Mauritanie : Disons nos maux avec les mots justes

Les politiques ont changé de fusil d’épaule. Les questions qui mettent aux prises habituellement le pouvoir et son opposition sont aujourd’hui essentiellement d’ordre économique.

Sur la toile, dans les journaux et sur les ondes des radios privées, des personnalités de l’opposition prennent du plaisir à

 dénoncer ce qui leur semble être une crise économique profonde pouvant se transformer, si on n’y prend garde, en état qui dure. La réplique du pouvoir en place ne se fait pas attendre. Le Premier ministre d’abord, lors de son passage à l’Assemblée, a tenté, avec les « armes » dont il dispose, c’est-à-dire une compilations de chiffres et de données éconoiques fournis sans doute par les différents départements, de contrecarrer les vélléités de ses contradicteurs de l’opposition.

Ensuite, le Groupe parlementaire de la majorité prend souvent le relais pour surfer sur la même vague. Et, pour clore ce chapitre sur les sorties officielles et officieuses tentant de constituer une sorte de rempart pour le gouvernement contre ce qui pourrait arriver, à l’image des débordements dans certains pays arabes, le parti au pouvoir, l’Union pour la République (UPR) avait même pris les devants en mettant en place, il y a deux ans, une commission chargée de la protection du consommateur ! Une réaction qui s’inscrivait dans la droite ligne de celle qui avait également conduit à l’installation de la commission chargée des droits de l’homme, et qui est arrivée au moment où le militant antiesclavagiste, Biram Ould Dah Ould Abeid était jugé, en 2010, avec six de ses compagnons, pour agression contre la police alors qu’il était venu dénoncer un cas d’esclavage à Arafat.

Que faut-il penser de toutes ces réactions du pouvoir tentant de faire croire à l’opinion publique nationale qu’il ne s’agit que de commérages de salons et parti-pris sur l’Etat d’une économie nationale qui ne s’est jamais si bien portée ? L’état des lieux de nos marchés plaide – t – il la cause du pouvoir ou constitue – t – il un argument fort contre lui ?

En fait, il s’agit-là d’une double lecture de « l’état de la Nation ». Les ministres et nous, nous ne parlons pas le même langage. Eux évoquent les chiffres, très compliqués et complexes, de la macroéconomie, nous nous évoquons les maux de nos ventres exacerbés, ces derniers temps, par des prix qui flambent, l’argent qui se fait rare, la récession – visible à l’œil nu – de toutes les activités économiques, les problèmes de santé, d’éducation et de transport, etc, etc, etc. Eux évoquent un excédent de la balance commerciale du pays sans impact réel sur le train-train quotidien du citoyen lambda, une croissance qui tend vers les deux chiffres et un tas d’autres paramètres économiques dont ils sont les seuls à connaître le secret. En fait, il s’agit d’un dialogue de sourds qui risque de durer encore longtemps. C’est la vieille diatribe d’un pouvoir acculé de toutes parts, incapable de trouver ses marques pour passer aux choses sérieuses et permettre aux citoyens de vivre décemment. Car à quoi sert l’embellie d’une économie si elle ne se traduit pas, dans les faits, par l’amélioration des conditions de vie des populations ?

Des chiffres, rien que des chiffres

Nous avons longtemps cru en les réformes économiques structurales de la Banque mondiale et du FMI et nous avons longtemps supportés leurs aléas pensant que le jour viendra où le bien-être promis sera réalité. Cela dure depuis 1985. Un quart de siècle ! Faudra-t-il attendre que tous ceux qui ont assité à la mise en place des PAS (Programmes d’ajustement structurel) et autre FASR (Facilités d’ajustement structurel et de la Relance) disparaissent de la terre pour que les promesses des Institutions de Bretton Woods se réalisent ?

On n’a que faire des chiffres ! Que le taux de croissance soit élevé, que celui de l’inflation soit maîtrisé, que la balance commerciale soit excédentaire, cela importe très peu pour les populations si elles sont condamnées à souffrir le martyr de prix qui montent, montent, montent, si elles ne peuvent avoir droit à de meilleurs services de santé et d’éducation, si elles continuent à voir des riches qui s’enrichissent de plus en plus et des pauvres qui sombrent dans leurs misères esseulées.

Hier comme aujourd’hui, les maux de la nation ont pour noms corruption, mauvaise gestion, favoritisme, incompétence et irresponsabilité. Comment concevoir sans cela qu’un pays de seulement 3.000.000 d’habitants possédant les côtes les plus poissonneuses du monde, exportant chaque année 11 millions de tonnes de minerai de fer, exploitant, même si c’est en petites quantités, le pétrole n’arrive pas à quitter le club infamant des PMA (Pays les moins avancés) ? Comment expliquer qu’avec toutes ces richesses, en plus de notre immense cheptel et de nos terres agricoles de la Vallée, l’on continue à pointer sur la liste des Pays Pauvres très Endettés ? Car si la dette a été épongée sous Ould Taya, les promesses de la table ronde de Bruxelles (plus de 3 milliards de dollars) ne sont pas de l’argent donné à titre gracieux. La dette appelle la dette, c’est connu. Un endettement, en fait, qui n’a servi à rien, puisque sans réalisations probantes et hypothéquant l’avenir des générations futures !

Certes, avec seulement trois années d’existence « démocratique », l’actuel pouvoir a des circonstances atténuantes. C’est ce qu’il ne cesse de répéter en disant que la situation qu’il traverse est l’accumulation de plusieurs années d’erreurs de gestion. Soit mais on lui reproche, justement, d’adopter le même comportement que ceux qui ont mené la Mauritanie au bord du gouffre. Disons nos « maux » avec les « mots » justes ! Ne nous voilons pas la face comme l’a toujours fait Ould Taya. Jusqu’au jour où il a été balayé par son propre entourage.

Source : Sneiba Mohamed

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