Mbarek Beyrouk ou le Sahara comme synthèse des Afriques

MBARECKPour sa trentième édition, le jury du Salon international du livre et de la presse de Genève, qui se tenait du 27 avril au 1er mai, a choisi de décerner son prix Ahmadou-Kourouma à l’écrivain mauritanien Mbarek Beyrouk.

Et ainsi de mettre en lumière une œuvre, Le Tambour des larmes, qui cisèle les mots avec saveur, transformant l’image d’un désert figé en un lieu de vie ardente.

La personnalité de Beyrouk, issu d’une vieille tribu de l’aristocratie commerçante, les Tekna, implantée dans les différents ports commerciaux sahariens situés sur l’axe caravanier Goulimine-Atar-Tombouctou, est très profondément marquée par la culture du Sahara. L’auteur du Tambour des larmes (éd. Elyzad, 2015) a su habilement utiliser une langue qui lui est à l’origine étrangère – le français – pour raconter avec poésie la geste et les légendes dessociétés sahariennes encore très marquées par un passé féodal qui survit, retors, parallèlement aux envies et aux acquis de progrès et de modernité très perceptibles dans la vie quotidienne. Beyrouk rend magnifiquement cette paradoxale complexité, parvenant à porter son récit, ses personnages et sa langue puissamment poétique à l’universel. Si les mœurs mauritaniennes séculaires paraissent parfois insaisissables, ceux qui les incarnent ont du cœur, l’esprit élevé et une bienveillance qui les rendent attachants et laissent entrevoir la dimension humaniste de l’écrivain.

« Se rêver toujours en poète »

Descendant d’un arrière-grand-père originaire du Sud marocain établi dans l’Adrar mauritanien au début du siècle dernier, Mbarek Ould Beyrouk est un auteur aux identités hybrides, à l’image même des sociétés mauritaniennes hétéroclites, faites de brassages arabo-africains et de synthèses de multiples appartenances culturelles.

Beyrouk est né à Atar en 1957, il est le fruit d’un métissage entre Maures et Noirs d’Afrique, dont il compte une arrière-grand-mère d’origine bambara. Mais c’est son père, un instituteur comme il en fut jadis dans les écoles mauritaniennes, « enseignant le français aux petits Bédouins », raconte Beyrouk, qui lui transmettra l’amour de la belle langue et des grands écrivains français. C’est à lui que le Prix Ahmadou-Kourouma 2016 doit d’avoir découvert Victor Hugo à 13 ans et d’être depuis « habité par un amour immodéré de la belle littérature ».

Beyrouk grandit à Atar, l’importante capitale de l’Adrar mauritanien et l’une des anciennes garnisons coloniales du nord du pays. Viscéralement attaché à cette ville oasienne aux belles palmeraies et aux oueds extraordinaires, l’écrivain ne se lasse pas, aujourd’hui encore, de s’y rendre pour se ressourcer et fuir l’agitation de Nouakchott, qu’il considère comme une « anomalie de lhistoire » parce qu’elle concentre tout et maintient dans l’ombre les cités authentiques de l’intérieur du pays.

Source: Le Monde d’Afrique

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