Moralité : la Mauritanie, un pays aux abois où les chiens passent…

Voilà c’est fait : Lancement officiel de  la troisième version du manifeste du h’artani opprimé…

La première version a été élaborée « clandestinement » en octobre 2012. Elle apparaît en ligne en janvier 2013 sous jeu-echecune deuxième version  avec la mention «  confidentiel ». Le texte appelait à signer une pétition disponible nulle part et le texte n’était signé que  par des anonymes sous l’appellation « cadres haratines de l’opposition et du pouvoir… » sans que le citoyen lambda ne puisse savoir de qui il s’agit exactement. ..


La dernière version revue et corrigée a été apparemment lancée avant-hier. Texte rédigé d’une main de maître, mais sans nègre, qui met à jour quelques chiffres terrifiants non pas au sujet de la masse des h’ratines qui attendent que les efforts du pouvoir achèvent de donner du temps au temps face à l’amplitude des profondes séquelles de l’injustice et de l’exploitation héritées d’une société féodale quasiment intacte à en juger par les chaînes mentales où les négro-mauritaniens n’ont rien à envier aux maures en matière d’esclavage et séquelles parfaitement actives, ce texte rédigé d’une main de maître donne surtout des chiffres terribles car ils montrent que l’injustice et la marginalisation des cadres h’ratines sont manifestes au cœur du pouvoir sans que cela ne soit justifié par le fameux prétexte de l’ignorance et l’incompétence des masses h’ratines.

Les chiffres crient d’eux-mêmes, et leur voix sans écho est un arrêt sans appel.

Celui qui avale le mieux la couleuvre officielle du manifeste du h’artani opprimé ce n’est pas un h’artani, encore moins un chauvin fils d’émir, mais un bon maure assez proche du pouvoir et qu’on peut accuser de tout sauf d’être un révolutionnaire. S’il tient de pareils propos c’est qu’il sait que ça ne sert plus à rien de jouer au pompier car en vérité, comme nous sommes nombreux à le penser, le mal est fait à cause rappelle Oumeir  « du refus de partager » manifeste ; c’est le cas de le dire…

En effet, avec Oumeir, on peut pleurer de voir que la fracture est consommée entre l’intelligentsia h’ratine et les maures du système car les vrais responsables de cette déchirure sont ceux qui ont détruit et pillé la Mauritanie car ce faisant c’est le pire de la nation qui a proliféré sur la Mauritanie fraternelle en décomposition. Nommer ici et là des h’ratines comme faire-valoir est une chose car c’est d’abord un droit mais cela ne peut éternellement cacher le reste à savoir cette demi-fraternité.

Voyez ce qu’il a fallu faire comme bruit depuis près de 3 ans pour avoir enfin un et un seul h’artani général car en la matière l’humour du pouvoir va loin car on dit qu’il y avait déjà un général h’artani de culture arabo-berbère mais c’est un général h’artani blanc de ceux qu’on ne traite pas de h’artani comme les Nougheit et autres car le terme est infamant à un certain degré de métissage.

Tout cela est lamentable mais le mal est fait et la vérité infecte ne peut plus être niée. Nous vivons dans une société où le racisme noir et blanc a été savamment distillé sans que les criminels ne soient jamais mis hors d’état de nuire au contraire le pouvoir les recycle toujours. Le racisme est là et la folie des classes sociales encore plus présente même si avec l’argent, un esclave peut épouser une fille d’émir car au-delà de la mythologie à l’heure des mites, l’argent reste un maître sans couleur ni caste, il anoblit comme pour rappeler ce que vaut le terme.

Reste une inquiétude : que valent ceux qui portent ce manifeste ? En quoi sont-ils différents de notre classe politique car la caque sent toujours le hareng et rien ne permet de croire que ces h’ratines soient moins politicards et intéressés que les aînés qui ont rejoint le silence au cœur du système pour un poste. Pourvu que tout cela ne soit pas la poussée d’une certaine jeunesse H pour prendre la place des aînés bientôt à la retraite au cœur du système ou  à sa périphérie dépendante car alors tout ceci ne serait qu’une vaste fumisterie de plus.

D’ailleurs, Oumeir note en passant que cette sortie arrive avec la mise à jour du retour des Flam dont une délégation a été reçue par Aziz « avec diligence » selon le communiqué ravi des Flam qui ne porte pas la moindre mention du hic de l’enrôlement à Paris à moins que tout ce beau monde sera renaturalisé mauritanien par décret de sa majesté mais Oumeir oublie, comme nous l’avons souvent rappelé lien à l’appui vers un article de jeuneafrique, que Thiam Samba a toujours estimé que le pouvoir devrait être partagé entre les deux communautés qu’il reconnaît à savoir « partage des pouvoirs entre Négro-Mauritaniens et Arabo-Berbères ».

http://www.jeuneafrique.com/Article/LIN07107sambamalfse0/

Il n’a jamais été question pour les FLAM de partage de pouvoir entre trois communautés. Aussi, pourrait penser Oumeir, tant qu’à faire, il vaudrait mieux pour les maures du système partager d’avantage avec la communauté h’artanienne que de risquer de tout perdre à affronter les deux communautés noires.

Une pensée aux nationalistes arabos errants : voyez l’état de la Mauritanie entre vos mains : un pays aux abois…

Voyons quelques chiffres du manifeste avant de lire la sortie d’Oumeir :

«
1-    Plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers de haratines (les estimations sont approximatives en l’absence d’études indépendantes du fait des tabous nés du refus systématique par les gouvernements successifs) sont encore réduits à l’abominable esclavage de naissance, de statut et de condition avec toutes les sujétions et les traitements inhumains et dégradants qui s’y attachent : travail forcé et non rémunéré, viols et exploitation sexuelle, séparation des familles, ignorance et pauvreté, misère sociale et économique, absence de perspectives d’avenir et exclusion…etc ;

2- Plus de 80% des 1 400 000 personnes les plus pauvres en Mauritanie sont issus de la communauté Haratine ;

3- Plus de 85 % des 1500 000 analphabètes en Mauritanie en sont également issus;

4- Près de 90 % des petits paysans sans terre du fait de la tenure traditionnelle du sol ou de l’exploitation féodalo-esclavagiste, se recrutent au sein de ce groupe;

5  -Moins de 10 % des 30 000 hectares attribuées légalement et aménagés dans la vallée du fleuve ont profité aux petits paysans locaux, le reste à quelques dizaines de fonctionnaires, commerçants et hommes d’affaire souvent natifs des Wilayas non agricoles ;

6 -La parcelle d’un paysan local est en moyenne de 0,25 à 0,5 hectare contre une moyenne de 200 hectares pour la parcelle d’un fonctionnaire ou homme d’affaires agriculteur d’occasion;

7 -Moins de 10% des 2 à3 milliards d’UM de prêts accordés annuellement par le Crédit agricole pour financer la campagne éponyme, profitent aux milliers de cultivateurs  locaux (à majorité Haratines) contre plus de 90% pour les dizaines d’entrepreneurs de l’agro-business (ou prétendus tels) ressortissants de milieux et de zones  sans vocation agricole dans leur grande majorité;

8 – Moins de 0,1% des villas et habitations de haut standing des quartiers chics de Nouakchott appartiennent à des Haratines;

9 -Moins de dix diplômés  de cette communauté sur 200 ont profité du programme spécial d’insertion pour les diplômés chômeurs dans le secteur agricole au niveau de la plaine de  M’Pourié à Rosso ;

10-Plus de 90 % des dockers, domestiques, travailleurs manuels exerçant des métiers pénibles et mal rémunérés sont des Haratines ;

11-Plus de 80% des élèves de cette communauté n’achèvent pas le cycle primaire et moins de   5 % poursuivent jusqu’au bout du cycle secondaire ;

12 -Moins de 5 % des étudiants de l’enseignement supérieurs sont issus de cette communauté ; et une infime minorité de ce pourcentage perçoit des allocations d’études ;

13- Moins de 2 % des étudiants des grandes Ecoles nationales (ENAMJ, Ecole des Mines, Faculté de médecine, EMIA…etc) et étrangères sont issus de cette communauté ;

14- Moins de 0,1% des opérateurs économiques (hommes et femmes d’affaires importants) sont Haratines ;

15 -Moins de 2% des hauts fonctionnaires et cadres supérieurs du secteur public et parapublic sont Haratines ;

16-Moins d’une  dizaine de parlementaires Haratines sur 151 élus au niveau des deux chambres du parlement ;

17- Moins de 15 maires Haratines sur 216 et moins de 12 % de conseillers municipaux à l’échelle national;

18 – 2 Ministres Haratines en moyenne sur les 30 dernières années sur plus de 40 ministres et assimilés ; 20 ministres sur 600 de 1957 à 2012 ;

19-Un seul Faghih agrée sur plusieurs centaines ;

20-Quelques dizaines d’Imams sur des milliers reconnus et agrées ;

21 – 2 Secrétaires généraux de Ministères et Institutions assimilées sur 40 ;

22 – 1 wali(gouverneur de région) sur 13 ;

23 –  1à 2 hakems (préfet) sur 54 ;

24 – 1 à 2 Chefs de Mission diplomatique sur 35 environ ;

25 – 3 à 4 Directeurs généraux d’Etablissement ou de sociétés publics sur 140 ;

26 – 2 Présidentes de Conseils d’Administration  d’Etablissements ou sociétés publics sur 140 ;

27 – Moins de 50 médecins sur plus de 600 ;

28 – Quelques 100 ingénieurs sur plus de 700 ; et pourtant moins de 2% des ingénieurs en service au niveau des grandes sociétés et établissements nationaux (SNIM, SOMELEC, PAN…etc.) sont Haratines;

29  – Plus de 90% des diplômés supérieurs Haratines, se présentant aux concours et tests nationaux, se font stopper dans les ultimes phases d’entretiens verbaux ;

30 – La grande majorité des diplômés Haratines sont condamnés à l’exil, à la reconversion professionnelle ou à se résigner à l’exercice de métiers réputés ingrats et peu lucratifs (enseignants, guides touristiques, travail à temps partiel…etc.)

31 –  0 Président ou directeur de  banques, de sociétés d’assurance ou du secteur financier, de directeur de radio ou de télévision, parmi quelques dizaines d’établissements de cette nature ;

32  –  Moins de 20 professeurs d’université sur un nombre avoisinant les 300 ;

33  –  Une demi-douzaine de magistrats sur plus de 200 ;

34  –  Moins d’une dizaine de diplomates sur plus de 150 ;

35-  Moins d’une dizaine de commissaires de police sur plus de 140 ;

36 –  Une dizaine d’administrateurs civils sur plus de 200 ;

37 –  Moins de 40 officiers supérieurs sur plus de 500 ; dans ce cadre, le corps de la garde nationale constitue une caricature de la sélection ségrégationniste à l’égard des fils de cette communauté d’où leur nombre infime parmi les officiers tous grades confondus ;
38   Un seul Hartani – médecin de surcroît – promu in extrémis au grade de général depuis moins d’un mois, sur les 19 généraux qu’a connus la Mauritanie ou qu’elle connaîtra d’ici la fin de l’année 2013.

   »

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« Identités meurtrières

Publication officielle du Manifeste pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines», une occasion pour l’élite Haratine d’ouvrir les débats et de poser la problématique spécifique à une composante du peuple mauritanien, celle qui était jusque-là indissociable de l’ensemble Bidhâne. Un processus d’autonomisation entamé depuis mars 1978, avec la naissance d’El Horr, ce mouvement social qui tire sa légitimité de son engagement anti-esclavagiste et pour l’égalité des citoyens. On a lu déjà dans le document de l’initiative du Président Messaoud Ould Boulkheir, dans sa partie traitant des composantes que les Haratines faisaient partie des «Noirs de Mauritanie», au même titre que les Pulhaars, les Soninkés et les Wolofs.

Le 29 avril 2013, est donc nait, officiellement, une entité à part entière, revendiquant une identité propre, des droits spécifiques et une prise en compte affichée et volontariste de leur problématique.
De Habib Ould Hemet – prototype du cadre d’élite – à Birame Ould Abeidi – image du militant combatif -, en passant par les vieux, les jeunes, toutes les grandes figures qui ont fait le déplacement ou celles qui se sont fait représenter, tout ce monde s’était donné rendez-vous à la maison des jeunes comme pour bénir la démarche. Ni les cursus politiques, ni ceux universitaires, ne les parcours sociaux ou les origines, ne semblaient avoir pesé pour créer une différence. L’élite Haratine était là pour adopter un document élaboré en vue d’apporter quelques réponses à cette problématique social qui a fini par prendre une envergure politique avec notamment la perspective d’une exigence de partage du pouvoir. Au-delà du fait et de ses conséquences (que nous allons analyser dans le journal de la semaine), un constat doit être fait.
La manifestation de lundi est un couronnement et, en même temps, une sérieuse secousse qui emporte avec elle plusieurs projets.

Elle est couronnement d’un combat mené par une certaine élite pour faire prendre conscience de la problématique Haratine. Elle arrive au moment où les autorités viennent de créer une agence dédiée à cette problématique-là. Au lendemain aussi de la promulgation de lois révolutionnaires, criminalisant l’esclavage et allant dans le sens de la prise en charge de ses victimes par l’accès à la propriété, l’éducation, tout ce qui fait une discrimination positive à l’endroit de cette frange.
Elle est secousse pour ce qu’elle révèle d’échecs multiples. Echec pour l’entité Bidhâne qui semble avoir été incapable d’intégrer les exigences de la Modernité. L’élite Bidhâne d’aujourd’hui n’a pas pu (ou su) partager. Encore moins dialoguer.

Echec de l’Etat unificateur, de la Nation, du rêve commun… Faut-il rappeler ici que ce rassemblement arrive moins de 72 heures après la «normalisation» des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM) et l’annonce de la probabilité pour eux de créer un parti politique. Lequel s’ajoutera aux «radicaux» (RAG), excroissance du mouvement «abolitionniste» IRA de Ould Abdeidi.

Et qui dit «échec de l’Etat» dit «échec de la classe politique dans son ensemble» qui a été incapable de satisfaire les revendications d’une élite qui prétend les prendre en charge…
En attendant de présenter et d’analyser le document rendu public, il est peut-être utile de rappeler à ceux qui, ces jours-ci, vont afficher de «belles» indignations dénonçant «les particularismes politiques»…, oubliant toutes ces réunions tribales célébrées en grande pompe ici et là. Réunions et manifestations tribales, velléités ethniques et/ou de classe…, cela relève d’un tout… qu’il fallait combattre ou, à défaut, composer avec. Sans oublier cependant que c’est ce qui reste quand tout a foutu le camp. »

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Mauritel

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