Mauritanie-Sénégal-Guinée: Les Halpoulars sont-ils des Peuls ?

peulsDepuis des siècles, les africanistes européens et leur adeptes négro-africains historiens et anthropologues ont créé une antinomie peuls-Toucouleurs, en avançant des thèses variées, en vue de démontrer la consistance de leur point de vue.  C ependant, ils n’avaient jamais, auparavant, posé l’équation Peul- haalpulaaren, peut être parce que halpulaaren, est un concept de formation récente (en tout cas en tant qu’ethnonyme). Si le terme TEK (Contré) RUUR (Souverain de cette contrée) –Voir Saïdou Kane : origine et signification du toponyme Fouta Toro. MRS 1981– tel que nous l’avons défini en haut, est très mal connu des chercheurs et historiens, l’empire qu’il désigne (entre le VI et XIII siècle selon les uns, du XI au XIII siècle selon les autres), quant à lui, leur est familier. Dans le cas présent, mon propos est relatif à l’antinomie Peul-Halpulaaren, qui défraie la chronique et commence à créer une fissure profonde entre les spécialistes de l’histoire «peule» et perturbe la cohésion de l’ethnie elle-même. Cela étant préjudiciable à son avenir et à son existence, il est temps que tout le monde se ressaisisse, c’est-à dire que les spécialistes de l’histoire peule doivent trouver un cadre de concertation et de débat franc, permettant de dégager un concept conforme à la réalité de l’ethnie qui servira à son identification par rapport aux autres ethnies et nations du monde. Il ya plusieurs thèses dans ce domaine, dont deux sont les plusmarquantes : • Celle qui soutient que le générique «halpulaar» doit servir à désigner l’ethnie. • L’autre, la plus ancienne, prétend que «peul» est plus adéquat. Quoi qu’il en soit, il faut faire preuve de modération et être animé de l’intention sincère de trouver une solution à cette épineuse problématique. Pour ma part, il est absolument nécessaire de faire un survol de l’histoire afin de replacer les choses dans leur contexte réel. Les histoiriens comme Ibn Batouta, Hawkal et Ibn Khaldoum dont la célébrité n’est plus à prouver, ont parlé du Bilad «Tekrour » comme étant une entité étatique composée d’une cohorte de populations dont les peuls constituaient l’élément dominant. Il s’agit des «Niakhate», (Peul-bamanans) coalisés aux Lemtounas, pour détruire l’empire Soninké du Wagadou Bida (connu sous le vocal de l’Empire de Ghana), vers le début du XI è siècle (en 1030 plus précisément). Même si cette période est un tournant important dans notre   histoire, il convient de souligner qu’elle n’est pas le point de départ de la naissance des empires peuls enAfrique occidentale. Les spécialistes (historiens et ethnologues), comme Marguerite Dupire dans son ouvrage «l’organisation sociale des peuls» (une brillante étude réalisée sur le royaume du Namandir), ont décrit de manière explicite, l’histoire des peuls. Saïdou Kane (qu’Allah l’agrée dans sa miséricorde) a déterminé la formation du peuplement Peul en Afrique de l’Ouest, particulièrement en Mauritanie et au Sénégal, ces deux pays étant le berceau de la Foulanité, à partir duquel est partie la presque totalité des migrations peules vers les autres pays (Mali, les 2 Guinées, le Burkina, le Niger etc.…) pour constituer là-bas les différents groupes «Foulfouldé». Il a fait la genèse du vocable «Fuuta» et son complément, «Tooro». Fuuta serait un dérivé de «Fut ou Fud», le nom du 3è fils de Cham, comme Misreïm dont le prénom a servi à la formation du nom Egypte en arabe (le mot Égypte en français étant composé de 2 mots grecs : Aé = de l’autre coté de, derrière, et Egiptus = la mer Egee, entre la Grèce et l’Asie Mineure). Comme Canaan, la terre promise d’Israël. Fout dont la généalogie a été omise dans la bible, ( Génèse Chapitre VIII à XI, la descendance de Noé) serait le père de Ichrine qui engendra lui-même Diéeri, habitant de Our. De Our proviendra le nom d’une tribu peule, riche en bovidés, venue d’Irak, des les bords de l’Euphrate, appelée «ourourbé», Our, ville d’origine du Prophète Abraham, en Mésopotamie. Tous les lieux (cites historiques) marqués par le séjour du Peul descendants de Fout, porteront le nom Fouta, ou Diéeri, en souvenir de ces ancêtres éponymes dont le peul se réclame : Fuuta Djallon (territoire de la guinée conquis aux diallonké par les peuls), Fuuta Macina (nommé ainsi par les peuls sonoufos descendants de sonoufa, arrière petit fils de Massinissa roi Massyl de la numidie ), Fuuta Adamawa, au Sokoto( Nigéria, conquis par Ousmane Fodiya Dem dit Danfodio), Diéri-Fuuta (premier cite marquant l’implantation des peuls , entre le Tagant, la Regueyba et l’Assaba ou Haayre ngaal), Fuuta Toro, (quand ils ont imposé leur culture et leur religion, le culte d’Apis ou l’adoration du taureau, dans la principauté du Tooro, sur les bords du Sénégal), qui deviendra tour à tour, païen puis islamisé au 18è siècle (la révolution de 1776, promue par desétudiants musulmans peuls). A l’époque de l’Empire du Tekrour comme à celui du Dia Ogo, le métissage entre sérère et Diawbé ou celui entre les Bamanans et les peuls (les Niakhaté) n’a en rien influé sur la Fullaanité des régimes en place d’alors. Durant la régence de l’empire du Mali par les Tonjons, les grandes tribus peules satellites des empires, de Gao (Lam Taga au nord, sont établis à Guimi aux environs de Maghta Lahjar, actuel Mauritanie et les termeses, et de celui du Mali, établis à Badiar ou kinngui (frontière entre le Mali et la Guinée). Ces derniers vont s’imposer en créant la Satiguia du Fouta Tooro (1529), avec à leur tête Koli Ténguéla, fils adoptif de Ténguela Diadié, Ardo du Termessi rapporté par Abderahmane Essadi dans son traité d’histoire, le Tarikh Alfatach). Elles se sont toujours considérées (Taaga et Termes) comme Peules et tous leurs exploits portent cette empreinte. Nous noterons que Koli Ténguela, qui a édifié l’empire des Satiguis, n’était pas peul d’origine mais il s’est réclamé de la foulanité et son avènement fut la consécration de celle-ci. Il a donné au pays son nom actuel: Fouta Toro, nom que les almamys  vont conserver. Son armée était pourtant composée de soldats issus de plusieurs ethnies (Bamanans, Bassari, Lanndouma, Koniagui, Peul etc.) . La satiguia ayant été dominée par le Paganisme (culte du Taureau ou Tooru) même s’il y a eu quelques satiguis convertis à l’Islam (Siré sawa lamou, son fils Boucar et son petit fils Samba Guélaa Diegui), s’est attirée l’hostilité des Peuls musulmans dont le noyau dur (les torodos) étaient en train de former un vaste mouvement révolutionnaire, recrutant son armée au sein de l’ethnie elle-même. Ce mouvement s’est consolidé entre la fin du 15è et celle du 18è siècle. Son triomphe (en 1776) marque une rupture profonde, non seulement entre le paganisme et le monothéisme musulman naissant, mais aussi entre «la culture Peule païenne» et «la nouvelle culture Peule musulmane». Bien que le Tooroodo soit issu du peul païen, il a préféré adopté le terme Pulaar comme ethnonyme plutôt que Peul, ce dernier symbolisant le paganisme à ses yeux. De ce fait, «l’ethnonyme HalPular » s’est imposé au Fouta Tooro islamisé, après la victoire de la nouvelle classe maraboutique ou (Tooroodo) sur le paganisme et ses alliés. A ma connaissance, il n’ya pas eu dans l’histoire, une entité peule qui s’est définie sous le nom «Halpular» outre qu’au Fuuta Tooro, après la révolution théocratique de 1776 (et seulement après celle-ci). Au Fuuto Djallon, au Macina, comme à l’Adamawa où l’Islam s’est imposé comme religion d’état, les conquérants ont toujours porté le nom Pullo. Par ce cheminement, nous voyons que le concept Peul a toujours été adopté pour désigner l’ethnie ou la communauté tout au long de l’histoire. D’ailleurs les ethnies leucodermes voisines des peuls, comme les berbères et les arabes, les désignent sous le vocable «foullani», c’est-à-dire les autres. Les peuls qui ont migré de la Mésopotamie (Ourourbé de Our) vers l’Extrême Orient ont été designés sous differents vocables liés à leur origine, tels que= Pouli, Fallatas ect… C’est seul au Fouta Toro, après le,renversement du pouvoir des satiguis, que l’ethnonyme de Halpulaar est apparu. Cet aspect de la problématique Peul- halpulaar a été explicité par notre défunt frère, historien émérite le grand pionnier du trait d’unionisme, l’éminent professeur Seydou Kane, dans ses cahiers de recherche sur le peuplement de la Mauritanie et dans différentes émissions qu’il a présentées à la rubrique «Mémoire d’un continent» à RFI , où il a eu à soutenir, preuves à l’appui, l’existence de l’ethnie Woolof (waa laaf selon Cheikh Anta Diop dans son opuscule «L’unité culturelle de l’Afrique noire)». Le rôle de l’historien et du sociologue est d’apporter des éclaircissements à leur peuple, afin qu’il prenne conscience de son être et de son existence. Cela lui évitera d’entrer en conflit avec d’autre, quand il sait leur dénominateur commun. Tout ce qui peut conduire à la dislocation d’une communauté ou créer des dissensions en son sein, doit être démystifié. Car l’obscurantisme est mère de l’ignorance et de l’exclusion. A mon humble avis, il n’est pas clairvoyant et pas du tout juste de donner à toute une ethnie, très répandue  à travers tout un continent, une dénomination régionalisée et très limitée. Le concept «Halpularen» ne peut être la carte d’indenté de l’ethnie, surtout quand on sait qu’il est seulement limité au Fouta Toro. Il y a beaucoup de groupes ethniques en Afrique qui parlent le Pulaar mais qui ne sont pas desPeuls. Les africanistes européens ont désigné la langue des Peuls par le concept «le Peul», alors que les peuls se disent locuteur du Pulaar, leur langue est bien donc le Pulaar. Les peuls du Djoloof (Sénégal) désignent la langue woolof sous le vocable «Thiaar». Ici le terme est composé de deux mots : «Thi » désignant l’ethnie Thiédo et «aar» langue (ou parlé de cette ethnie). Notons que tout individu qui ne parle pas Pulaar est appelé Thieddo en Pulaar. Par exemple «Thieddo Galammbo» l’habitant du NGalam c’est-à-dire le Soninké, «Thieddo Dieri» le Sérère etc. Nous parlons la langue française depuis des siècles, elle est notre langue de communication mais cela n’a pas fait de nous des Français. Les différentes castes qui composent l’ethnie Peule constituent sa richesse. Mais ce ne sont là que des groupes socio- professionnels créés par la division du travail dans la société Peule de manière générale : Poulo, Torodo, Thioubalo etc. Il existe même des sous castes au sein de certaines d’entre elles: Mabo (potier ou tisserand) Maabo  Suudu Pathé (généalogiste) Bournabé (esclaves des tisserands qui pratiquent le même métier), Samananké : esclave des pêcheurs pratiquant une variété de pêche (mot d’origine Bambara : Somono). Il ya pourtant des peuls qui nebparlent aucun mot pulaar mais qui se veulent comme tels, et qu’il est dangereux de contrarier (Peul du Wassoulou, Peuls du Dori, au Darefour). Même les Bourdama, issus d’un métissage entre Peul et Berbère (descendant de Oubbata Bodéwal Makama) se veulent des Peuls Bourdama. Je crois que l’ethnonyme qui doit servir à identifier l’ethnie Peul doit être « Foulbé », parce qu’en général, c’est ainsi qu’ils se reconnaissent et sont connus à travers l’histoire. «Le Torankoré » dialecte Pulaar le plus usité, (Mauritanie, Mali, Sénégal et les 2 Guinées…), par  opposition au « Foufouldé », celui des peuls sans patronymes, s’inscrit dans la dynamique de l’évolution de la langue Pulaar donc ayant un aspect purement linguistique. Je pense que la dichotomie Peul- Halpularen, n’a pas de raison d’exister si nous nous basons sur l’histoire Peule de manière générale. Quand on sait que l’ethnie s’est toujours voulue «Poulo». En conséquence, je suis convaincu qu’opter pour la deuxième thèse à savoir «Ethnie Peule», est plus juste. D’ailleurs, comment ne pas tenir compte du point de vue des Peuls eux même pour savoir comment ils se dénomment ? Je ne pense pas que cela soit conséquent. En tout état de cause, ma démarche s’inscrit dans l’optique de la recherche des solutions durables permettant à notre communauté de se déterminer et de garder sa cohésion pour toutes les générations futures. Qu’Allah le tout Puissant nous éclaire.

Abou Ali Sarr, historien

Source: Mauritanie  

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