Nomination à la Primature : Une autre facette de l’exclusivisme ethnique

Yahya Ould Hademine nommé Premier Ministre CVIAlors que l’unité nationale, le caractère multiethnique et culturel de la Mauritanie sont devenus depuis des années des thèmes porteurs, galvaudés dans tous les discours officiels, le partage des richesses et des postes de privilège semble cependant être circonscrit à une seule communauté.

Les dernières nominations à la Primature, et peu avant, à la tête des Secrétariats généraux des ministères indiquent clairement, que la Mauritanie appartient à une seule ethnie. Tous ceux qui dénoncent un tel état de fait courent le risque de la diabolisation sous les étiquettes «racistes» et «extrémistes».

Le Premier ministre entrant, Yahya Ould Hademine a nettoyé son écurie en amenant ses propres hommes après avoir renvoyé quelques figures vieillissantes que son prédécesseur avait laissées sur place.

De nouveaux chargés de mission et des conseillers viennent en effet d’être nommés à la Primature. Il s’agit de Marième Mint Tourad, Mohamed Mahmoud Ould Bousriya, Ahmed Salem Ould Mayabe, Nagi Ould Khattri, Aima Mint Salem Vall, Mohamed Yahya Ould Ahmed El Ghadhi, Hasni Ould Fghih, Isselmou Ould Meynouh, Ebaba Mint Abbad, Ahmed Ould Khteïra.

Des Ould et des Mint qui sonnent bien mauritaniens, pour une République exclusiviste où les autres composantes nationales doivent rester de simples sujets.

L’équipe du Premier ministre sortant, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf n’en était pourtant pas moins coloré, puisque certaines de ses éminences grises ont été remerciées par son remplaçant. Il s’agit entre autres de Isselmou Ould Sidi Moustaph, Mohamed Ould Khabaz, Aboubacar Ould Lemrabott et Yahya Ould Aly.

Toujours des Ould et des Mint qui viennent ainsi s’ajouter à une vingtaine d’autres Ould et Mint promus ministres dans un gouvernement à vingt-huit.

Plus récemment, des directeurs et des Secrétaires généraux ont été nommés parmi cette classe, dont les membres ont eu l’extrême privilège de naître Ould et Mint dans une République où cette particule, à condition d’être d’une bonne extraction, donne droit à toutes les exclusivités. Ainsi, un tel privilège a été accordé à Mohamed Ould Haïba, devenu DG du Port de Nouadhibou et président de l’Autorité de la Zone franche en remplacement de Ahmed Salem Ould El Arbi, projeté à la tête de la Somelec.

C’est au nom du même principe de classe que le capitaine de Vaisseaux, Ahmed Ould Sayed Ben Aouf, a été bombardé commandant de l’Académie navale, que Marième Mint El Mouvid, Mohamed Ould Ahmed Aida, Ahmed Ould Sidi Ould Edje, Khadijetou Mint Bouka, Lematt Mint Ownen, Khalil Ould Mehdi, Moyma Mint Dhehbi, Mokhtar Ould Hendi, M’Ayziza Mint Kerbaly, ont été promues ou maintenus comme Secrétaires généraux de ministères, ou directrice adjointe d’entités publiques.

Exception ! Une «Non Mint» en la personne de Aîda Niang a été casée dans un poste de directrice de cabinet. Sur plus de vingt postes de hauts fonctionnaires, Aida Niang est la seule représentante de la communauté négro-africaine, la seule qui n’appartient pas à la classe des privilèges, à être nommée dans cette dernière vague, comme si sa désignation n’avait en fin de compte pour finalité que d’éloigner le mauvais œil.

Mais pour les chauvins, ceux qui ne rêvent que d’une Mauritanie «blanche», «arabe», une Mauritanie qui pourra trimbaler dans les sommets de la Ligue une délégation colorée, au nez aquilin et à la chevelure lisse, toutes ces nominations ne rentrent que dans l’ordre normal des choses. Aussi, aucun site arabophone n’a relevé l’anomalie, aucun analyste de la communauté privilégiée, n’a crié au scandale. Mais qu’un Birame Abeid, un Birane Wane ou un Samba Thiam s’offusque d’un tel racisme, c’est tous les sites arabophones, toutes les armées d’analystes de la communauté visée qui vont s’élever pour les taxer d’extrémistes et de racistes.

Et le président Aziz montera sur ses grands chevaux pour les crucifier, applaudis par les milices de religieux, adeptes de la division de classe et de l’asservissement humain.

Ce constat ne pourra que remettre en débat, la sempiternelle équation de la cohabitation sociale et de l’unité nationale, rudement mises à l’épreuve par un racisme officiel d’Etat.

Pourtant, les autorités mauritaniennes qui ramènent dans tout leur discours ces deux problématiques, sont ceux-là même qui se sont érigés tout au long de l’histoire contemporaine du pays, en champions de la division, posant chaque jour les jalons de l’implosion intercommunautaire.

L’exemple de Niabina, ainsi que l’établissement dans toutes les villes de la Vallée d’une véritable administration de domination, éloignent encore davantage l’espoir d’une véritable réconciliation nationale.

Pas étonnant que la Mauritanie enregistre aujourd’hui une si forte exaspération communautariste, faisant imploser ici et là, la colère des exclus et des marginalisés.

Que les Haratines, utilisés à bon escient pour des besoins d’addition démographique, cherchent aujourd’hui à se soustraire du diktat des «Ould et Mint » bien nés, ou que les FLAM demandent l’autonomie régionale comme mode de gestion décentralisée, ne sont que l’expression d’une révolte face à l’injustice sociale, soigneusement encadrée et protégée par la classe dominante qui s’est arrogée à elle toute seule l’ensemble des privilégiés.

Cheikh Aïdara

Source : Aidara Cheikh

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