Interview exclusive : Le président Mohamed Abdel Aziz, de la RASD

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‘’Si le Maroc fait échouer les efforts de la communauté internationale, il nous obligerait à défendre de nouveau nos droits légitimes par le fusil’’

A Aghouieïnitt, non loin de la frontière nord de la Mauritanie,  le Front Polisario a organisé les samedi et dimanche dernier (6-7 décembre) des manœuvres militaires qui ont permis à la direction du Mouvement de procéder à une revue des troupes de la zone 4 des ‘’territoires libérés’’. Le Calame a rencontré le président sahraoui en marge de ces manœuvres et il a bien voulu nous accorder un entretien exclusif

 

Le Calame : Quels sont les derniers développements de la question sahraouie ?

Mohamed Abdel Aziz : Ce qui caractérise cette question, maintenant, est essentiellement que le processus engagé, par les Nations Unies, pour trouver une solution au problème, est bloqué. Une situation inédite depuis 1991, année d’un accord de cessez-le-feu entre les deux parties. Le gouvernement marocain refuse l’organisation du referendum, refuse le contrôle des Nations Unies via la MINURSO, refuse de collaborer avec Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies. En fait, le Maroc est déterminé, malgré les décisions des Nations Unies, à continuer ses campagnes d’implantation de marocains sur les territoires sahraouis. Aussi ferme-t-il ses frontières aux contrôleurs indépendants, afin d’entreprendre toutes sortes de violations et de répressions, dans le plus total blackout médiatique. Ces pratiques exposent les efforts des Nations Unies au danger d’un véritable échec. En conclusion, nous craignons que le Maroc ne prenne le risque d’allumer de nouveau la guerre dans la région,en continuant à s’entêter et à contrecarrer la mission des Nations Unies officiellement accréditée au Sahara Occidental.

 

- Quelle évaluation faites-vous de la position officielle de la Mauritanie sur la question du Sahara ?

– Vous savez, nos relations avec la Mauritanie sont bonnes. Elle préside, actuellement, l’Union Africaine dont la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) est membre à part entière. D’ailleurs, nous soutenons la présidence de la Mauritanie à cette organisation où nous entretenons une coordination et une coopération avec quasiment tous les pays d’Afrique et, naturellement, avec la Mauritanie avec laquelle beaucoup de choses nous lient, dans l’intérêt de nos deux pays. De manière générale, la Mauritanie est, tout comme l’Algérie, un pays observateur, à côté de l’Union Africaine, dans le cadre du plan des Nations Unies visant à organiser un referendum au Sahara Occidental. Ces deux pays (la Mauritanie et l’Algérie) sont particulièrement actifs, en marge des négociations, entre le Maroc et le Front Polisario, qui devraient, normalement, aboutir à l’organisation d’un referendum libre et démocratique qui déterminera le statut du Sahara. Dans ce cadre, la Mauritanie joue son rôle convenablement.

 

- Monsieur le Président, existe-t-il une opposition interne au sein du Front Polisario ?

– Vous savez, nous sommes un Front, un mouvement de libération qui comprend tous les courants, toutes les idées sahraouies qui ont foi en la légitimité de l’affaire et au droit sahraoui à la liberté et à l’indépendance. Au sein du Front, on adopte une approche démocratique. C’est pourquoi, tous les trois à quatre ans, on organise un congrès au cours duquel les instances dirigeantes sont élues, en toute liberté et transparence. Nous disposons de plusieurs cadres de concertation : congrès, rencontres, assises, forums pour le dialogue, pour la discussion, pour l’élection et le renouveau… Ainsi, le Front possède la capacité de contenir et d’absorber ; c’est-à-dire : de gérer ; toutes les idées aussi contradictoires soient-elles, à la seule condition qu’elles aient foi dans le droit sahraoui à l’autodétermination. Je ne nie pas qu’en tant que direction politique, nous ne bénéficions pas du soutien de tout le monde : je ne dis pas, non plus, que tout le monde est satisfait de ce que nous faisons, de nos approches sur la question. C’est naturel. Mais je dis, néanmoins, que tout le monde trouve, au sein du Front, un cadre démocratique de compréhension. Une opposition, au sens d’une opposition effective, structurée, véritable, n’existe pas, à cause des conditions où nous vivons et de la nature de notre situation. Nous luttons encore pour la libération de tout le territoire sahraoui, nous n’exerçons pas le pouvoir, au sens de la maîtrise des ressources nationales ou de l’accaparement des potentialités du pays. L’essentiel est la lutte pour l’indépendance totale et ceux qui s’opposent à cela ne constitue qu’une poignée de traîtres qu’engage et utilise l’ennemi. Ce qui est une chose tout à fait naturelle, dans le combat des peuples. En tout conflit, il y a toujours une cinquième colonne. Je me rappelle qu’au début de l’indépendance de la Mauritanie, certains mauritaniens ont rejoint le Maroc, en soutenant que leur pays n’était qu’une partie intégrante de celui-ci. Certains y sont même restés, avec leurs familles. Mais, comme les mercenaires sahraouis, ils ne représentent rien. Il existe bel et bien un consensus national sahraoui, autour de l’indépendance de la RASD et autour de l’appropriation du programme du Front national pour la libération de la Saguiya El Hamra et Ouadi Dheheb. C’est la vision prédominante. Au début, le Maroc a accepté le referendum, croyant à ce leurre d’une opposition consistante à ce projet. Mais lorsqu’il a compris que les Sahraouis sont avec le Front et avec l’indépendance nationale, il s’en est désisté et a essayé de s’en défaire, parce qu’il sait que s’il est organisé, les Sahraouis choisiront l’indépendance.

 

- Est-ce que le Polisario est prêt à toutes les éventualités, y compris celle de la reprise, probable, des hostilités militaires ?

– Notre combat est légitime. La preuve : toutes les décisions des Nations Unies considèrent la question sahraouie comme une affaire de colonisation. Sa solution doit respecter le principe fondateur de l’ONU selon lequel chaque peuple doit disposer de lui-même. Nous sommes entrés en guerre contre le Maroc pendant seize ans. Nous savons ce que la guerre veut dire, c’est pourquoi nous n’en sommes pas des amateurs. Nous en avons l’expérience. Cependant, nous tenons fermement à nos droits légitimes : la liberté, l’indépendance et le droit de disposer de nous-mêmes. Nous souhaitons que le Maroc ne nous oblige pas à reprendre les armes. Nous souhaitons que les efforts internationaux de paix auxquels nous avons participé, que la Communauté internationale a adoptés et pour lesquels elle s’est beaucoup investie, ne soient pas anéantis par l’entêtement du royaume du Maroc. Nous souhaitons que ces efforts atteignent leurs objectifs, à savoir l’instauration de la paix dans la zone et l’indépendance du peuple sahraoui. Si, d’aventure, le Maroc fait échouer tous ces efforts, il nous obligerait, alors, à défendre de nouveau nos droits légitimes par le fusil. Et nous ne nous ménagerons pas.

 

 

-A quand le referendum ? Pouvez-vous présager de ses résultats ?

– Je n’en présage rien, puisque je suis sûr de son issue en faveur de l’indépendance du peuple sahraoui. Cependant, les Sahraouis n’en font pas une condition pour dire qu’ils n’iront que si le résultat leur est favorable. Nous sommes, tout simplement, prêts à aller au referendum et nous vous assurons que nous respecterons le choix libre et démocratique du peuple sahraoui. Mais nous sommes entièrement confiants : si le referendum est organisé, les Sahraouis choisiront la liberté et l’indépendance. Le Maroc comprend très bien cela, c’est pourquoi il s’y refuse carrément et essaie, par tous les moyens et artifices, de s’en défaire.

 

- Si, d’aventure, les résultats du referendum sont en faveur du Maroc, les accepterez-vous ?

– Nous sommes toujours du côté du choix libre et démocratique du peuple sahraoui. Nous le respecterons sans problème.

 

Propos recueillis par Sneïba El Kory

Envoyé spécial

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