PREMIÈRE INTERVIEW DE L’AMBASSADEUR DU SÉNÉGAL EN MAURITANIE.: ‘Pour la carte de séjour, je demande à mes compatriotes de patienter’

Dans les nouveaux locaux de l’ambassade du Sénégal à Nouakchott, en face de la police PJ, S.E.M Mamadou Kane, reçoit Alakhbar pour sa première interview à la presse mauritanienne. L’Ambassadeur du Sénégal en Mauritanie, qui venait de rendre visite à ses compatriotes pêcheurs, revient sur les problèmes des ces derniers et sur la question de la carte de résidence exigée des étrangers.
ALAKHBAR : Vous venez d’effectuer une visite de courtoisie chez vos compatriotes pêcheurs qui vous ont soumis leurs doléances.  Quand est-il exactement?

S.E.M Mamadou Kane : Nous avons placé la visite d’aujourd’hui sous le signe du renouveau dans nos relations d’abord avec les autorités mauritaniennes compétentes, d’une part mais aussi dans le renouveau des relations que nous voulons rétablir avec la communauté sénégalaise établie en Mauritanie. Je  voudrais tout simplement magnifier l’exemplarité des relations entre nous et nos frères de Mauritanie qui ne peuvent pas être des relations conflictuelles, mais des relations basées sur l’amitié et la confiance mutuelle.

Pour en revenir à votre question, elle est tout à fait précise. Concernant d’abord les femmes que l’on doit déplacer, si on peut exprimer ainsi, c’est-à-dire les transférer de l’actuel port de pêche et les emmener à vingt-huit kilomètres, pour des raisons que vous avez évoquées, à savoir la protection de l’environnement  de la plage pour des raisons de salubrité, disons que l’Ambassade n’a pas été informée de façon directe par les autorités mauritaniennes. Et je crois que c’était une des raisons pour lesquelles cette visite était utile ; nous étions allés nous enquérir des doléances de notre communauté de pêcheurs, qui est la plus forte communauté sénégalaise vivant à Nouakchott. Ensuite, nous avons rencontré les autorités portuaires en vue de leur faire part des difficultés que rencontre cette communauté.. Mais malheureusement, comme vous avez pu le constater, les plus hautes autorités n’étaient pas sur place. Ni au niveau du port de pêche, ni à celui de la direction de la surveillance des pêches. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas pu avoir les détails sur ce problème qui a été posé par les femmes. Maintenant, nous allons maintenir les contacts. Nous allons donc poursuivre les démarches et voir enfin de compte ce qu’on peut faire si telle était la décision prise par les autorités mauritaniennes. Parce qu’il faut quand même leur reconnaitre le droit souverain de prendre des décisions quant à la gestion de leurs activités internes. Donc s’il s’agit de protéger l’environnement, je crois qu’il est important qu’ils puissent prendre des décisions allant dans ce sens. Mais, nous ferons tout pour faciliter les choses à nos braves femmes. En fait c’est des mareyeuses, et je pense qu’elles ne seront pas les seules concernées, même si elles constituent l’immense majorité des femmes qui s’activent dans le port. Car il y a celles qui sont d’autres nationalités, si je ne me trompe pas. Donc c’est tout le monde. Je crois que c’est une règle générale. Et en tant que telle, elle s’applique à toutes de façon égale. Donc nous allons continuer les démarches comme je vous l’ai dit. Les résultats seront portés à la connaissance des intéressées inchallah.

ALAKHBAR : Et les moteurs arraisonnés ?

S.E.M Mamadou Kane : En ce qui concerne les moteurs, il y a eu des accords que nous avons passés avec les Mauritaniens pour pêcher dans leurs eaux.   Vous savez la Mauritanie a eu la chance d’avoir des eaux très poissonneuses, beaucoup plus poissonneuses en tout cas que les nôtres ; ce qui fait que tout le monde à tendance à venir ici. Ils ont fini par prendre conscience des enjeux énormes de la pêche. D’ailleurs, ils ont décidé de ne reconduire leurs accords de pêche avec l’Union européenne que si cette dernière double le montant desdits accords. En tout cas c’est la base de la négociation. Et je crois qu’ils vont tout faire pour obtenir gain de cause, parce qu’ils savent actuellement que beaucoup de pays ne peuvent pas se passer de leurs eaux. Ils savent également qu’il y d’autres pays tels que la Chine, la Russie qui veulent venir pêcher dans leurs eaux. Evidemment, compte tenu du fait que la demande est plus importante que l’offre, donc ils essayent de jouer sur la loi du marché qui pourrait leur permettre de gagner plus.

Maintenant pour ce qui est des sénégalais, c’est vrai qu’ils ne peuvent pas ne pas faire des concessions avec nous, compte tenu des relations de bon voisinage. Nous sommes là depuis très longtemps.

Ils veulent également permettre au commun des mauritaniens de bénéficier de cette manne que Dieu leur a offerte, et de leur permettre de tirer profit de la pêche, c’est pourquoi ils ont imposé des quotas sur les embarcations. Raison pour laquelle  ils ont demandé aux sénégalais  d’embarquer, à chaque fois qu’ils vont en mer deux mauritaniens au moins. C’est pour offrir de l’emploi à cette jeunesse qui commence de plus en plus à être nombreuse sur le marché du travail et à être confrontés au problème du chômage.  C’est en fait légitime. Cependant, les pêcheurs sénégalais nous disent qu’en partant en mer, ils n’arrivent pas toujours à trouver ces personnes à embarquer, et n’osent pas aller sans eux. Quand nous avons demandé aux surveillants de la mer (la DSPCM) ils nous ont dit: « les Sénégalais ne veulent pas les emmener ou c’est par égoïsme qu’ils le font ». En tout cas, nous sommes très mal placés pour le juger. Nous ne savons pas exactement comment cela se passe. Il est difficile de faire la part des choses entre les deux parties.

Mais ce que nous nous déplorons par contre c’est que le non respect par certains agents des droits des pêcheurs migrants dont les moyens de production sont confisqués indument et qui font l’objet de rackets. Nous veillerons et les autorités mauritaniennes sont d’accords avec moi, à ce que ces pratiques soient bannies dans le secteur. Nous  pensons, en effet que tout  doit se faire dans les règles.

ALAKHBAR : Où en est-on avec la carte de séjour exigée aux étrangers en Mauritanie, y compris les sénégalais ?

S.E.M Mamadou Kane : Permettez d’abord de souligner le déficit de communication entre les autorités mauritaniennes et les missions diplomatiques en général. Parce que quand on dit que la carte concerne tout le monde, nous y sommes compris. Même si, nous, en particulier les sénégalais, nous pouvons nous étonner que l’on nous applique quelque chose qui n’est pas prévu par les accords que nous avons passés avec les mauritaniens et que nous n’appliquons pas aux mauritaniens chez nous.  Au Sénégal, les mauritaniens n’ont pas de carte de résidence. Même en cas de contrôle, ce qu’on peut leur réclamer c’est la carte consulaire. A un moment donné, ici c’était la même chose ; c’est-à-dire le Sénégalais qui fait l’objet d’un contrôle ou une vérification d’identité, il suffisait de montrer sa carte consulaire pour qu’il soit relâché.

Mais maintenant nous en tant que diplomates aurions aimés être informés par des voies autres que celle de la presse. C’est un communiqué paru dans un journal de la place qui nous dit que les étrangers sans exception seront tenus à partir du premier juin 2012 d’obtenir la carte de résidence. Quand nous l’avons appris, nous ambassadeurs des pays voisins de la Mauritanie (Gambie, Mali  Sénégal, Ndlr) avons rencontré les autorités maritaniennes compétentes afin de  leur faire part de nos préoccupations et de nos inquiétudes à ce sujet. D’autant plus que l’occasion a été saisie par beaucoup de gens pour faire l’amalgame entre les opérations de rafle qui ont eu lieu à Nouadhibou et cette carte. Nous n’avons pas été donc ni informés, ni associés à cette décision. Sinon, nous aurions pu en sensibiliser nos compatriotes et en rendre compte à nos Etats respectifs pour leur dire que le gouvernement mauritanien en toute souveraineté, a décidé d’instaurer une carte de séjour d’étranger. De toutes façons la Mauritanie ne sera pas le premier pays à instituer un tel document.

Nous attendons la notification officielle de la décision. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé aux sénégalais d’être patients et d’attendre un peu de savoir quelle sera la réaction de la partie mauritanienne .

ALAKHBAR : Cette carte ne constituera-t-elle pas une entrave à la libre circulation des personnes et des biens entre les pays voisins?

S.E.M Mamadou Kane : Non, la carte qui sera exigée aux étrangers à compter du 1er juin, ne pourra constituer une entrave à la libre circulation des personnes. il faut que les sénégalais le comprennent que même dans le cadre des accords de libres circulation, il y a ce qu’on appelle les points d’accès contrôlés. On ne peut pas entrer dans un pays n’importe comment. Dans le cadre de la CEDEAO, il n’y pas de problème ; il y a une convention multilatérale qui existe. Et même pour ces paysde la CEDEAO, il y a aussi des points de passage connus.

ALAKHBAR : Y aura-t-il risque de réciprocité du côté sénégalais en cas d’instauration de cette carte ?

 

S.E.M Mamadou Kane : En tant qu’ambassadeur, je ne peux pas vous dire ce que le Sénégal va faire C’est une décision qui concerne ma hiérarchie.  C’est  elle qui jugera de l’opportunité ou non d’appliquer la réciprocité.

ALAKHBAR : Comment expliquez-vous que d’autres étrangers en situation irrégulière soient expulsés à partir de la frontière sénégalaise?

S.E.M Mamadou Kane : Les Gambiens, les Maliens les Guinéens qui sont tous membres de la CEDEAO peuvent être expulsés à partir de Rosso, et s’ils arrivent au Sénégal, nous ne pourrons pas les renvoyer. D’ailleurs tous ceux qui sont reconduits à la frontière nous les admettons. Mais je crois que pour les autres qui ont besoin d’un visa pour entrer au Sénégal on ne les expulse pas à partir de Rosso. Ils sont obligés soit de les faire expulser par voie aérienne, soit par d’autres moyens.

Pour en revenir aux expulsions, la reconduite à la frontière est un pouvoir souverain qui appartient à tous les Etats.  Le Sénégal le fait comme  d’autres pays le font.  Tous les jours en Europe il y a des reconduites à la frontière, parfois de façon très violente.

Mais ce qu’il y a c’est que normalement on ne doit pas le faire sans passer par les ambassades concernées pour les informer de la décision prise de reconduire leurs ressortissants en situation irrégulière et leur permettre de les assister.

Source: ALAKABAR

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