Nord Mali : Quand la France cherche à « embarquer » la COD


Décidément, Paris tient toujours à son intervention militaire au nord Mali. 
 Après avoir soutenu énergiquement le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz dans sa lutte à mort contre Al Qaeda au  Maghreb Islamique (AQMI) et essuyé les tirs de l’opposition mauritanienne qui a utilisé, dans ce cas précis, le concept de « guerre par procuration », la France cherche apparemment à se prémunir contre de telles accusations en cherchant à mobiliser large en engageant non seulement l’Onu et la CEDEAO, mais aussi les pays du champs, comme la Mauritanie ainsi que les oppositions aux régimes en place.


C’est dans ce cadre qu’il faut inscrire la rencontre, samedi dernier, de l’ambassadeur de France en Mauritanie Hervé Besancenot, avec le chef de file de l’opposition et président du Rassemblement des forces démocratiques (Rfd), Ahmed Ould Daddah. Et même si les informations qui ont filtré de cette rencontre ont voulu inscrire les discussions dans l’optique classique des « questions qui se posent sur le plan national et international », il y a lieu de se demander s’il ne s’agissait pas plutôt de faire adhérer les leaders de la Coordination de l’opposition démocratique (COD) au plan d’intervention de la France. De sorte que l’opposition mauritanienne qui a toujours surfé sur la crise malienne pour démontrer que le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz obéit au doigt et à l’œil aux injonctions de l’Elysée, soit amenée, cette fois-ci, à taire ses critiques parce que la guerre qui se prépare engage beaucoup de monde et parait avoir un objectif clairement défini : se débarrasser définitivement des mouvements armés islamistes qui ont pris le contrôle du nord Mali depuis six mois. Et montrer à cette COD qu’il est difficile pour elle de justifier son manque d’adhésion à ce projet de reconquête du nord Mali, même s’il n’est, en réalité, qu’un prétexte pour en finir avec Alqaeda.

Cette offensive de la France pour impliquer la COD dans ses plans militaristes au nord Mali est d’autant plus vraie que le diplomate français avait effectué une visite similaire au président de l’Union des forces de progrès (Ufp), Mohamed Ould Maouloud. Une entrevue qui, selon certains témoignages, a duré deux heures d’horloge, ce qui dénote de l’importance des débats mais surtout de la divergence des points de vue aussi bien sur l’appréciation que l’ambassadeur de France aura fait sur la situation intérieur du pays que sur le nouveau contexte malien, en réalité très différent de celui dans lequel l’armée mauritanienne avait mené une sorte d’expédition punitive contre AQMI.

Le fait que ces rencontres interviennent au moment où le président Ould Abdel Aziz se trouve en convalescence en France et que la Mauritanie traverse l’une de ses périodes les plus sombres, a fait dire à certains observateurs qu’Hervé Besancenot a profité de l’absence du rais pour tenter de convaincre les leaders de la COD de la nécessiter pour le pays de participer à la restauration de l’unité et de la tranquillité du Mali. Surtout que la Mauritanie et l’Algérie n’avaient pas pris par à la réunion du Groupe de Contact sur le Mali, tenue à Bamako la semaine dernière, et qui n’a pas réussi à aboutir à des propositions concrètes.

La COD a d’autres préoccupations

Si l’on considère que les deux leaders de la COD rencontrés par l’ambassadeur de France comptent parmi les plus farouches opposants à une implication de la Mauritanie dans ce qui se passe au nord Mali, l’on peut dire que la France tient, à tout prix, à baliser le terrain pour la mise en œuvre, le plus rapidement possible, de son plan d’attaque qui, bien que ne l’engageant pas directement, fait d’elle l’un des chefs de file de la nouvelle coalition mondiale contre le terrorisme. Un peu une sorte de pendant à ce que les Américains ont réalisé en Afghanistan quand ils ont réussi à embarquer les pays de l’Otan dans une guerre que justifient seulement les attentats du 11 septembre 2001 alors que, pour la France, la libération de ses otages est certainement un objectif qui passe avant celle des populations du nord Mali soumises à toutes sortes de sévices par les salafistes d’AQMI, d’Ançar Edine et du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Ce qui fait dire à certains observateurs avertis, que la COD pourra difficilement accepter d’être embarquer – ne serait-ce que par son consentement tacite – dans une guerre où les enjeux outrepassent la simple question des rapports entre pays voisins (le Mali et la Mauritanie) et même de menace qui pourrait résulter d’un manque de clairvoyance, à moyen et long termes, de ce que la présence des groupes armés islamistes pourraient constituer sur l’ensemble de la sous région.

C’est pour cette raison que la COD ne va pas faire le cadeau (un de plus après avoir décidé de mettre en berne ses activités à cause de la maladie du président) en donnant raison à ceux qui voudraient que les velléités de guerre totale contre AQMI soient – aussi – celles des pays africains. C’est dire que si le pouvoir de Nouakchott décide de participer à l’intervention militaire au nord Mali, en engageant des troupes au sol, la COD cherchera, par tous les moyens, à en tirer un profit politique similaire à celui qui lui fait dire aujourd’hui que l’absence du président Aziz, installe la Mauritanie, de facto, dans un vide constitutionnel.

Source:ELhourriya

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