Mauritanie FMI: un nouveau programme sera conclu

concluLe passage d’une mission du Fonds monétaire international conduite par MmeMercedes Vera Martinen Mauritanie, ne constitue pas un «non-évènement», même s’il faut s’attendre à des étincelles.
L’état des finances de laMauritanie s’est suffisamment dégradé au cours des deux dernières années pour que les remontrances soient de mise. Dans ces différents rapports sur le pays ; les constats sont souvent faits sur un mode équilibré, sans excès.
La nouveauté c’est que dans son dernier rapport, le conseil d’administration du FMI a dressé un tableau inquiétant de la situation économique et financière du pays. Il a certes salué le regain d’activité économique du pays mais tout en relevant des vulnérabilités liées au trend baissier des cours du fer sur le marché mondial, la hausse des dépenses et des transferts sociaux, la rigidité du marché du travail, un marché de capitaux peu développé et la baisse des investissements étrangers.
Ainsi, selon l’analyse de l’institution de Bretton Woods, le compte des transactions courantes continue à se solder par un déficit. À moyen terme, les déficits devraient se creuser car la forte consommation intérieure d’hydrocarbures et la baisse des cours du fer sont défavorables aux exportations, tandis que les importations, stimulées par les dépenses publiques, continuent d’augmenter. Les exportations ne sont pas suffisamment diversifiées et l’IDE est freiné par l’environnement des affaires…
Le déficit budgétaire devrait se creuser à plus de 3% en raison du recul des recettes tirées du fer, de la nette hausse des dépenses d’investissement et de la poursuite des fortes dépenses courantes. Les recettes hors mines sont inférieures à leur potentiel, la masse salariale est élevée, et les subventions et transferts sont coûteux, représentant environ 26% du PIB. L’épargne budgétaire devrait baisser pour la deuxième année consécutive.
Le pays jouit certes d’une stabilité macroéconomique, mais il a plus que jamais besoin d’une croissance plus rapide et plus solidaire pour créer suffisamment d’emplois à l’intention de sa population jeune. Dans le secteur public, les investissements sont peu efficients, et dans le secteur privé, la croissance est entravée par un lourd climat des affaires, un secteur financier insuffisamment développé et une intégration internationale limitée. Enfin, les rigidités sur le marché du travail et l’inadéquation des qualifications limitent l’impact que peut avoir la croissance économique sur la création d’emplois.

Des réformes de grande envergure

Face à cette situation, les experts du FMI préconisent de prendre rapidement des mesures pour préserver la stabilité macroéconomique, en les complétant par des réformes de grande envergure pour diversifier l’économie, améliorer la compétitivité et promouvoir une croissance solidaire et la création d’emplois.
Les administrateurs soulignent la nécessité d’un assainissement persistant des finances publiques, ancré sur des règles budgétaires crédibles pour remédier au déficit budgétaire croissant et assurer la viabilité des finances publiques. Ils considèrent qu’il est possible d’accroître les recettes hors mines, en élargissant l’assiette fiscale, en renforçant l’administration des impôts et en réduisant les exonérations fiscales.

Dépenses

Il convient aussi d’intensifier les efforts pour contenir les dépenses courantes, notamment la masse salariale, et pour remplacer progressivement les subventions par un dispositif ciblé de transfert monétaire pour protéger les plus vulnérables.
Au delà des données statistiques qui peuvent être trompeurs, il faut replacer la faiblesse de l’impact de la dépense publique à la mauvaise performance des dépenses d’investissement et de la gestion des dépenses publiques. Les déficiences observées dans son processus budgétaire et les goulets d’étranglement institutionnels ont systématiquement entraîné une mauvaise exécution des programmes d’investissement.
Toutes ces insuffisances aboutissent à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets. Parmi les carences importantes observées, on peut citer : l’existence d’un décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ; l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ; des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés ; et des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets, ce qui témoigne de la faiblesse de la capacité d’exécution des organismes d’exécution

Inflation

Compte tenu du risque de réapparition de tensions inflationnistes, les administrateurs encouragent les autorités monétaires à rester prudentes et à se tenir prêtes à absorber davantage de liquidités et à augmenter les taux d’intérêt. Ils sont favorables à une augmentation des émissions de bons du trésor pour contribuer à résorber les liquidités, en réduisant le besoin de recourir au fonds d’épargne pétrolière pour financer le budget, tout en approfondissant en même temps le marché de capitaux. Les administrateurs se félicitent de l’élaboration prévue de nouveaux instruments de politique monétaire, avec l’appui du FMI, pour assurer la gestion des liquidités.
Actuellement les observateurs se posent la question face à la déflation (baisse des prix au niveau mondial,) pourquoi le consommateur ordinaire n’en bénéfice pas ? La raison essentielle de la non répercussion de cette baisse des prix au niveau mondial est que le déficit criant des finances publiques conduit le gouvernement à considérer la différence des prix à la pompe comme soupape pour boucher les trous. Si le processus inflationniste continue à ce rythme. Cela freinerait à terme le taux d’investissement utile, la plupart des opérateurs économiques préférant se réfugier soit dans les activités et spéculatives à court terme actuellement dominantes.

Climat d’investissement

Les administrateurs reconnaissent d’un commun accord que la sauvegarde de la stabilité extérieure est prioritaire et exige une stratégie efficace, visant à diversifier les exportations du pays tout en améliorant la capacité d’exportation des différents secteurs tournés vers l’exportation. Ils recommandent d’intensifier les efforts d’ouverture aux échanges commerciaux, d’assouplir les restrictions sur l’investissement direct étranger et de créer un climat des affaires plus favorable aux exportations.

Marché du travail

Les administrateurs soulignent l’importance d’entreprendre des réformes structurelles plus vastes pour accélérer la croissance sous l’impulsion du secteur privé et réduire encore le chômage, notamment des réformes visant à améliorer les infrastructures, la productivité et l’efficacité de l’investissement public. Ils encouragent aussi les autorités à poursuivre leurs efforts pour assouplir les réglementations du marché du travail, remédier à l’inadéquation des compétences, et promouvoir l’emploi des femmes et des jeunes. Il serait également utile de procéder à une évaluation exhaustive des politiques actives du marché du travail pour en connaître l’efficacité globale.
Il existe des lois économiques universelles applicables à tous les pays : le taux d’emploi dépend du taux de croissance et des structures des taux de productivité. On ne crée pas des emplois par des lois et décrets : c’est l’entreprise qui crée l’emploi. Il s’ensuit qu’avec un taux de croissance de 3%, la création d’emploi est compromise.
Il faut pourtant choisir, non par sinistrose, mais par souci de ne pas dormir sur ses lauriers et sur les consistantes réserves de change, de regarder le verre à moitié vide. Le chef de mission du FMI peut nous expliquer, à l’instar des responsables de notre équipe économique, que le reflux des IDE en 2014 participe d’une tendance mondiale. Mais il observe cependant qu’en 2014 et 2015 , les flux des IDE ont repris dans des pays en voie de développement et que le notre ne fait pas partie des pays de destination.
De cette économie «qui fonctionne», le FMI attend qu’elle approfondisse les réformes structurelles, qu’elle améliore le climat des affaires, qu’elle booste l’entrepreneuriat privé, qu’elle devienne plus attractive pour les investisseurs étrangers. Sacré programme !
Bien entendu, le discours du FMI et ses recettes, que les observateurs ont connues avec les programmes d’ajustement structurel, ne sont pas paroles d’évangile. Certains de ces constats relèvent cependant du bon sens. Le climat des affaires peut être amélioré sans grande difficulté si la politique économique est lisible, s’inscrit dans la durée et si l’administration gagne en efficacité.
Des investisseurs étrangers, intéressés par le marché national, choisissent de se mettre en «attente» afin d’avoir une meilleure visibilité après les changements brusques dans la politique économique du gouvernement.
Il ne sert à rien d’invoquer à chaque fois le contexte international quand on n’a pas vraiment fait l’effort d’expliquer que la «nouvelle politique économique» n’est pas l’expression d’une défiance ou d’un rejet des investissements étrangers. A tort ou à raison, c’est l’image que notre équipe économique donne.
Le véritable enjeu est bien de créer suffisamment d’emplois pour les jeunes générations et de réaliser une réelle diversification de l’économie. Cela a été dit, cela sera redit par le chef de mission du FMI. C’est bien là où se trouve le verre à moitié vide et il faut trouver la bonne politique pour le remplir
On rappelle qu’après une mission d’observation de deux semaines dans le pays en septembre dernier, le Fonds monétaire international s’est montré selon des sources des affaires économiques réservé sur deux points : les scénarios de croissance préparés par les autorités et la qualité des données utilisées. Coté mauritanien, les reformes structurelles souhaitées par le FMI sont chargées socialement et l’enveloppe de 70 millions allouée par le FMI pour la mise en place du programme est en deçà des attentes.
Depuis deux ans, le pays est en proie à des difficultés économiques avec une croissance de 4,2 % seulement enregistrée en 2014, contre une moyenne de 6 % entre 2010 et 2013.
Cette mauvaise performance s’explique notamment par la forte dégradation des comptes publics (déficit, dette, augmentation des coûts d’emprunt), ce qui a contraint le gouvernement à demander l’aide du FMI.
Il ne faut pas être un clerc de la prévision pour savoir que le pays a besoin de conclure un nouveau programme pour stabiliser son économie. Avec un taux de croissance en baisse par rapport à son niveau de 2014 et 2013, et jugé trop faible pour réduire la pauvreté et le chômage, une croissance erratique en raison d’une trop forte dépendance de l’agriculture et du secteur minier, la conclusion d’un programme avec le FMI apporterait aux investisseurs un degré de confiance supplémentaire sur la politique budgétaire menée par le gouvernement.
C’est donc la dégradation des comptes publics et cette spirale d’endettement et d’érosion de la confiance conséquence directe du manque de vision et des mauvais choix économiques de l’ancienne équipe économique que la Mauritanie espère interrompre.

Source : RIMECO

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