Boidiel-Messaoud : CAP Toute…

APP, Al Wiam et Sawab viennent d’officialiser leurs relations politiques et stratégiques au sein d’un nouveau regroupement appelé  » Convention pour une Alternance Pacifique «  (CAP).

Et, comme attendu, le groupe du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, de Boidiel Ould Houmeid et d’Abdesselame Ould Horma se positionne, désormais, comme une opposition  » centriste «  tentant de renvoyer dos à dos et la Majorité soutenant le président Mohamed Ould Abdel Aziz et la Coordination de l’opposition démocratique (COD).

Dès l’entame de leurs discours, à l’ouverture dimanche dernier de la conférence de presse -finalement transforme en meeting populaire- devant sceller leur nouveau Pacte, les leaders de la CAP ont tiré sur tout ce qui bouge.

D’abord sur les leaders de la Coordination de l’Opposition Démocratique dont le président du parti Al Wiam, Boidiel Ould Houmeid, dira que ceux qui œuvrent pour qu’arrive en Mauritanie un changement à l’image de ce qui s’est produit en Tunisie, en Egypte et en Libye  » ne courent que derrière leurs intérêts personnels « , dans une allusion on ne peut plus claire aux marches, meetings et sit-in de la Coordination de l’opposition démocratique (COD).

Il rend ainsi la monnaie à une COD accusée par l’opposition dialoguiste de se tromper d’adversaire, en s’attaquant, de plus en plus, aux choix politiques et stratégiques de Messaoud Ould Boulkheir et de ses alliés, privilégiant un apaisement avec le pouvoir plutôt qu’une invite à descendre dans la rue, avec les conséquences que l’on sait.

Dispersion

Ce qui est perçu comme une dispersion des efforts de l’opposition, avec deux coalitions qui se livrent à une confrontation à distance, est pourtant de nature à bouleverser complètement les rapports de force entre le pouvoir et ses adversaires. Car la CAP n’a pas aussi ménagé le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz accusé de pouvoir personnel, de dérives autoritaires, d’improvisation, notamment dans le domaine sécuritaire, mais surtout, de privilégier la construction des goudrons sur les problèmes de survie des populations qui font face à la flambée des prix, aux conséquences désastreuses de la sécheresse et à l’inefficacité de l’action du gouvernement.

A ce sujet, le plan d’urgence  » Emel 2012  » est sévèrement critiqué pour son improvisation, sa mauvaise répartition dans l’espace et son clientélisme. Pour toutes ces raisons, la CAP a appelé le président Ould Abdel Aziz à se ressaisir, à changer de style de gouvernance et même à s’ouvrir à la COD ! Ce qui n’est nullement un appel à un dialogue bis, s’empresse de préciser la CAP, mais une invite pour  » l’autre opposition  » de rattraper le train avant qu’il ne soit déjà trop tard.

Le président du parti AL Wiam, qui a été désigné pour assurer la présidence tournante de la CAP, a évoqué au passage l’affaire Biram Ould Dah Ould Abeid. Il dira que l’incinération des livres du rite malékite est un acte condamnable, mais que l’acte commis par le président de l’Initiative pour la Résurgence d’un mouvement Abolitionniste (IRA), aujourd’hui arrêté avec une bonne dizaine des militants de cette organisation non reconnue,  » ne concerne pas que les seuls Haratines « , appelant à ce que l’on laisse  » la justice suivre son cours en toute indépendance « .

Il a ajouté que l’esclavage a été pratiqué par toutes les communautés, à tel point que des esclaves en possédaient d’autres, précisant que les Haratines  » sont partie intégrante de la communauté maure et qu’on ne peut pas les séparer de leur groupe ».
Evolution possible

La COD, comme on pouvait s’y attendre, n’a pas tardé à réagir aux nouvelles prises de position de la CAP. Pour Saleh Ould Hannena, président du parti Hatem,  » l’adversaire de la COD ce n’est pas l’opposition dialoguiste mais le pouvoir de Ould Abdel Aziz « . Une manière à peine voilée de dire à la CAP  » de quoi je me mêle «  ? Même ton critique de la part du RDU (Rassemblement pour la démocratie et l’unité) dont un communiqué rendu public hier, dénonce ces appels incessants et  » suspects «  à un dialogue avec le pouvoir.

Pour le parti d’Ahmed Ould Sidi Baba, l’un des plus farouches adversaires du régime actuel,  » c’est l’opposition démocratique qui a toujours appelé le régime au dialogue ; elle l’a fait collectivement et de façon individuelle sans jamais trouver une oreille attentive chez Mohamed Ould Abdel Aziz, pour mener un dialogue sérieux et responsable de nature à sortir le pays de la crise dans laquelle il l’a empêtrée par ses agissements insensés « .

Et le communiqué très acerbe du RDU de poursuivre :  » Le « dialogue » que veut le chef du régime et certains de ses applaudisseurs est une mascarade qui se termine comme l’accord de Dakar dont O. Abdel Aziz s’est délié dès l’organisation des élections présidentielles truquées ou comme les comédies jouées à des parties de l’opposition, et dont le but essentiel est de diviser l’opposition et abuser du peuple mauritanien en général et des dialoguistes en particulier « . Le mot est donc lâché : la CAP continue à faire le jeu du pouvoir dont l’unique objectif est de diviser l’opposition, de gagner du temps et de rester aux commandes par tous les moyens.

Mais ces divergences de points de vue peuvent ne pas s’arrêter seulement à l’opposition. Au sein même de la Majorité présidentielle les lignes peuvent bouger. La CAP n’est pas trop loin de la critique que des partis politiques membres de la Majorité (ADIL, MPR, RD), qui ont, eux aussi, créé une alliance au sein de la CPM, adressent de temps à autre au pouvoir et à l’Union pour la République, le parti-Etat qui, en toutes occasions, préfère faire cavalier seul. On peut donc très bien imaginer une évolution sensible de la situation qui pourrait faire retrouver les  » centristes  » des deux camps.

Sneiba Mohamed.

Source: lauthentique

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