Mes âneries au sujet de la filière asine

Pour ce billet, mon inspiration m’a dicté de vous parler des ânes. Voilà que l’aveu est vite fait, pour que vous n’en soyez pas trop surpris. On pourra, sans doute, qualifier mes préoccupations et propos d’âneries, balourdises, crucheânerie-ries, imbécilités, inepties, niaiseries, sottises, ou stupidités. Les qualificatifs et synonymes ne vont pas manquer, mais vous n’en avez pas besoin. Je suis tout à fait lucide, et je crois mesurer la pertinence du sujet que je compte évoquer. Mais je vous laisse apprécier.

En toute franchise, il a fallu m’armer de beaucoup de courage pour oser demander, à travers ces lignes, à deux départements ministériels, du énième gouvernement, de notre quelconque République, de coordonner leurs actions et conjuguer leurs efforts, au présent et au futur, pour accorder une priorité absolue à un péril, dont personne ne parle officiellement, et qui, pourtant, menace gravement le pays. Il s’agit, et c’est loin d’être une plaisanterie, de la  »menace » asine.

Les deux départements, dont il est question, sont celui naissant de l’élevage, dont j’avais salué ici, et à ma manière, la venue en ce bas monde, et le nouvel/ancien ministère de l’Environnement et du développement durable. Je souhaite vivement que le premier puisse tenir debout le plus tôt possible, les tâches qui l’attendent étant titanesques, et attend ardemment constater un meilleur impact pour les actions du second, en particulier pour ce qui est du concept de durabilité.

Le péril, pour lequel je propose une action concertée et conjuguée des deux ministères, est celui que constitue la croissance vertigineuse de l’effectif de la population asine dans notre pays. Les seules estimations de l’ex MDR auxquelles j’ai pu avoir accès, datant de l’année 2000, situaient ledit effectif autour des 630 000 unités. Dieu sait que les chiffres ont nettement évolué vers la hausse.

Les Nouakchottois, ne voient certes que des ânes persécutés, tirant dans les ruelles exigües, et à bout de souffle, des charrettes surchargées, sanguinolents du coup et du postérieur, suite aux fouets foudroyants assénés par un « conducteur-dresseur », des coups de bâtons qu’un soldat de Tsahal n’oserait pas donner avec sa matraque à un palestinien se hasardant à s’approcher du mur des lamentations ou de celui de l’apartheid. Des coups qui, inéluctablement, laisseraient Brigitte Bardot faire couler des larmes de ses yeux qui avaient tant fait fantasmer ma génération.

La réalité est que ce que nous faisons subir à ces bêtes, en ville, même s’il est condamnable dans sa violence, est insignifiant par rapport à ce qu’elles nous font subir ailleurs. Elles sont à l’origine d’accidents mortels, de dégâts matériels inestimables. Elles broutent nos pâturages, affament nos animaux, polluent nos ruisseaux, nous inondent d’excréments…

En effet, il n’est pas difficile, pour ceux parmi nous qui fréquentent les campagnes, ou tout simplement empruntent nos routes bitumées, de mesurer l’ampleur du phénomène.

Les risques encourus par les usagers de tous nos axes routiers sont énormes. Les victimes et dégâts occasionnés par l’errance de ces bêtes ne se comptent plus. Nos « braves » ânes dont les couleurs se confondent, à s’y méprendre, avec celle de nos « goudrons », ont l’habitude nocturne et diurne, aussi inamovible qu’inexpliquée, d’élire « domicile » au milieu des axes goudronnés.

Pour les campagnards, la menace est d’une autre nature. Elle est particulièrement inquiétante, par la pression exercée sur le couvert végétal par des  »essaims » de population asine, semi-sauvages, n’épargnant aucune région du pays, et ravageant, au passage, toute espèce végétale, et par la même occasion, affamant les autres espèces animales.

Cette prolifération de la population asine est constatée depuis quelques années, et ne fait que s’amplifier crescendo. Le nombre d’ânes augmente, et le couvert végétal en pâtit. On peut me parler, je le sais, de la biodiversité. On me permettra de rétorquer que celle-ci, pour maintenir la viabilité, doit se vivre équilibrée. Dans le cas contraire, elle peut se muer en désastreuse bio-adversité. Et c’est ce que nous sommes en train de vivre, sans élever le petit doigt, a fortiori, tirer la sonnette d’alarme, ou (pourquoi pas ?), décréter l’Etat d’urgence.

Notre énorme richesse asine s’est développée à cause grâce à un certains nombre de facteurs, dont :

Sa bonne résilience aux sécheresses cycliques
Sa résistance aux maladies animales connues (et inconnues) dans le pays
Un taux de fécondité très élevé
Les habitudes alimentaires des adeptes du rite Malikite, qui déconseille la consommation de la viande asine
La sédentarisation de plus de 70 % de la population mauritanienne : les ânes ne sont plus exploités à grande échelle, et n’ont plus, pour leur majeure partie, de propriétaires (on en voit de grands troupeaux sans marquage)
Aujourd’hui, il est plus que jamais impératif de s’attaquer, de manière frontale, à cette question vitale. Mais nous pouvons transformer la menace en atout. N’avais-je pas attiré l’attention ici, sur le fait que le péril acridien pouvait être transformé en « criquets-aubaine », et contribuer ainsi à la sécurité alimentaire.

Pour ce qui est de la ressource asine, nous pouvons explorer les possibilités de l’exporter, par exemple, dans le cadre de l’amitié entre le peuple mauritanien, et certains peuples d’Asie, en l’échangeant contre du riz ou toutes autres denrées conformes à notre « Malikisme ». Dès qu’il y’aura la volonté politique  »d’en haut », on trouvera toujours un  »Oulema » pour produire une Fatwa sur mesure. Il n’y a pas de honte à cela. Et si certains se gênent, ils pourraient mettre des gants, exactement comme ils font lorsqu’ils exportent le minerai de fer, le poisson de mer, le pétrole de Chinguit x, les  »choses de Tasiast », les containers de MCM, le bétail sur pieds vers les pays voisins, etc…

Il y a aussi d’autres méthodes d’exploitation qui pourraient nous aider à mieux cerner et exploiter les retombées éventuelles de notre potentiellement juteuse filière asine. Ces méthodes sont expérimentées en Europe, où la vidéo ci-dessous vous montre que cette espèce n’a pas que des inconvenances :

Si, en raison de notre ego, l’exportation des ânes donnerait la chair de poule à nos opérateurs, des nausées à nos friands courtiers, et feraient dégueuler nos insatiables commerçants et  »hommes des affaires », les pouvoirs publics n’ont pas le droit d’avoir des états d’âme. Ils ne doivent avoir que des âmes à régler les problèmes structurels de leur (notre) Etat. Ils n’ont plus que le temps de faire l’état des lieux, et prendre des mesures urgentes qui privilégient l’efficacité à la démagogie et l’efficience à la langue de bois.

Parmi les mesures conservatoires, on pourrait citer une campagne de stérilisation/castration, pour freiner la multiplication de l’espèce. Ou bien trouver une manière de leurrer le mâle qui, sans le test de ce capricieux allemand Flehmen, ne remarquerait guère que la femelle est en chaleur.

Ce genre de mesures me semble peu coûteux, même s’il n’est qu’une solution stratégique pour la maîtrise, à l’avenir, des effectifs de l’espèce. Pour faire face à la menace pesante actuelle, il faut des mesures courageuses de la part de responsables décomplexés. De par ma connaissance de nos mentalités, je vois mal un ministre, a fortiori le Premier ministre, inscrire la  »question nationale des ânes » parmi les priorités de son programme. Je garde l’espoir que quelqu’un (e) saura émerger du lot.

Me dira-t-on, tout simplement, que  »toutes les mesures » sont prises, comme ce fut le cas pour Ebola ? Ou bien me dira-t-on qu’il y a plutôt d’autres priorités ? En tout cas, on pourra difficilement me convaincre qu’une solution appropriée à l’objet de mes âneries d’aujourd’hui n’est pas impérative, cruciale, vitale, et tout à fait à notre portée !

Debellahi Abdeljelil


NB: publié sur mon blog
http://bit.ly/1nba8Vk

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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