Nos « Mille collines »

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La très large liberté d’expression dont disposent, de nos jours, les mauritaniens, est une avancée réelle et significative, et une contribution indéniable à l’édification et l’enracinement d’un véritable Etat de droit.

Si la séparation effective des pouvoirs n’est pas encore reconnue par tous, la presse qui fait généralement office de contrepoids, et qu’on qualifie communément de quatrième pouvoir, donne, quant à elle, des signes d’audace par l’expression de positions de plus en plus tranchées.

Avec la prolifération des médias (journaux, sites web, radios, tv), les sentiments de tout observateur averti ne peuvent qu’osciller entre la satisfaction et l’inquiétude.

En effet, on ne peut qu’être satisfait devant cet élargissement notoire de l’amplitude des libertés, notamment celle d’exprimer sans contrainte perceptible, ce qu’on pense, par la voie qui sied à chacun.

Mais la médaille a toujours un revers. Et la liberté n’est pas synonyme de pagaille et d’anarchie. Elle a des normes, des repères et des limites. Ses normes sont celles de l’éthique et de la déontologie. Les repères sont ceux qui prennent en compte la spécificité et la liberté d’autrui.

Les limites, quant à elles, sont celles où l’intérêt du pays ou de la collectivité nationale se trouverait menacé. Les soucis dans ce domaine peuvent être d’ordre qualitatif et quantitatif, mais ils peuvent être aussi motivés par des considérations de cohésion et de sécurité nationales.

Sur le plan qualitatif, il y a besoin impérieux d’améliorer aussi bien le professionnalisme que la professionnalisation des opérateurs et acteurs dans ce domaine. La situation actuelle où est journaliste tout celui, ou celle, qui en a la moindre tentation n’est pas de nature à assainir la profession, condition sine qua non pour redorer son image et, par ce biais, lui assurer un minimum de crédibilité.

L’absence de professionnels favorise la rumeur, la calomnie, le clientélisme, le mercenariat de la plume (peshmerghas), les « informations » tendancieuses et fallacieuses. Si l’information peut être instructive et constructive, la rumeur est destructrice et dévastatrice, au moment où la propagande est mensongère, pompeuse et trompeuse.

Il est de notoriété que le produit distillé par les organes de presse, notamment les radios et tv, laisse à désirer. Le contenu est un malaxage mal dosé et sans adjuvants adéquats, d’idées saugrenues, sectaires, communautaristes, chauvinistes, voire racistes. Le plus souvent, comme l’avait dit un homme politique français célèbre, « on n’y exprime pas des pensées, mais des arrière-pensées ».

Même sur le plan de la forme, le Français par lequel s’expriment ces médias risque, si on n’y prenait garde, de nous valoir une suspension de l’OIF (organisation internationale de la francophonie). Aussi, leur Arabe lugubre donnerait des nausées au célèbre linguiste ‘’Sibeweyhi’’. Quant aux langues nationales, la part qui leur est accordée est si infime qu’elle ne pourrait pas susciter un commentaire significatif de ma part.

Quantitativement, le nombre des organes de presse est démesurément pléthorique. Le nombre de journaux agrées est proportionnel à la centaine de partis politiques reconnus ou tolérés. Ceux parmi ces journaux qui paraissent régulièrement, se comptent sur le bout des doigts d’une seule main. Les autres apparaissent au gré des opportunités, pour dénigrer, sur ordre, d’un tel, ou faire les louanges, à dessein, de tel autre responsable.

Comme chaque bon mauritanien a sa boutique au petit coin de la maison, très prochainement tout citoyen pourra émettre et recevoir sur sa propre fréquence de radio et/ou Tv. C’est cette fragmentation accélérée de la cohésion nationale, exacerbée par le message maléfique et sordide distillé par certains médias, qui justifie ma préoccupation sécuritaire. Aujourd’hui, on a l’impression, en effet, d’être dans plusieurs Mauritanie (s).

On a celles des forgerons, tisserands et cordonniers. Il y aurait la Mauritanie des Beidanes, stratifiée celle-là, suivant des critères régionaux et tribaux. Chaque frange des Haratines aurait sa Mauritanie, propre à elle, où elle est marginalisée et, encore, esclave de le République Beïdane. Les griots réclament aussi leur identité et leur réhabilitation après ce qu’ils considèrent  »des siècles de marginalisation ».

Depuis quand la marge peut-elle contenir autant de monde ? Moi, on m’avait appris à l’école, il y a de ça des dizaines de paies, que la marge était cette petite bande séparée du reste de la page par une ligne, le plus souvent de couleur rouge. Y a-t-il encore des lignes rouges ? S’il y en a encore, elle doit nous séparer de toute dérive identitaire qui mettrait en péril la cohésion sociale et l’unité nationale. La presse « indépendante », nous ne devons pas le perdre de vue, est une arme à double tranchant.

Elle peut être hautement positive à l’image d’une radio libre Sénégalaise qui aurait permis à Abdou Diouf de reconnaître sa défaite aux présidentielles, au moment où, selon certaines sources, il subissait de fortes pressions de la part de son entourage pour se cramponner au pouvoir.

Cet organe de presse a été l’outil qui a permis au Sénégal d’éviter une crise similaire à celle regrettable, vécue, bien après, par la Côte d’Ivoire, et à Mr Diouf de rentrer dans l’histoire par une porte à la mesure de son honorable taille.

Le rôle de cette presse, peut, au même moment, être ravageur, destructeur et dévastateur. Ce fut le cas malheureux de la tristement célèbre radio Rwandaise dite « Mille collines ». Elle aurait eu, en véhiculant un message de haine, un rôle moteur dans le génocide qui a déchiré et décimé les ethnies Tutsi et Hutu.

En Mauritanie, nous connaissons une inquiétante désertification. Des dunes se créent continuellement, et d’autres se ramifient sans cesse. Nous en avons des dizaines de milliers. Faisons de notre mieux, pour que nos cordons dunaires demeurent un cordon ombilical qui nous unirait, tous et « fof », pour l’éternité, et la postérité.

C’est notre responsabilité à tous. Nous avons confié sa régulation à la Haute autorité de la presse et de l’audiovisuel (HAPA). Elle doit veiller au grain, détruire, à temps et sans complaisance, la mauvaise graine. Elle doit happer vigoureusement, tout contrevenant, pour que nous demeurions nous-mêmes, et que notre pays ne se désagrège pas.

Debellahi Abdeljelil

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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