Négriers d’Afrique : La Mauritanie, dernier pays négrier

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Plus de 160 ans après la publication de « La case de l’oncle Tom », la mémoire est encore brûlante, sombre épisode de l’histoire des Etats-Unis qui a réduit des centaines de milliers de noirs à l’état de bêtes corvéables dans les plantations du sud. Les réalisateurs de cinéma balaient toute la frise chronologique du musée des horreurs américaines : vassalité pure et dure, racisme quotidien, domination « douce »… Le souvenir cruel, battu, rebattu, est gravé dans le disque dur de Washington. Seul signe du temps qui a passé, certains tabous ont perdu de leur cuir et les plus audacieux s’essaient volontiers aux écarts humoristiques. Le comique corrosif de Quentin Tarantino en forme de piqure de rappel est d’une efficacité redoutable.

Mais loin du passé américain imaginaire ou reconstitué, l’esclavage demeure encore une réalité en Afrique, mais ignorée. Fin 2013, l’Ong australienne Walk Free établit un classement des pays en fonction de « la prévalence de l’esclavage ». Triste bilan pour le continent africain qui affiche 38 pays parmi les 50 dont l’indice d’esclavage est le plus élevé. La situation est décrite comme particulièrement alarmante en Afrique subsaharienne. Trafic de personnes, travail forcé, esclavage moderne, exploitation des enfants, mariage forcé… La diversité des formes d’asservissement qui s’y trouvent listées fait froid dans le dos. A l’autre bout du spectre, toujours selon le rapport de Walk Free, l’île Maurice présente le plus de garanties en termes de protection des droits de l’homme. L’Afrique du Sud — héritage de Mandela oblige — est quant à elle désignée comme l’un des pays les plus engagés pour l’abolition l’esclavage moderne.

La Mauritanie, dernier pays négrier

Au carrefour de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne, la Mauritanie est le plus mauvais élève avec 150 000 esclaves pour 3,8 millions d’habitants, soit 4% de la population. Hérité d’une fracture ethnique ancestrale qui a dégénéré au cours de l’histoire en de sanglantes répressions, l’esclavage touche majoritairement les communautés « négro-mauritaniennes ». Originaires de la région du fleuve Sénégal, ces populations restent largement exclues des principaux centres de pouvoir politiques ou économiques contrôlés par les communautés Maures minoritaires, qui dirigent le pays. Particularité nationale, les « Haratines », communauté des descendants d’esclaves noirs, ont été arabisés par les Maures pour être assimilés à leur communauté avant d’être à leur tour marginalisés. L’arsenal législatif qui, depuis 1981, autorise les esclaves à racheter leur liberté auprès des maîtres et qui, depuis 2007 seulement, pénalise l’esclavage, est sans efficacité réelle.

En attendant Rosa Parks

Plus que partout ailleurs, le combat « abolitionniste » a donc encore tout son sens en Mauritanie. Une Ong comme « SOS Esclaves » ou un mouvement comme l’Initiative pour la Résurgence Abolitionniste (IRA) créé en 2008 luttent pour l’éradication de l’esclavage dans leur pays. Le très charismatique président de l’IRA, Biram Dah Abeid, détenu à plusieurs reprises, cherche à impliquer la communauté internationale. Lauréat en décembre 2013 du prix des Nations Unies pour les droits de l’homme, il se présente aux élections présidentielles qui auront lieu en juillet prochain. Un scrutin « à l’algérienne » présenté comme joué d’avance dans lequel Biram Dah Abeid se jette à pieds joints. L’enjeu politique est de taille. Au niveau de la DGSE, on considère l’esclavage comme une vraie bombe à retardement pour ce régime militaire allié des occidentaux au Sahel. Reste à savoir comment mobiliser un soulèvement populaire dans ce pays encore analphabète à 38%. Rencontré à Nouakchott, un militant pétri d’histoire afro-américaine veut croire qu’un jour, une Rosa Parks mauritanienne — du nom de cette courageuse militante afro-américaine qui, dans les années 1950, avait refusé de s’asseoir à l’arrière du bus réservé aux noirs — fera tout basculer. « Ce qui nous manque, c’est une Rosa qui, un jour, décide de dire non ».

Lire le premier volet de notre enquête sur l’esclavage en Mauritanie, rubrique société
Source : MondAfrique

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