Mauritanie : un troisième anniversaire à haut risque pour Ould Aziz.


La lutte contre la gabegie et la corruption à plusieurs vitesses, les réformes de l’Etat renvoyées aux calendes grecques, le redressement de l’économie pour les riches, le dialogue de sourd avec l’opposition, le renoncement à la réconciliation nationale avec en toile de fond la poussée des salafistes et l’implication partiale dans la crise malienne.

Tel est le bilan de 3 années de gouvernance de Ould Aziz qualifiée de populiste et très proche des militaires pour les observateurs. Un anniversaire à haut risque qui empêcherait le président mauritanien de dormir dans sa Maison brune.

Quand le général Mohamed Ould Aziz a pris le pouvoir par la force en août 2008 mettant fin ainsi à un régime démocratique, la surprise était générale. Qu’elles que soient les raisons le nouvel homme fort a brisé sans le savoir l’espoir de tout un peuple qui ne pensait plus revenir à la case de départ.

Une année après en juillet 2009 il est élu président sans surprise dès le premier tour. Pour autant cette transition a été acceptée par tout le monde même si l’opposition mauritanienne avait contesté certaines irrégularités. La victoire électorale a bouté à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, l’image d’un président engagé dans la lutte contre la gabegie et la corruption.

Ould Aziz s’est attaqué aussitôt aux plus puissants hommes d’affaires et hauts fonctionnaires de l’Etat. Jamais un chef d’Etat depuis l’indépendance en 1960 n’a tenté de mettre fin à des scandales financiers d’une telle ampleur surtout dans un pays où la tribu reste encore plus forte que la notion d’Etat. Mais au fur et à mesure que le quinquennat avançait les mauvaises habitudes reprenaient le dessus.

Ce prétexte a plutôt servi d’enrichissement pour une catégorie très proche du pouvoir et de l’armée par le truchement des marchés publics et nominations à la tête des grandes entreprises publiques. La communauté internationale a suivi le mouvement de rectification surtout la France qui a donné son blanc-seing au nouveau locataire du palais de Nouakchott pour appuyer logistiquement la guerre contre Al Qaïda.

Fort de ce soutien et pour éviter le chaos Ould Aziz s’appuya sur les religieux imams et oulémas du pays mais téléguidés par la suite par les salafistes issus du parti Tawassoul et autres frères musulmans pour asseoir une politique de terres brûlées en soutenant ouvertement les rebelles touaregs indépendantistes du MNLA qui occupent actuellement le Nord du Mali avec une aile dissidente sous le vocable Ansar Dine que l’AQMI a rallié pour contrôler effectivement Tombouctou , Gao et Kidal en y instaurant la charia.

A mi mandat ce rapprochement avec les islamistes s’est traduit concrètement par des condamnations légères des salafistes et la libération des chefs d’Al Qaïda comme le recruteur professionnel Almajlisi et le numéro trois Ould Waled qui avait été extradé à Nouakchott par l’Iran. Censé lutter contre les terroristes et narcotrafiquants, Ould Aziz en a fait des alliés. Aux yeux des observateurs cette politique suicidaire risque d’embraser toute la sous région Algérie, Mali,Mauritanie, Niger, Burkina Faso.
En premier c’est la Mauritanie qui risque de payer un lourd tribut au moment où le chef de l’Etat fait face à une opposition sous la houlette de la COD décidée en découdre une bonne fois pour toute après avoir perdu la première bataille du dialogue politique au profit des modérés de l’APP d’El Wiam et de Sawab qui ont quitté le navire pour former une autre structure politique dans une Convention pour l’Alternance Pacifique pour préparer les prochaines législatives et municipales.

La tactique de diviser pour mieux régner a payé et celle de l’immobilisme est la plus spectaculaire. En repoussant d’année en année les échéances électorales Ould Aziz tente de gagner du temps au risque de basculer le parlement dans l’illégalité pour renforcer ainsi ses pouvoirs. Il l’a démontré récemment dans l’affaire du leader de l’IRA qui a brûlé des écrits de rite malékite en demandant en plein conseil des ministres de le punir sévèrement instrumentalisant ainsi la religion pour arriver à ses fins politiques.

Les militants anti esclavagistes n’ont pas dit leur dernier mot. D’autres scandales financiers abondent dont le plus connu et pointé du doigt par l’opposition, la disparition de 50 millions de dollars du trésor public depuis 2009. Et d’autres encore où le premier magistrat du pays est intervenu personnellement pour régler des différends judiciaires ou de terres agricoles du Sud au profit d’investisseurs étrangers notamment arabes.

Les réformes de l’administration et de l’Etat en général accusent beaucoup de retard même si l’une des plus importantes en cours le recensement biométrique est très visible. Cet enrôlement des populations depuis deux ans évolue à pas de caméléon et ne draine pas beaucoup de monde et ne suscite pas autant d’engouement à cause de son caractère racial et xénophobe comme en témoigne la naissance du mouvement de jeunes citoyens mauritaniens regroupés autour de « Ne Touche Pas à ma Nationalité ».

De jeunes dotés de conscience politique pacifique prônant la dignité et l’égalité de tous à l’image des jeunes du mouvement du 25 février 2011 issu du printemps arabe. Le replâtrage politique, l’approximation et la précipitation qui consistent à promettre tout et à repousser des échéances électorales sont érigés en mode de gouvernance depuis juillet 2009.

Illustration parfaite avec le règlement du passif humanitaire. Trois ans après leur retour au bercail, les réfugiés vivent misérablement dans des camps de fortune à leur région d’origine la vallée du fleuve Sénégal. Les promesses de récupérer leurs terres et de recouvrer leurs droits de citoyenneté tardent à venir.

De même les indemnisations des veuves et orphelins, des policiers et des militaires, la réintégration de tous les fonctionnaires victimes des évènements de 89 butent sur une mauvaise volonté politique du régime de Ould Aziz qui n’a rien à envier celui de Ould Taya. Trois ans après son mea culpa à Kaédi Ould Aziz a tourné ainsi le dos à la réconciliation nationale. C’est clair, c’est un anniversaire difficile pour le président « des pauvres » à cause du grave déficit pluviométrique des années passées qui continue d’ impacter sur l’économie du pays.

Malgré les solutions mises en place avec le programme d’urgence contre la sécheresse de 45 milliards d’ouguiya des milliers de mauritaniens sont toujours menacés de famine. Le programme Emel 2012 pour les agriculteurs et éleveurs et les populations les plus démunies n’a pas donné tous les résultats escomptés à cause de nombreux scandales de gestion qui ont éclaté dans certaines régions du pays.

Des procès seraient en cours pour punir les coupables. En attendant le secteur agricole apparaît plus fragilisé et souffre de carences de gestion financière et humaine. Mais au de-là de cette difficulté c’est la production céréalière qui demeure l’équation la plus difficile à résoudre.

La Mauritanie importe plus de la moitié de ses besoins. Une politique cohérente nécessite plus que des aides aux ayants droits surtout si l’on sait que l’agriculture mauritanienne peut contribuer jusqu’à 6 pour cent du PIB. A ce rythme de croisière le secteur est loin d’être viable faute de vrais financements par l’Etat. A mi-parcours de son quinquennat Ould Aziz est passé du président des pauvres au président des riches. Il devra faire mieux pour redonner confiance aux mauritaniens et aux étrangers qui vivent sur son sol aujourd’hui déboussolés par la mise en place soudaine de la nouvelle politique africaine d’immigration qui exige désormais la carte de séjour.

Pour les milliers de sénégalais, maliens et gambiens qui ont jusqu’en fin juillet pour régulariser leur situation, cette mesure est un casse-tête et contraire aux conventions d’établissement et de libre circulation des biens et des personnes signées par la Mauritanie. Le Mali n’a pas hésité à appliquer la réciprocité. En définitive ce sont deux années à risque qui attendent le chef de l’Etat mauritanien à commencer par le plus urgent les relations avec le Sénégal.

L’axe Dakar-Nouakchott vit au ralenti à cause de l’affaire du terroriste Chaafi dont la demande d’extradition est refusée par Dakar.Ould Aziz et Macky Sall ont profité du 19 ème sommet de l’Union Africaine à Addis Abeba pour décrisper les relations .

Une dernière tentative de renouer le dialogue entre les deux chefs d’Etat est prévue après le Ramadan à Nouakchott. En attendant Ould Aziz aurait déjà commencer à bouder le palais beaucoup de nuits pour des raisons non encore élucidées. Sans doute de sécurité ou besoin de ressourcement ou escapades nocturnes. Une nouvelle conduite qui laisserait penser qu’il a lui-même peur d’un éventuel coup de force au point qu’il avait laissé entendre il y a quelques mois à ses amis de l’UPR, parti de la majorité qu’il ne briguerait pas un second mandat. Stratégie ou pas l’avenir nous le dira.

Source:Cridem

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