Ni encensement mercantile, ni déni systématique

bouleiba_ould_brahim_sambaFinalement, la vie m’aura enseigné ceci : les hommes sont en général, meilleurs qu’on ne le dit souvent.

André Maurois

Depuis plusieurs années et singulièrement depuis cette démocratisation forcée et plus tard la libéralisation complète de la presse, sous toutes ses formes, notre discours a souvent versé, soit dans l’encensement mercantile ou le déni systématique.

Si nous voulons être, intellectuellement, politiquement et socialement sérieux, sincères et crédibles, il nous faut savoir avec précision où est la bonne place ou doit être mis le curseur : attirer l’attention avec pertinence et capacité de propositions sur les failles des actions de ceux qui nous gouvernent et reconnaître les réalisations utiles qu’ils auraient accomplies.

J’ai eu la chance et l’honneur de servir tous les régimes de mon pays depuis la première République jusque mon départ a la retraite. Je ne connais pas un seul Président mauritanien, qui n’a pas voulu bien faire, ce qu’il peut pour son peuple.

Certains ont manqué de courage ou de temps pour reformer, d’autres n’ont pas vu voir venir les conséquences inéluctables que peut provoquer l’usure du pouvoir, mais cela n’autorise pas historiquement à dire qu’ils n’ont rien fait avant.

J’ai déjà parlé des uns et des autres dans mes différents écrits et dis tout ce qu’ils ont fait de positif. Leurs erreurs sont en grande partie partagées par les élites qui les entouraient et qui n’ont jamais eu le courage de les mettre en garde contre les dérives.

Quand on reste longtemps au pouvoir, on ne mesure plus les choses à l’aune de la raison lucide et la normalité. C’est pour cela que les Présidents doivent avoir un entourage vertueux, courageux et patriote, capable de leur éviter l’enlisement et les aider à voir la réalité en face et sortir du pouvoir au moment ou il faut et dans la dignité.

En rédigeant sa démission dans sa résidence personnelle après le non au référendum de 1969, alors qu’il n’y était pas contraint juridiquement, le Général De Gaulle avait dit à son aide de camp le Général Alain de Boissieu : « Général, vous êtes un grand soldat et un grand patriote, allez porter ma démission a mon cabinet pour diffusion immédiate » et ajoute : « le pouvoir est volatile et éphémère, il faut avoir le courage de le quitter avant qu’il ne vous quitte et choisir le moment opportun’’.

Il doit y avoir des hommes capables de dire à leurs Présidents, Monsieur Le Président, cette décision que vous allez prendre n’est ni dans votre intérêt, ni celui du pays. S’ils ne sont pas écoutés, ils doivent collectivement en tirer les conséquences. Cette tâche incombe principalement au premier cercle de ceux auxquels il a donné toute sa confiance et qui lui ont prouvés de tout temps leur fidélité.

Quelques uns me diront qu’il est plus facile de le dire ou de l’écrire, que de le faire. Quand vous avez foi en votre pays, quand avez foi que Dieu seul est juge de la date de votre mort, de ce que vous devez posséder aujourd’hui et demain et du châtiment qui vous sera réservé dans l’au-delà, il n’est pas besoin de beaucoup de courage pour dire à un mortel, qui porte sur ses épaules la lourde responsabilité du destin d’un peuple, ce qui est bon pour lui et pour le pays, surtout quand vous appartenez au cercle restreint de ses fidèles. C’est même un devoir moral, un acte de civisme voire une obligation religieuse.

Ayant désormais suffisamment de temps libre, j’en profite pour visiter tous les recoins de notre pays. Pour peu qu’on soit objectif on ne peut nier de que le bilan du Président Mohamed Ould Abdel Aziz est globalement positif et que les actions qu’il a initie ont touche l’ensemble des secteurs de développement.

Certaines sont innovantes par rapport à ce qui se faisait : Le développement sans précédent des énergies renouvelables, l’introduction de la production de sucre et de blé, les grands aménagements agricoles pour atteindre les objectifs d’auto-suffisante alimentaire. D’autres grands projets ont été achevés ou sont en cours surtout dans le domaine de l’énergie et le désenclavement de l’arrière pays.

J’ai visité la plupart de ces réalisations. Les investissements de ce genre sont des choses physiquement vérifiables et localisées et chacun est à même de les visualiser. Au moins sur ce plan, il ne peut y avoir normalement de polémiques.

Il reste beaucoup à faire tant sur le plan du bien être individuel des populations vulnérables que sur les méthodes de notre administration.

Je pense personnellement que celui qui préside à nos destinées actuellement est un homme à l’esprit pratique et qui, face a nos problèmes difficiles, a su avoir le courage et l’énergie nécessaire pour remettre au travail une administration lourde, gangrenée par l’incompétence et la bureaucratie tatillonne.

Une administration qui a végété dans cette attitude depuis plusieurs années, annihilant notre capacité d’absorption des financements extérieurs et intérieurs.

Il a tente d’en faire un outil de développement en y faisant entrer a tous les niveaux l’université avec un grand U. Espérons que ses universitaires soient a la hauteur des attentes d’un peuple envers qui ils ont une grande dette a payer et qu’ils donnent une image de probite,de patriotisme meilleure a celles de leurs prédécesseurs. S’ils ne réussissent pas a le faire on tirera une bonne foi la conclusion que toutes nos élites se ressemblent et qu’il n’y a aucun espoir de changement a attendre d’elles définitivement.

Le Président Mohamed Ould Abdel Aziz a cherche de plus en plus a faire des actions concrètes et réservé moins de place au discours. Malgré les actions de développement ci-dessus évoquées, le citoyen mauritanien lambda met le problème de la sécurité en tête de ses priorités.

Il apprécie le confort que lui procure le niveau actuel de sécurité et les efforts qui ont été menés pour y aboutir mais souhaite toujours plus. Cette préoccupation est renforcée par les images qui lui parviennent des pays non éloignés de lui.

Ceux qui jugent ses visites de contact avec les populations en cette période de soudure comme non utiles n’ont pas raison.

C’est bien le moment approprié pour les voir et noter de vive voix leurs besoins les plus urgents et qui peuvent être réalisés immédiatement pour alléger leurs souffrances en attente de l’hivernage.

La grande masse du peuple mauritanien est fragile et singulièrement entre Mars et Juillet/Aout, surtout quand l’année précédente n’a pas connue suffisamment de pluies.

Si les populations se mobilisent pour l’accueillir, c’est bien pour pouvoir poser individuellement ou par le biais de leurs mandataires les problèmes urgents auxquels, ils font face en cette période difficile.

Ces populations que vous voyez par milliers ne sont plus intimidées par un Président, un ministre, un Wali, un préfet un commandant de brigade ou un commissaire de police. Certains qui les croyaient toujours taillables et corvéables à merci et tente de les empêcher d’accéder au Président pour poser leurs problèmes, en ont eu pour leur grade et devant tout le monde.

Je partage le point de vue de ceux qui disent que la présence de cadres ayant d’importantes responsabilités administratives n’était pas nécessaire voire non à propos, s’ils ne font pas partie de la délégation officielle.

Il ne s’agit pas d’une campagne électorale et ses visites sont des visites de travail. Elles peuvent tout au plus concerner les staffs des partis, les parlementaires, les maires, les conseillers municipaux, les fédéraux, les notables et les administrations de la Wilaya et peut être des personnes qui n’exercent pas de responsabilités administratives et qui viennent pour des raisons qui leur sont propres.

Aucun faste n’est déployé car seule l’administration est concernée et uniquement par la délégation officielle. Si faste il y a, il faut le rechercher au niveau très privé de ceux qui ne devraient pas être là.

J’étais dans ma région d’origine lors de la dernière visite du Président. Je n’ai pas perçu cette image carnavalesque et tapageuse dont certains parlent. Ce n’est pas pour défendre ma région mais c’est la réalité.

Je n’ai pas pour habitude d’aller dans ses occasions dans d’autres régions et m’aventurer à porter un jugement sur ce qui s’est passé ailleurs.

Monsieur Le Président,

Vous venez vous-même d’être surpris par les mauvaises normes appliquées dans certaines réalisations et fait des remontrances aux responsables et aux entreprises ayant réalisé certains travaux.

Il y a lieu d’en tirer les conclusions qui s’imposent, pas simplement en limogeant le ou les fonctionnaires responsables mais en mettant sur pied en urgence un arsenal de textes portant sur la moralité de la dépense et surtout le contrôle de l’existant : respect des normes et la qualité de toutes les réalisations de l’Etat, qu’elles soient infrastructures ou fournitures.

La responsabilité pénale de tous ceux qui sont concernés doit être recherchée et sanctionnée depuis l’expression des besoins à la réception définitive des fournitures ou des ouvrages de l’Etat : ministères maîtres d’œuvre, commissions des marchés, bureaux de contrôle, entrepreneurs ou fournisseurs et commissions de réception.

C’est l’absence de cette rigueur qui a mis à genoux les finances publiques depuis toujours et fait que les réalisations ne sont pas faites aux normes ou parfois carrément fictives.

Pour vous permettre de consolider les acquis et envisager d’autres réalisations pendant les quatre ans qui restent de votre second mandat, il y a lieu de s’attaquer en urgence à la mise en place de certaines reformes essentielles :

- Introduire des procédures exhaustives et claires qui définissent le traitement des décisions et le champ de responsabilité à tous les échelons de la hiérarchie de notre administration. C’est un travail de longue haleine qui demande une coopération internationale pour sa réalisation, mais c’est un impératif incontournable pour avoir une administration dont les actions seront normées, transparentes et efficientes.

- Créer des directions de planifications et études au niveau de chaque Ministère et les doter du personnel académiquement capable et spécialisé dans le secteur concerné.

Elles doivent élaborer des plans d’actions à court, moyen et long terme et les suivre. Aucune action non programmée dans les plans d’action des départements ne doit être réalisée sauf catastrophe nationale ou urgence sécuritaire.

- Supprimer les inspections actuelles des ministères qui ne sont ni opérationnelles ni spécialisées et les remplacer par des directions d’audit et de contrôle de gestion efficientes et composées de cadres rompus aux méthodes de contrôle préventif et rétrospectif.

- Revoir les décrets organiques organisant les compétences des ministères. Les purger des chevauchements de compétences et préciser d’avantage le champ d’action de chaque Ministère. Les Ministères actuels ressemblent étrangement à des états riverains sans synergie entre eux.

- Revoir tout le dispositif de lutte contre la pauvreté et toutes les actions qui ciblent le bien-être du citoyen. La multiplicité des intervenants : ministères, commissariats, sociétés d’état, agences nationales et même ONG et organismes de micro-finances, limite la cohérence, la lisibilité et l’efficacité du dispositif alors que les allocations financières dégagées par l’Etat et les bailleurs de fonds sont très importantes.

Il y a lieu de créer un grand ministère de la lutte contre la pauvreté et du bien-être social qui serait le seul maître d’œuvre de toutes ses actions.

- Réorganiser la Sonimex dont l’Etat devrait redevenir le principal actionnaire et rétablir son rôle d’antan ; une efficace régulatrice des prix pour les denrées de première nécessité. Redresser sa situation financière, réhabiliter son parc de transport, rouvrir ses agences et surtout ne plus politiser le poste de directeur général, son adjoint et ses principaux cadres.

J’ai une vision économique libérale mais cela ne m’empêche pas de croire à la régulation dans tous les secteurs. Je me souviens d’une époque où quand on apprenait que le directeur général de la Sonimex a voyagé à l’extérieur pour faire des achats de produits de première nécessité, les prix baissaient automatiquement.

- Transformer la C D D en véritable banque de développement avec des guichets secroriels : agriculture, élevage, industrie, Pme et lui appliquer tous les ratios de gestion, de solvabilité et de sécurité prévus par les lois bancaires pour ne pas sombrer comme l’ancien FNDD ou de la défunte UBD.

-Réorganiser les Capecs, qui ont été à un moment donné l’opérateur monétaire le plus accepté et le plus utile aux populations, tant dans les centres urbains que dans les villes de l’intérieur.

En même temps que la reprise en main de cet outil, Il faut supprimer les lignes de crédit que gèrent directement certains départements ministériels dont ce n’est pas la vocation et les affecter pour développer un grand opérateur de micro-finance capable comme dans d’autres pays d’être un puissant levier de la lutte contre la pauvreté. Les Capecs sont les plus a même d’être le noyau dur de cet outil.

Monsieur Le Président,

Je ne suis pas un spécialiste de l’éducation, ni de la justice. Ce que je sais de ces secteurs qui sont le socle de tout développement, c’est l’unanimité de mes concitoyens sur leur délabrement et leur inefficacité à quelques exceptions prés. J’ai vu les infrastructures dont ont bénéficié ces secteurs. J’ai aussi note les performances réalisées dans les établissements de formation professionnelle et leurs retombées sur les bénéficiaires. Mais il semble que pour ces deux secteurs, il faut chercher le mal ailleurs.

Prologue :

Depuis ma retraite, je n’ai pas mis pied dans une administration hormis l’immeuble de la B.C.M qui est mon corps d’origine. Je ne suis membre d’aucun parti. Je ne n’appartiens à aucun lobby ou cercle. Je suis un citoyen lambda, qui donne son point de vue sur son pays avec le plus de détachement possible. J’ai horreur de heurter ou blesser quelqu’un à moins qu’il ne s’avise de vouloir me priver de ce droit à la différence d’opinion et la liberté de m’exprimer autrement que lui.

Même si je ne cache pas mon soutien personnel, il ne me rend pas aveugle au point de ne pas dire’’ ma part de vérité’’. Ce n’est d’ailleurs que dans cette attitude que mon soutien peut être modestement utile.

Nouakchott, Juin 2015
Brahim Salem Ould Elmoctar Ould Sambe dit ‘’Ould Bouleiba’’

Source : Bs Bouleiba

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