Naufrage démocratique : Après le dialogue, le déluge !

La démocratie mauritanienne a pris des avalanches d’eau si bien que le pont entre le pouvoir et son opposition a cédé, ouvrant la voie à un déluge qui prend des allures spectaculaires, compromettant toute chance de sortie du précipice politique. Le discours du Président à Atar, les déclarations de Boidiel et les réactions de la classe politique hostile au pouvoir plonge la Mauritanie dans une marée politique noire aux conséquences incalculables…

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Fallait-il tout simplement laisser la Mauritanie dans la situation antérieure au dialogue politique pour que le Président de la République soit à l’abri des appels de son opposition irréductible qui exige ni plus ni moins que son retrait du pouvoir et que la Mauritanie ne souffre pas d’une bipolarisation dangereuse ?

C’est le cas de le dire après que le pouvoir ait initié un dialogue partiel entre sa majorité et une dissidence de la COD. Depuis les choses, loin de donner les bons résultats ne font que s’aggraver et élargir le fossé entre le Président et les leaders de la COD. D’autres acteurs se sont mêlés de la partie pour pousser l’homme fort à la démission. La dernière sans doute de ses décisions fatales ! Finalement le dialogue a, non seulement enfanté d’une impasse politique mais son échec prend des dimensions chaque jour plus dramatiques pour le présent et l’avenir démocratique du pays.

Quand la persuasion cesse d’être le moyen le plus intelligent au service de la paix, la politique perd ses pédales et pousse ses acteurs à naviguer à vue sans savoir quelle direction prendre. Avant le dialogue, curieusement, on n’entendait pas de la bouche des diseurs « d’Irhal » ce slogan. Mais quand la COD a perçu le dialogue comme une démarche visant à couper l’herbe sous ses pieds, elle s’est rebiffée pour trouver des munitions pour parer aux menaces de sa liquidation. C’est bien le cas de le dire, le dialogue a réveillé les hostilités et ressuscité les mauvais souvenirs d’une transition qui avait failli mener au chaos.

Une situation aujourd’hui devenue insoutenable dans un contexte démocratique où le slogan brandit par la COD s’inscrit dans une logique de remise en cause de la légitimé de celui qui se défend bec et ongle d’avoir obtenu plus de 52% des suffrages des électeurs et donc détenteur d’une légitimité constitutionnelle. Mais entre la légalité et sa remise en cause les arguments de l’opposition se moquent de la volonté des urnes. Nous voilà dans une phase où les acteurs politiques des différents camps en conflit décident de signer un arrêt de mort de la démocratie. Cela est valable aussi bien pour ceux qui veulent maintenir le mandat de Ould Abdel Aziz jusqu’à son terme et qui s’efforcent de lui faire briguer un second, que ceux qui réclament son départ avant la fin de son mandat sans proposer d’autres alternatives.

« Mot pour mot, négation pour négation », le schéma actuel est atypique d’une évolution démocratique normale. Du moins en Mauritanie où c’est d’un président élu par les urnes qui avait renversé par les armes un autre élu démocratiquement qui se voit sommé de quitter avant l’heure par une opposition qui peine à sortir son artillerie pour démontrer sa force. En l’absence d’un autre scénario plus consensuel entre les acteurs en conflit, et compte tenu de la radicalisation des positions, quelles perspectives de sortie de crise s’offrent-elles alors pour la Mauritanie ?

Amadou Diaara


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