Mes attentes du Père Noël

pere noelDebellahi Abdeljelil : la veille des fêtes de fin de l’année 2013, j’avais publié un plaidoyer pour que le Père Noël « se tropicalise », en raison d’un certain nombre d’arguments qui m’étaient venus alors à l’esprit. Ce qui avait échappé à ma vigilance, c’est que ma missive lui avait été adressée tardivement. Son programme, semble-t-il, était déjà tracé, et ses valises bouclées. A ma grande déception, il n’était pas venu. Aussi, il n’avait pas, non plu, eu le temps de me faire parvenir un message de réponse qui m’aurait sauvé la face devant les enfants auxquels j’avais miroité une visite inopinée, totalement différente de celles dont ils ont l’habitude de prendre connaissance à la « télé qui », « télé quoi ? », pour parodier l’inimitable Habib Ould Mahfoudh.

Malgré le choc du camouflet difficilement amorti, et la déception à peine dissimulée, je me suis consolé par cet intime et profond espoir qu’il ne s’agissait que d’un problème de calendrier, et que le malentendu sera vite dissipé. Pour cette raison, cette année, je m’y suis pris assez tôt, deux bonnes semaines de la date butoir.

S’il est vrai que ce malheureux Ebola peut constituer un alibi pour que le Père Noël nous maintienne en quarantaine, il est aussi indéniable que le Bring Back Our Girls, est d’une irrésistible incitation pour que le célèbre barbu vole au secours de tant d’enfants en une inimaginable situation de désarroi.

En conséquence, j’ai décidé, finalement, de réitérer au Père Noël, mon souhait de le voir nous inscrire à son agenda de ce décembre-ci, et ceux à venir. En effet, je ne trouve ni juste, ni raisonnable, que le Père Noel qui, au fil du temps, a su s’adapter à tous les temps, demeure en marge du phénomène de la mondialisation.

Jusqu’à présent, il se limite toujours au Nord. Pour cette raison, chaque année, nos enfants sont privés de sa légendaire générosité. Nous, nous n’avons ni l’habitude, ni les moyens, de leur offrir des présents, et lui, nous ne pouvons accéder à la zone qu’il a pris l’habitude de couvrir : le nord. Ce point cardinal que nous avons, nous l’avouons, perdu depuis belle lurette.

J’ai pensé, d’abord, que c’était dû au climat. Mes investigations ont conforté, chez moi, la prépondérance de cette hypothèse. Il habiterait selon les américains au pôle Nord. Selon les norvégiens il habite à Drøbak, à 50 km au sud d’Oslo. Pour les Suédois, c’est à Gesunda, au nord-ouest de Stockholm, et pour les danois au Groenland.

En 1927, contrairement aux américains, les Finlandais ont décrété que le père Noël ne pouvait pas vivre au pôle nord, car il lui fallait nourrir ses rennes : sa résidence fut donc fixée en Laponie, au Korvatunturi puis, cette région étant un peu isolée, ils l’ont fait déménager près de la ville de Rovaniemi au Village du Père Noël. La Sibérie revendique également l’honneur d’abriter son Quartier Général. On lui prête aussi des résidences secondaires, au Québec, à l‘île Christmas du pacifique, et en Turquie, dans la très touristique région d’Antalya.

A en croire qu’il ne supporterait pas notre climat ambiant du sud. Il doit savoir que nous avons connu des changements divers : des printemps, des Harmattans, des transitions sans translation, des révolutions sans évolution. L’effet de serre : on nous serre davantage, et on ne nous sert jamais. Des crises emblématiques, des conflits symptomatiques, des sécheresses cycliques, des inondations rarissimes mais dévastatrices, des famines, des disettes et des diètes.

En somme, beaucoup de choses de nature à booster sa curiosité, et l’inciteraient à jeter un coup d’œil de ce côté-là de notre grand village mondial. J’imputais aussi cette ségrégation positive, à l’emploi du temps chargé de cet Honorable bienfaiteur et visiteur épisodique, au volume de livraisons qu’il a à faire pour satisfaire les millions de requêtes qu’il reçoit, et celles qui ne lui parviennent jamais.

Je comprenais qu’avec son traineau, il aura beaucoup de mal à nous atteindre, dans les délais imposés par son calendrier très serré, eu égard à la vaste étendue de nos territoires, leur total enclavement, en plus de l’éparpillement de leurs habitants, l’émiettement et la précarité des habitats.

Mais avec la villagisation du monde, le développement des NTIC, les achats par Internet, les livraisons express, j’avoue que j’ai de plus en plus du mal à convaincre nos enfants, pourquoi ils ne voient les cadeaux du Père Noël que chez les autres, et exclusivement à la Télévision.

Quel que soit son lieu de résidence et son mode de déplacement, le Père Noël est invité, cette année, chez nous au Sud. Je souhaiterai qu’il commence son périple par moi. Je ne suis plus en âge de lui demander des cadeaux, mais j’ai un demi-siècle à rattraper. Il n’est jamais venu me voir, moi. Mais qu’il soit rassuré que je vais inscrire mes arriérés aux pertes et profits exceptionnels. Question de ne pas dégarnir ses stocks, que moult demandes attendent à travers moi, et que ses lutins auront mis tant d’efforts pour paqueter, codifier, et adresser,

Au premier contact, il sera rassuré. J’ai une barbe qui, de jour en jour, prend davantage la couleur de la sienne. Il en sera édifié, qu’on peut être barbu, sans être Taliban, MUJAO, ou Boku Haram. Je le prierai de vulgariser ça auprès des enfants du monde entier, pour qu’ils ne soient plus effrayés à la vue du premier barbu, qu’il soit enturbanné ou non.

Je lui suggérerai, d’emblée, de déménager. On a vu plus haut, qu’on lui prête un déménagement dans le passé. C’est, je l’avoue, pour lui éviter, à terme, de se retrouver au chômage. Je pense au Cap, en Afrique du Sud, comme nouveau lieu de résidence. Changer de résidence ne doit pas être plus difficile que de changer de couleur. J’ai appris que ses accoutrements avaient une autre coloration avant d’ingurgiter une boisson, que je préfère ne pas citer ici, pour ne pas égratigner son image auprès de mes coreligionnaires..

S’il le juge opportun, pour commodité ou sécurité, nous pourrons lui faire boire, annuellement, de quoi faire changer même la couleur de sa peau. Je pense au jus de Tamarin, au Pin de singe (pas de bananes), au lait caillé fermenté, à la sauce de grenouilles séchées, au malaxage de lézard et margouillat pimenté, aux bouses liquéfiées de vaches en chaleur, aux urines de chamelles en gestation, etc…Nos guérisseurs et autres charlatans ont le talent pour y arriver, vaille que vaille.

Au cap, il se rapprochera davantage des centres de concentration (pour ne pas dire camps) des enfants. Au nord, la moyenne d’âge est élevée. Ils importent les enfants de chez nous (Arche de Zoe), et nous les exportons vers eux (Lampedusa). Au nord, ils ne font que peu d’enfants. Ils pensent aux inventions, font des prospectives pour leur devenir.

Chez nous, comme la réflexion est l’apanage des miroirs, nous ne pensons qu’à… ça. Au nord, ils travaillent, et n’ont que peu de temps pour faire les enfants. Nous, chômeurs à 99,99 %, nous ne faisons que…ça. Au nord, ils font des études, des recherches, et des perfectionnements. Nous, nous ne maîtrisons que…ça. Au nord, ils vivent ensemble. Nous, nous couchons ensemble.

Notre plus grande production à nous,, c’est les enfants. Si elle était prise en compte au PNB/PIB, elle ferait exploser les indicateurs du Dow Jones, du CAC 40, et tous les autres indices, surtout le Nikkei. Nous nous marions au masculin à 16 ans, et au féminin à 10 ans. Certains parmi nous, ont de 25 à 30 gosses. De quoi ouvrir une crèche à lui tout seul. Il passe la journée à quémander ou à faire le charlatan, et la nuit (et une partie de la journée) est consacrée à …çà. Comme le dit un adage de chez moi, le problème du pauvre est réellement « dans son derrière ».

Au nord, dans un proche avenir, ils choisiront de faire-faire leurs enfants par leurs laboratoires. On perd moins de temps et d’énergie. On maîtrisera aussi les caractéristiques, suivant le génome de préférence ou de référence. Nez légèrement camus, cheveux crépus avec indice de plasticité IP moyen, fesses à la « camerounaises », yeux caméléons (multidirectionnels), oreilles à la ET (l’extra-terrestre), température admissible 45° pour être apte à la légion étrangère, etc, etc… En somme, caractéristiques Darfour..

Si j’étais statisticien, je me hasarderai à dire que dans un horizon proche, il n’y aura plus d’enfants au nord, et une panoplie de fourmilières de gamins disséminée au Sud. Je n’ai pas pu dire jardins d’enfants, en raison de la désertification menaçante.

On voit donc aisément les motivations de ma suggestion au Père Noël. En s’installant au sud, il se facilite ainsi la tâche, en assurant un service de proximité. Après avoir présenté les motivations de la délocalisation/tropicalisation du Père Noël, je lui proposerai de dédier, en exclusivité, ses visites et cadeaux de 2014, aux enfants, soumis aux traitements dégradants, effrayés ou victimes du terrorisme, menacés ou massacrés par les guerres, où qu’ils se trouvent dans le monde.

Une pensée pour les enfants du Sahel et du Nigéria victimes des actions Kamikazes, que beaucoup prennent pour une révélation coranique, au moment où il s’agit d’une invention morbide des « Tigres Tamoul ». Une compassion pour ceux de RCA, victimes innocentes de tiraillements entre des bandes qui devaient d’abord croire en leurs pays, et laisser chacun croire en Jésus, Allah, Bouddha, Krishna, Zeus, ou Dalaï Lama.

Une profonde tristesse et grande indignation de l’indifférence mondialisée vis-à-vis des enfants de la corne de l’Afrique laissés à leur triste sort, après une lamentable opération « restore hope » qui a instauré durablement la misère et la désolation. Une solidarité révoltée avec les enfants de Palestine, victimes d’une injustice perpétuée depuis six décennies, au vu et au su de tous et au mépris de tout. Des couvertures et la chaleur de notre amour pour les enfants de Syrie qui souffrent des affres d’une tragédie qui leur est imposée. Qu’ils sachent qu’il n y a point d’armes « sympathiques ». Quelles soient chimiques, ou physiques, elles sont toutes létales. Elles détruisent, tuent, déchiquettent, mutilent, massacrent, ravagent, installent le désespoir, multiplient les réfugiés et les exilés…

Tous ceux que je n’ai pas cités, méritent toute l’attention, l’affection, et les meilleurs soins. Le fichier du Père Noël, je compte sur lui, est certainement plus à jour. Il me revient simplement, la nécessité d’inculquer aux enfants d’antisémites iraniens, et ceux des sionistes israéliens que toutes les armes nucléaires tuent.

Qu’elles soient détenues par x ou par y, elles détruisent, anéantissent, déforment, occasionnent toutes sortes de malformations sur une période illimitée. A-t-on oublié Nagasaki, Hiroshima, Tchernobyl et Fukushima ? Il ne me reste qu’à souhaiter à tous, de joyeuses fêtes de Noël, et un nouvel an qui soit le début d’une ère nouvelle, caractérisée par la paix, l’amour et la prospérité.

Le soir de Noël, je ferai semblant de dormir, pour surprendre le Père Noël qui, je n’en doute pas, viendra me déposer une lettre-cadeau pour me confirmer qu’il a adopté ma proposition de le tropicaliser.

Si vous le voyez, dites-lui que nous connaissons toute sorte de sape, mais que le sapin ne pousse pas chez nous. Qu’il me fasse cadeau d’un arbre de Noël pour en faire une pépinière de fraternité, d’amitié, et de paix.

Debellahi Abdeljelil

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge