Mauritanie : Le dialogue maintenant, pour qui, pour quoi et pourquoi ?

dialogue_ZZ_0_14Elhourriya : Dialogue, dialogue, dialogue. Crise, pas crise. Les Mauritaniens sont bien dans leurs éléments. Leurs paradoxes. Reprendre tout à partir de zéro. Élections donc en vue. Mais quand? Kham? Il faut d’abord que le dialogue soit.

Le pouvoir qui vient de renvoyer à nouveau aux calendes grecques le renouvellement des deux tiers du Sénat a bien une idée derrière la tête. Un gage de bonne volonté dit le ministre de l’Intérieur qui déclare qu’on ne peut tendre la main à l’opposition et organiser des élections sans elle. Pourtant rien ne laisse présager que ce dialogue aura lieu.

L’opposition hésite, se montre prudente. Un dicton de chez nous dit que celui qui a été mordu par un serpent craint une corde. Et l’opposition a été roulée deux fois dans la farine. En 2008, lors des fameux « Accords de Dakar », et en 2014, quand le pouvoir avait annoncé un dialogue, à la veille des élections présidentielles, pour finalement s’engager dans ce scrutin avec quatre candidats dont deux étaient des « indépendants ».

Mais les hésitations de l’opposition ne sont pas les seuls obstacles au dialogue. La majorité a, elle aussi, plus d’un tour dans sa « tassouvra ». Certes, aucun parti politique de cette « sainte alliance » n’ose remettre en cause la décision présidentielle d’aller au dialogue, mais il se trouvera toujours quelques-uns pour manœuvrer dans l’ombre contre ce choix.

Car une majorité n’est forte que par la véhémence de l’opposition. Ceux qui crient contre le pouvoir donnent de l’importance à ceux qui crient pour le pouvoir. Une sorte de vase communicants quoi. Un peu comme ce qui se passait- se passe encore – au sein de la communauté haratine. Messeoud et Biram s’opposent, certains de leurs « frères » profitent, à la tête du Conseil constitutionnel et de l’Agence mauritanienne d’information.

Cette « bolletig » n’est pas propre aux seuls Haratines. Les autres communautés l’appliquent également à merveille. On joue souvent famille contre famille. En 2008, le général Aziz n’a trouvé aucune difficulté à substituer un « shikh » (chef) du Brakna au cheikh (marabout) qu’il venait de destituer. Tous deux appartenaient au même ensemble tribal. Une tribu d’une autre wilaya avait pris un temps la place d’une autre qui s’était rangée du côté du président « rectifié ».

C’est pour dire que le dialogue tient à plusieurs choses à la fois. Des partis politiques qui pensent qu’ils ont le vent en poupe, d’autres qui estiment que des élections, ici et maintenant, ne les arrangent pas.

Des hommes politiques bien placés qui jouent pour le maintien d’un statu quo, d’autres qui aspirent au « changement », en appelant à ce qu’ils appellent, sans y croire vraiment, « le renouvellement de la classe politique ». Tout tient donc à un jeu d’intérêts qui tourne autour de cette question : qu’est-ce que je gagne, qu’est-ce que je perds ?

Le pouvoir lui-même est accusé de ne vouloir le dialogue qu’en période de crise. Quand la situation sociale et économique l’embarrasse. Il peut ignorer l’opposition, ne pas répondre à ses appels au dialogue quand c’est la politique qui divise mais la grève des travailleurs de la SNIM, la première entreprise du pays, les remous au sein de la faculté de médecine, les manifestations des défenseurs des droits de l’homme appelant à la libération du président d’IRA et de ses compagnons, le non renouvellement de l’accord de pêche avec l’UE sont autant de problèmes qui troublent, en ce moment, la tranquillité du pouvoir en Mauritanie.

Si beaucoup d’observateurs pensent que ce sont là les vraies raisons qui poussent le président Aziz à appeler au dialogue, la majorité, elle, continue à parler d’ouverture sans contraintes et de propositions à prendre ou à laisser. Ni plus ni moins.

 

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