Ministère de l’Injustice ? On accuse, on inculpe, on emprisonne, on libère ou on gracie au gré de l’humeur du « Président Fondateur »


Le maintien en détention provisoire de Mohamed Ould Debbagh montre, s’il en était besoin, qu’au-delà de la rengaine habituelle sur l’Etat de prisonnier menotteDroit et sur l’indépendance de la justice, en Mauritanie, ce ne sont pas les délinquants surtout en cols blancs qui ont le plus à craindre de la justice mais les honnêtes citoyens, pour peu qu’ils ne plaisent pas aux gouvernants du moment.

Les magistrats cèdent à la tentation d’user, et parfois d’abuser du placement en détention provisoire sans autre fondement que celui intolérable d’exaucer le vœu du pouvoir politique.

Pour le cas d’espèce, le déficit évident de l’instruction a été comblé par les visites au grand jour du principal responsable des basses besognes du régime à savoir le Directeur de la Sureté de l’Etat qui s’enfermait toute la journée avec le Procureur de la République.

Cette immixtion du pouvoir politique paralyse l’évolution normale d’un dossier et la détention préventive qui est une exception devient un instrument pour faire plier les récalcitrants. Cependant rien ne saurait dédouaner le magistrat de sa responsabilité pleine et personnelle. Lorsque son comportement s’inscrit en totale contradiction avec les engagements de son serment, alors sa responsabilité personnelle doit être retenue et engagée.

Le Magistrat ou le ministre de la Justice qui viendrait à manquer aux devoirs de son état : devoirs d’impartialité, d’indépendance, d’intégrité, de respect de la présomption d’innocence, et de réserve, ne saurait échapper à cette forme de responsabilité pour laquelle il pourrait être amené à rendre compte un jour. Le besoin de travailler et d’avoir accès à des émoluments conséquents vaut-il de courir le risque de devoir un jour rendre compte aux enfants des victimes actuelles de l’Injustice.

Rendre les Magistrats et leur tutelle responsables de leurs actes participerait à conforter leur nécessaire indépendance, à asseoir une légitimité de plus en plus contestée, et enfin, à restaurer la confiance indispensable et dont la perte ne peut que nuire à l’édification de notre Etat de Droit.

En Mauritanie, le Ministre de la Justice, le Procureur de la République, le juge d’instruction et les commissaires de Police déploient tous les moyens mis à leur dispositions par la collectivité nationale pour exercer de l’injustice contre un citoyen et ce dans l’indifférence quasi générale de la classe politique. Les droits individuels et collectifs sont bafoués et les magistrats et leurs auxiliaires sont tenus de se conformer et de céder aux humeurs et caprices du président Mohamed Ould Abdel Aziz.

On accuse, on inculpe, on emprisonne, on libère ou on gracie au gré de l’humeur du « Président Fondateur » comme aime à l’appeler l’humoriste Mamane. Ces autorités judiciaires sont transformées en véritables Tonton macoutes au service de leur « maître ». Ces comportements auxquels on commence à nous habituer ces derniers temps sont la preuve d’un haut sens de… l’injustice. A telle enseigne que beaucoup de nos citoyens ont adopté la dénomination de Ministère de l’Injustice pour nommer le département dirigé par Abidine Ould Kheir.

BC

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