Mauritanie: un avocat renonce à défendre le jeune accusé de blasphème

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Un célèbre avocat mauritanien a affirmé mardi à l’AFP qu’il avait renoncé à défendre un jeune Mauritanien accusé de blasphème après lui avoir rendu visite la semaine dernière dans son centre de détention à Nouadhibou (nord-ouest).

Me Mohameden Ould Icheddou a expliqué qu’il avait été sollicité par la famille jeune homme, arrêté le 2 janvier, inculpé d’apostasie et placé sous mandat de dépôt. Il avait décidé, avant de donner sa réponse, d’aller s’enquérir de ses conditions de détention et de consulter son dossier.

« Je ne le défendrai pas, il n’a plus besoin de moi dès lors que l’instruction a été clôturée sans moi, en présence d’autres avocats commis pour cela« , a déclaré Me Ould Icheddou, en précisant qu’il ne s’était pas « porté avocat de l’accusé« . « Je ne le défends pas, je ne le défendrai jamais« , a-t-il insisté.

Dans un communiqué publié le 30 janvier, Me Mohameden Ould Icheddou avait affirmé que l’accusé avait « clairement exprimé son repentir » mais que la procédure à son encontre poursuivait son cours. Il avait dénoncé par ailleurs ses conditions de détention.

Le lendemain de la diffusion du communiqué, des manifestations de colère contre l’accusé et contre l’avocat avaient éclaté à Nouakchott.

Les manifestants exigeaient la mise à mort du prévenu, le qualifiant de « criminel« , et dénonçaient les déclarations de l’avocat, selon plusieurs médias mauritaniens.

Certains d’entre eux s’en sont pris à la famille de Me Ould Icheddou, en détruisant sur la place publique et à titre symbolique des centaines de téléphones portables de manifestants d’une marque représentée par son fils, d’après les mêmes sources.

Selon la loi mauritanienne, l’auteur d’apostasie « sera entendu par un juge qui l’invitera au repentir mais s’il refuse d’obtempérer, il risque la peine de mort« , a expliqué mardi à l’AFP une source judiciaire.

Le jeune homme, identifié comme Mohamed Cheikh Ould Mohamed, réside à Nouadhibou. Il est accusé d’avoir écrit un article, publié brièvement sur des sites Internet mauritaniens, dans lequel il contestait des décisions prises par le prophète Mahomet et ses compagnons durant les guerres saintes.

Il y accusait aussi la société mauritanienne de perpétuer un « ordre social inique hérité de cette époque » et défendait la caste des forgerons – dont il est lui-même membre.

C’est la première fois qu’un texte critique de l’islam et du prophète est publié en Mauritanie, République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes comme les peines de mort et de flagellations ne sont plus appliquées depuis les années 1980.

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