Mes frères Haratines et le discours de Néma…Par Ely Krombelé

Ely KrombeléIl vous est concédé le droit de manifester, de revendiquer, de critiquer les propos de tel homme politique, de tel érudit ou théologien de l’Islam.
Le droit à l’égalité des …droits est un principe universel reconnu d’abord par notre sainte religion avant la révolution française de 1789 et ses précurseurs, les philosophes des lumières. Malheureusement notre Histoire nationale, à l’instar de tant d’autres d’ailleurs a failli quant aux aspirations de ceux qui, spoliés ou damnés se comptent parmi toutes les composantes socio-culturelles du pays, en particulier les descendants d’esclaves comme vous ou Haratines.
Cette contradiction, ne demeure-t-elle pas d’ailleurs le moteur de l’Histoire Humaine? La lutte des classes, thème très cher à Karl Marx, ne puise-t-elle pas sa quintessence dans l’antagonisme entre les « nantis » et les « démunis », nonobstant la notion ethnique, ou de couleur de la peau?
Certes le monde est devenu un gros village et ce qui se passe en Inde dravidienne, interpelle les populations du Gorgol en Mauritanie. Mais il ne faut pas que cet« internationalisme épidermique »  vous pousse au point de céder à la manipulation et surtout à observer vos autres compatriotes maures à travers le prisme d’une sémantique dont l’analyse interprétative a accouché d’un manichéisme sans précédent entre les apologistes et les détracteurs du discours présidentiel de Néma.
En effet l’oraison belliciste qui a suivi les propos du président a couvert l’écho, plutôt anéanti la portée des meetings d’explication d’un gouvernement manquant non seulement d’allant mais également de posture pédagogiques. Cependant la campagne de la haine côté détracteurs des paroles présidentielles se doit d’interpeller tous les mauritaniens épris de paix.
Qu’en est-il réellement? Le président Aziz,comme à son habitude, a repris textuellement ce que dit le vieil adage maure: « sebett el meçkine vi tektou ». Certes la frange la plus fragile de notre société d’un point de vue matériel ce sont bien les Haratines.
Mais n’existe-t-il pas d’autres « meçakines » dans toutes les autres entités socio-culturelles de notre Mauritanie? Alors où va-t-on classer les enfants de la rue, les « almoudos » les marginaux; ne sont-ils pas maures, peuls, soninkés ou wolofs. Ou sont-ils des progénitures d’un « stéréotype » non assisté? Sans vouloir dédouaner la « litote présidentielle » pour les uns ou la « prose de l’absurde » pour les autres, tenue par un homme dont on connait le langage sans détour, qu’il nous soit permis de souligner en revanche la disproportion dans la réaction de certains concitoyens.
Disproportion quand elle prône déjà l’utilisation de la force, voire l’explosion communautaire afin de « laver l’affront » de Néma. Faut-il voir en ce vocabulaire musclé le prélude à la « somalisation » que les sirènes de l’apocalypse ont tant chantée et qui finira par chasser les beidanes de Mauritanie? Est-ce vraiment la condition sine qua non que de bouter les maures de Mauritanie pour qu’enfin le pays aille de l’avant?

A/Le raisonnement par l’absurde

L’automne de l’année 1914, les historiens nous apprennent que les soldats français mobilisés pour combattre l’Allemagne étaient tellement enthousiastes qu’ils partaient au front la « fleur au fusil », laver l’affront de la guerre de 1870. Pour ces militaires souvent fraîchement engagés la guerre allait être courte, juste le temps de « donner une raclée aux boches » et revenir à la maison. La 1ère Guerre Mondiale fût non seulement longue, dévastatrice mais également coûteuse en vies humaines.
C’est que les conflits sont comme le lancer d’une pierre. Quand on lance un projectile on ignore le lieu exact de l’impact, pire son effet boom-rang pourrait vous revenir en pleine figure. C’est cette partie de probabilité macabre que je veux éviter à mon pays. Car depuis la visite du président à Néma, au début du mois de Mai courant, les prises de positions bellicistes, les commentaires oiseux, du genre « les Haratines doivent montrer leurs biceps », font leur ancrage dans certains esprits, certes minoritaires mais étroits.
On peut être opposant, défenseur des droits humains, on peut également être islamiste, flamiste, nassériste, séparatiste, abolitionniste et aspirer à l’alternance de façon pacifique sans inciter à la violence encore moins à la guerre civile. Et d’ailleurs il n’est pas gravé dans le marbre que l’alternance provienne ipso facto de l’opposition.

B/Les Haratines :Tout à gagner ou tout à perdre

On ne le dira jamais assez, l’avenir de la Mauritanie est entre les mains des Haratines. Ceux qui des siècles durant ont été rabougris, spoliés, exploités…sont désormais sur la rampe de lancement d’un futur probant qu’ils doivent eux-mêmes confectionné. Mais comment? Ils se heurteront à la doxa et la nomenklatura qui de nature n’aiment pas le changement.
Mais il arrive aussi que les damnés, les spoliés soient soumis au principe de la « couveuse », contraire du mûrissement symbole de l’ordre constant des choses. Si les Haratines veulent tout avoir et tout de suite, cela veut dire qu’ils sont enclins aux sirènes des manipulateurs, des extrêmistes de tous bords qui les poussent à …l’irréparable.
En cas « d’explosion communautaire » (ce qui est peu probable tant que l’Armée joue son rôle), les premiers jours seront synonymes de chaos inimaginable. Après le saccage des boutiques, les vols de voitures de luxe dans les différentes « bourses » de Nouakchott, les viols, les assassinats, etc…le réflexe du mauritanien sera de rejoindre chacun en ce qui le concerne son terroir. Ainsi renaîtra l’emprise tribale, régionale, ethnique voire clanique, au détriment de l’Etat centralisateur hérité de la colonisation. Les armes commenceront à parler, des barricades, des checkpoints seront érigés au niveau de chaque ville de l’intérieur.
Par exemple pour aller à Néma ou Aioun il faut payer le point de passage de Ouad Naga, de Boutilimit, d’Ajouer, d’Aleg, d’Achram etc….Les négro-mauritaniens rejoindront la vallée ou traverseront le fleuve vers le Sénégal en cas de pressions fortes; les nordistes se dirigeront sur Atar, Zouerate, Nouadhibou, les Térouzis se replieront sur Méderdra leur capitale régionale, ou Boutilimit, ou Rkiz ainsi de suite. Les gens de l’Est, le gros morceau tiendront leurs fiefs avec leurs nombreuses armes et flirteront avec le Mali comme cela se faisait depuis des siècles.
A la longue Al Qaida, les narco-trafiquants, Daech etc…s’inviteront à la partie. Car le feu est allumé et il sera difficile de l’éteindre. La géo-politique sous-régionale ne sera pas en reste. En effet les 40 000 combattants sahraouis du Polisario l’arme au pied depuis le « cessez le feu » imposé par l’ONU, avec ou sans la bénédiction d’Alger voudront eux aussi occuper ou « protéger » leur « espace vital » à savoir les villes minières de Zouérate et Nouadhibou. Dans leur progression les combattants Rgueibatt et Oulad Dleim risquent de ne s’arrêter qu’aux confins du fleuve Sénégal.
Dans ce cas il sera très difficile aux négro-mauritaniens de cultiver le diéri ou le walo, autrement de mener une vie normale. La majorité en quête de sécurité et de stabilité traversera le fleuve pour se réfugier au Sénégal ou au Mali. Une aubaine pour les extrémistes et nationalistes Arabes de Mauritanie.Tout ça pour ça?
Enfin pour boucler la boucle, les Marocains dans le souci de contenir l’avancée des sahraouis voudront bien contrôler notre capitale économique Nouadhibou ou au moins la façade atlantique comprise entre Dakhlé et Nouakchott qui n’est plus qu’un champ de ruines. Point d’argent car plus de banques, donc point de salaires, de carburant de produits de première nécessité; comme en Somalie, ou en Syrie ou plus près de nous la Libye. Beaucoup de maures et haratines iront se réfugier également au Sénégal, surtout ceux-là même qui ont poussé à la guerre civile. Il est à se demander où seront les autres Haratines ?
Les modérés n’auront jamais quitté leurs fiefs tribaux, leurs maisons, leurs résidences autrement dit leurs frères, cousins, et oncles maures, à défaut de l’oncle Sam. Et les extrémistes qui ont été manipulés par la cinquième colonne et les agents du sionisme international à l’extérieur du pays? Ceux-ci auront tout à perdre car désormais abonnés au HCR à Dakar ou Bamako
Voilà une infime partie du film de ce qui pourrait se produire en cas de guerre civile. Certes y penser c’est donner de la valeur, ou crier victoire pour ceux qui veulent du mal à notre pays. Mais c’est aussi l’occasion de démontrer aux « va-t-en guerre » même manipulables, qu’ils sont minoritaires et que leur vision suicidaire doit les inciter à revenir à la raison..La violence ne peut bâtir les Etats modernes, il faut plutôt la conjugaison de toutes les bonnes capacités humaines inventives, créatives pour vivre en harmonie.
Et j’ose parier que mes frères haratines en donnant du temps au temps se départiront de tous les écueils matériel et psychologique pour se hisser sur l’olympe d’une Mauritanie pluriculturelle et progressiste. Ici le dilemme n’est pas Shakespearien, du genre « to bee or not to bee » (être ou ne pas être) mais plutôt cornélien où l’on a tout à gagner ou tout à perdre. Choisir entre la sagesse féconde ou la violence suicidaire, il faut oser./

Ely Ould Krombelé, Paris, FRANCE

Source : Ely Krombelé

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