Mauritanie : Ni guerre ni paix

Alors que la guerre au Mali entre dans sa deuxième semaines et que son issue semble inéluctable, la position de la Mauritanie sur ce conflit opposant l’armée gouvernementale soutenue fortement par la France et, de plus en plus, par les armées de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) reste inébranlable :

 

pas d’intervention militaire avec les « forces alliées », malgré tout ce qui a été dit sur un propos du président Mohamed Ould

Abdel Aziz, déclarant à Abou Dhabi, il y a un peu plus d’une semaine : « La Mauritanie pourrait intervenir si le Mali le lui demande » ! D’aucuns y ont vu une forte pression du président français, François Hollande, mais jusqu’à présent Aziz tient bon. Jusqu’à quand ?

Sur la frontière avec le Mali, longue de 2237 kilomètres, l’armée mauritanienne est sur le qui-vive.  Elle se doit de parer à toutes éventualités, surtout après ce qui s’est passé en Algérie (à In Amenas), pays qui comme la Mauritanie a fait le choix de rester à l’écart de « l’expédition française » dans le nord Mali, malgré qu’ils soient, dans la zone du Sahel ceux qui ont souffert le plus du terrorisme, avec des groupes islamistes armés qui ont essaimé d’abord sur le sol de l’un et recrutent, de plus en plus, chez l’autre.

Il est évident que cette situation place les deux pays au centre de la problématique de ce qui est communément appelé la « guerre contre le terrorisme ». L’engagement de la France et des pays de la Cedeao aux côtés de l’armée malienne arrivent au moment où les groupes islamistes armés cèdent au désespoir et tentent de jouer leur va-tout, en poussant plus au sud de ce qui était considéré, jusqu’alors, comme la ligne de démarcation avec un nord Mali devenu, de fait, un Etat dans l’Etat. Pourtant, la position de la Mauritanie et de l’Algérie n’est en rien différente de celle d’autres pays, occidentaux, comme les Etats unis d’Amérique et la Grande Bretagne, qui affichent une certaine réticence à suivre Paris dans « sa » guerre. Le motif avancé tient de la logique de la prudence, pour Londres, qui a tout de même aidé au transport des soldats français vers le Mali, engageant deux Hercules C 130, et pour les USA dont la constitution interdit d’aider un régime issu d’un coup d’Etat. Car on a tendance à l’oublier, le Mali se trouve dans une phase transitoire qui, quoi qu’on dise, est gérée plus par le capitaine Amadou Sanogo que par le président par intérim Dioncounda Traoré ; même si l’intervention militaire française à un peu perturbé le plan de gestion du pouvoir du tombeur du président ATT en l’obligeant à faire profil bas.

La Mauritanie est embarquée, mais pas encore engagée

Concernant le rapport de la Mauritanie au conflit en cours au Mali, on ne peut pas dire qu’elle n’est pas en « plein dedans », comme on dit. Nouakchott est bien embarquée, malgré elle, dans une galère qui, pour l’instant, vogue sans direction précise. L’alerte maximum de son armée sur la frontière avec le Mali a un coût financier énorme dont on ne prend pas souvent compte dans le lourd tribut qu’on est en train de payer à cause de la présence des groupes islamistes armés au nord Mali et de la guerre que la France a engagée contre eux. Il y a aussi que la Mauritanie accueille sur son territoire quelque 200.000 réfugiés maliens, chiffre qui est appelé à augmenter sensiblement, si la situation se dégrade et de mettre une plus forte pression sur les villes et localités de l’est mauritanien, comme Bassiknou et Fassala.

Dans le premier carré, la position de la Mauritanie est donc des plus délicates. Nouakchott a un antécédent dans la guerre contre ces groupes armés. Elle n’a pas attendu une résolution de l’Onu ou de l’UA pour mener ce qu’elle a considéré, en 2010-2011, comme une « guerre préventive » contre des salafistes qui l’ont attaqué à Lemghaity, Ghallawiya et Tourine. Son expérience contre ces bandes armées, mélange de terrorisme, de trafics de tous genres et de salafisme déconnecté des réalités du monde, pouvait bien servir pour ne pas en arriver à la guerre totale que la France vient de déclencher. Mener des actions ponctuelles et ciblées est probablement plus efficace que d’enclencher une guerre classique contre des groupes islamistes auto-formés pour des actions de guérilla urbaine et de combats dans les dures conditions du Sahara. C’est pourquoi la position de Nouakchott face à ce nouveau conflit se comprend : pas d’intervention directe (on a déjà accompli notre boulot, semble dire le président Aziz) mais on veille au grain. On surveille nos frontières pour que les dommages de cette guerre n’arrivent pas jusqu’’à nous. Déjà, la présence sur le territoire mauritanien de dizaines de milliers de réfugiés maliens est un lourd fardeau, qui le sera encore plus is la guerre s’installe dans la durée et si les populations maliennes du nord se voient obligées de prendre le chemin de l’exode.

Sneiba Mohamed

 

Elhourriya

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