Mauritanie : jusqu’où peut aller l’opposition ?

Voilà des mois que le président mauritanien multiplie des visites à l’intérieur du pays. Son dernier meeting populaire dans la capitale économique ressemble fort à un discours de programme pré électoral pour les législatives prochaines et en même temps une réponse à l’opposition mauritanienne sur ses principales réformes engagées depuis juillet 2009.

Les multiples références à la poursuite de la lutte contre la gabegie et la corruption, aux programmes de lutte contre la pauvreté, à la réforme de l’éducation nationale et enfin à la fermeté du régime contre les terroristes d’Al Qaïda au Maghreb Islamique sont autant de points forts qui ont marqué l’étape de Nouadhibou.

La visite du chef de l’Etat dans la capitale économique revêt une grande importance pour les populations du Nord du pays qui l’attendaient depuis longtemps. Ould Aziz était accompagné d’une forte délégation d’hommes d’affaires, des membres du gouvernement et de hauts responsables de l’UPR.

Une façon pour le président mauritanien de muscler davantage ses interventions sur la lutte contre la gabegie et la corruption en particulier pour répondre à l’opposition mauritanienne qui avait manifesté à Nouakchott la veille de son déplacement pour demander son départ.

Les références aux « nouveaux vieillards révolutionnaires », la construction prochaine dans la région de Nouamghar d’une station de dessalement de l’eau de mer et d’une usine de fabrication de glace pour garantir aux pêcheurs et habitants une conservation de poissons et sa commercialisation constituent un démenti cinglant aux critiques des principaux chefs de partis de la COD.

En effet les principales réformes économiques commencent à porter leurs fruits avec des recettes publiques 2011 qui avoisinent plus de 183 milliards d’ouguiya grâce à une politique de recouvrement de tous les contribuables mauritaniens. De même les dépenses publiques ont été ramenées en 2011 à 51 milliards d’ouguiya soit une diminution de 14 pour cent du budget de l’Etat.

Ce qui a permis de relancer in extrémis les programmes d’urgence pour les populations démunies comme en témoigne le programme EMEL 2012 pour lutter contre la hausse des prix des denrées alimentaires. Autre souci pointé par le président des « pauvres », le taux élevé de mauritaniens pauvres dû au pillage systématique pratiqué par les élites gouvernantes de ses prédécesseurs selon ses propres termes.

Il a surtout durci le ton à propos des barbus de l’Aqmi qui « seront chassés partout où ils se trouvent et sans relâche ». Nul doute que les critiques de l’opposition sont fondées notamment sur la mal gouvernance économique par exemple les scandales sur la pêche, la non transparence des marchés publics, la politique laxiste agricole etc… C’est surtout la mal gouvernance démocratique qui est pointée du doigt avec l’usage de la répression contre les manifestants étudiants, ouvriers, jeunes pacifiques et militants anti- esclavagistes. Cette répression policière n’a même pas épargné les jeunes filles étudiantes.

Pour la COD l’objectif de la marche cette semaine qu’elle qualifie de rupture est de déclencher une nouvelle offensive contre le locataire de la Maison brune. Cependant les observateurs s’interrogent sur la crédibilité des opposants qui exigent impérativement le départ du président. Et pourtant c’est d’abord eux qui avaient signé les accords de Dakar de 2008 qui ont permis au général Aziz d’aller et puis ensuite de gagner les présidentielles.

Ce triomphe de Ould Aziz réside dans l’ambition personnelle de certains leaders qui ont mis au second plan les questions de principe. Pas étonnant que 3 ans plus tard qu’ils aient refusé d’aller au dialogue « national » mettant en avant les dits accords. Et c’est cette même incohérence qui a conduit certains chefs de partis à demander aujourd’hui une phase 2 du dialogue national.

L’opposition doit se prendre à elle-même historiquement et s’engager maintenant dans d’autres batailles celles du terrain en s’opposant aux idées et programmes de la majorité présidentielle. Elle ne devra tirer son épingle du jeu qu’en participant à toutes les élections mais à des élections libres et transparentes. La politique de chaise vide ou de boycott relève de vieilles recettes et n’arrangent que le pouvoir en place et son parti l’UPR majoritaire.

Par conséquent ce vide pénaliserait la représentation parlementaire. Que valent aujourd’hui les déclarations de l’opposition ? Les campagnes de dénigrement n’ont de sens que si les populations y adhèrent et si elles sont durables et surtout si elles portent sur les questions d’intérêt national.

Par exemple sur la réconciliation nationale ou le règlement du passif humanitaire, la résurgence de l’esclavage, l’impunité des coupables des évènements de 89 à 92, l’opposition n’est pas descendue dans la rue une seule fois. Et sur le système éducatif et l’égalité entre tous les mauritaniens que propose t-elle? Où était l’opposition pour la marche d’Inal de 2011 ?

Heureusement que le président de l’IRA Ould Abeid n’a pas oublié préférant renvoyer l’ascenseur aux organisateurs en posant ses conditions pour participer à la marche de Nouakchott et en rappelant qu’il avait lancé à l’époque un appel pour la création d’un Conseil National de Transition.

Autant de vérités qui fâchent et qui montrent que l’opposition ne peut pas aller plus loin que ce qu’elle a déjà montré. A moins d’un revirement qu’une partie plus soudée se radicalise davantage en tenant compte des leçons du passé avec une plate forme de cohésion sociale et d’unité nationale pour bousculer le régime de Ould Aziz. Face à un président requinqué par les populations d’une des plus importantes villes du pays il faut plus qu’une marche de rupture.

Source: cridem

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Commentaires

  1. BOP a écrit:

    Ce qu’il faut se dire, est ce qu’il y a une opposition en Mauritanie?
    si oui laquelle?
    si non travaillons ensemble avec ould Abdel Aziz pour développer ce pays qui n’a que trop souffert de ses hommes politique

    wassalam *STOP*

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