Nelson Mandela

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C’était un extraterrestre, comme avant lui, au siècle dernier, le Mahatma Gandhi. Il a fait de son mieux, a été aussi loin que ses forces le lui ont permis.

Mais il s’en va, à près de 95 ans, nous laissant, nous autres Terriens, à nos démons.
Nelson Mandela : son long combat, qui aura été exemplaire, et la manière dont il a, trop brièvement, exercé le pouvoir sont l’essentiel du message qu’il nous laisse. Le complètent quelques phrases qui résument sa doctrine et que je crois opportun de rappeler pour montrer :
– que Mandela exigeait beaucoup de lui-même et des autres, plaçait la barre très haut,
– que de grandes affaires qui occupent en ce moment même nos dirigeants politiques auraient été déjà résolues si elles avaient bénéficié de l’effet Mandela

De ce qu’a énoncé Nelson Mandela, j’ai retenu sept règles-préceptes dont je pense que vous direz avec moi, après lecture, que les formuler est aisé. Mais que réussir à les mettre en pratique n’est pas à la portée de tout le monde.
1) Vous ne pouvez pas obtenir un résultat si, au fond de vous-même, vous n’avez pas l’intime conviction qu’il se produira : la paix ne se réalise que si celui ou celle qui la veut y croit de toute son âme.
Vous la gagnerez si vous en rêvez et n’abandonnez jamais.
2) Qui veut faire la paix doit savoir faire des compromis et accepter d’en faire.
Il aura à prendre beaucoup de risques, y compris pour sa réputation et sa vie.
3) J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle nous vivrions tous ensemble, en harmonie et avec des chances aussi égales que possibles pour tous. Cet idéal, j’en ai fait le but de ma vie ; je l’ai jugé accessible et j’ai pensé que je pouvais contribuer à le réaliser.
J’ai aussi accepté de courir le risque de mourir pour qu’il se réalise.
4) Le courage, ce n’est pas l’absence de peur, mais la capacité à la dominer.
L’homme brave n’est donc pas celui qui n’a pas peur, c’est celui qui triomphe de sa peur.
5) Lorsque j’ai franchi la porte de ma cellule, puis celle de la prison vers la liberté, je savais que si je ne laissais pas derrière moi l’amertume et la haine, je resterais à jamais leur prisonnier.
6) Les négociations pour la paix et la réconciliation sont en elles-mêmes une thérapie.
Elles ne peuvent aboutir que si vous avez la volonté de regarder au plus profond de vous-même, dans les replis de votre âme pour en extirper les démons qui l’habitent.
L’une des choses les plus importantes que j’ai apprises en négociant la paix est que si je ne me changeais pas moi-même, je ne pouvais pas changer mes interlocuteurs.
Car ils sont des êtres humains, comme moi ; avec leur passé, leurs mythes, leurs blessures, leur soif de dignité.
7) Seuls les êtres libres sont à même de négocier et de prendre des engagements ; un prisonnier ne peut pas signer de contrat qui engage. »

Ces sept règles-préceptes sont, en vérité, une simple et belle leçon de démocratie.

Elle s’adresse à ceux, nombreux, qui, en ce moment même, se gargarisent du mot, disent pratiquer la chose, mais, en réalité, abusent du pouvoir qu’ils ont obtenu – ou usurpé – par les urnes pour faire ce qui leur paraît bon pour le pays qu’ils gouvernent ou, parfois, pour le parti dont ils ont fait leur instrument de pouvoir.
C’est tout à fait le cas de ces « arrivistes du pouvoir » que sont les islamistes tunisiens et égyptiens, toujours aussi grisés de l’avoir vu tomber dans leur escarcelle, et qui montrent un peu plus chaque jour qu’ils ne sont ni dignes ni capables de l’exercer, même s’ils en ont (eu) formellement la légitimité.
C’est, hélas, le cas, au moins en partie, de Recep Tayyip Erdogan lui-même. Premier ministre de Turquie et leader de l’AKP, il a montré, depuis un mois, que l’islamisme ne l’avait pas complètement quitté et que sa conception de la démocratie laissait à désirer.
Les vrais démocrates, eux, savent que la démocratie n’est pas seulement la loi de la majorité mais tout autant le respect des droits de la ou des minorités.
Et ils veillent au respect de cette règle d’or, de la vraie démocratie.

L’argument « j’ai gagné la dernière élection » ou « je suis élu » ne donne en effet pas le droit de faire ce qu’on veut ou croit bon de faire.
Accuser les opposants d’être des « fauteurs de troubles », des « agents de l’étranger » ou « des terroristes », comme l’ont fait tour à tour les Kaddafi, Moubarak, Ben Ali et, en ce moment même, Assad, est une ficelle trop grossière pour qu’un Erdogan, qui se présente comme un authentique démocrate, puisse se permettre de l’utiliser sans dommage grave pour sa réputation et celle de son régime.
Son excès d’autoritarisme a même compromis, pour un temps, les faibles chances d’adhésion de son pays à l’Union européenne.
Le droit de vote et son exercice ne sont que l’un des attributs de la démocratie. Gagner une élection est une condition nécessaire, mais pas suffisante ; cela n’autorise pas un homme, une équipe, un parti ou une coalition à décider de presque tout et à tout moment.

Ces règles-préceptes, Nelson Mandela les a appris tout seul dans les prisons de l’apartheid dont il est sorti en murmurant, pour lui-même mais en pensant à ses geôliers oppresseurs de son peuple : « Nous les surprendrons (en bien). »
C’est l’héritage qu’il laisse, notamment à l’Afrique. Car la très grande majorité des présidents africains ont trop de pouvoirs et en abusent, n’ont pas assez de contre-pouvoirs et oublient d’en tenir compte.
Dans aucun pays africain, fût-il le plus « démocratique », les droits des minorités ne sont convenablement protégés. Parlant de leurs systèmes judiciaires, les gouvernants africains disent, par mimétisme démocratique ou par cynisme, « notre justice est indépendante » en sachant pertinemment qu’elle ne l’est vraiment dans aucun de leurs pays.

L’un de ces pays, la République du Mali, est à la veille d’une élection présidentielle dont on espère qu’elle le sortira de la plus grave crise institutionnelle qu’il ait connue en un demi-siècle de vie indépendante.
Le président que les Maliens éliront dans un mois ou six semaines sait que son pays a failli perdre son âme parce que ses dirigeants n’ont pas suffisamment respecté les droits des minorités et n’ont pas dialogué avec elles.
Plus que ses pairs, il doit, par conséquent, se donner pour ardente obligation le respect le plus strict des règles-préceptes que Nelson Mandela nous a laissés en héritage.

Source : BBY

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