. Mais l’insatisfaction des mauritaniens, malgré le zèle de ses soutiens au sein de la Majorité, l’oblige à renouveler un discours politique qui ne « prend plus ».

En ce début de second mandat présidentiel, les ardeurs ne sont pas au rendez-vous. Certes, l’opposition éprouve mille et une difficultés à faire passer son message de nécessité de changement (révolution), après avoir échoué dans sa tentative de révolte (printemps arabe), au moment où la Tunisie, l’Egypte, le Yémen et la Libye, s’embrasaient, mais le pouvoir – aussi – fait du surplace. Le même discours, les mêmes indicateurs économiques, les mêmes hommes et femmes cooptés pour mettre en œuvre la politique gouvernementale. Le retour, surtout, des barons de l’Ancien Régime, ceux-là même qui avaient perdu Taya et qui l’ont renié le jour de sa chute !

Le changement de gouvernement qui s’est traduit par l’arrivée de Yahya Ould Hademine et la sortie de neuf ministres de l’ancienne équipe de Moulay Ould Mohamed Laghdaf est perçu comme une « pause », pas plus. Les observateurs de la scène politique mauritanienne pensent qu’Aziz ne songe aucunement à finir son second mandat avec un tel attelage. Les réalisations économiques, aussi importantes soient-elles, ne peuvent cacher le malaise politique persistant. Seule le retour au dialogue, avec l’implication du FNDU, est de nature à sortir la Mauritanie de cette noria du désespoir qui commence à faire tache d’huile au sein de populations pourtant majoritairement acquises au pouvoir si l’on en croit les résultats de toutes les élections organisées depuis 2009.

Reste à savoir comment le pouvoir compte gérer la situation jusqu’à la tenue de nouvelles élections municipales et législatives données pour hautement probables d’ici fin 2015. Avec une opposition qui renoue avec son discours d’avant la présidentielle de juillet 2014 et une majorité toujours à l’offensive, Ould Abdel Aziz n’a certainement pas la situation idéale pour mener à bien les grandes réformes de son second – et dernier ? – mandat.

Sneiba Mohamed

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