Nouakchott menacé par les eaux usées: Absence d’assainissement

Contrairement à l’assainissement solide de la ville de Nouakchott, celui du liquide semble préoccuper peu les pouvoirs publics mauritaniens. Pourtant, il y a péril en la demeure. La ville semble assise sur un véritable volcan de « caca », comme le dit, à juste titre, un de ses citoyens. Le changement climatique aidant, la nappe souterraine effleure, désormais, le sol ; dans certains quartiers, ceux qui creusent les fosses septiques doivent se battre avec l’eau. Le problème est d’autant plus grand que le réseau d’adduction est totalement déliquescent, il date des années soixante-dix. La situation est connue depuis longtemps, aucun gouvernement n’a su gérer une situation devenue, disons-le, chaotique. L’Etat se contente, ces dernières années de fonder des organismes majuscules mais sans contenu et sans moyen – Direction de l’Assainissement, Office National de l’Assainissement… – au lieu de renforcer les capacités de la SNDE.

Incurie
Au lendemain de sa fondation, Nouakchott a été dotée d’un réseau linéaire de 38 kilomètres, avec trois postes de relèvement et une station d’épuration. Il ne concernait que les quartiers de secteur Capitale : les différentes médinas, les ilots A, C, K, L, la SOCIM, l’ancienne Maison des jeunes, le stade. Compte-tenu du nombre réduit d’habitants, les trois sociétés qui se succédèrent – SAFALEC, MAURELEC, SONELEC – n’eurent guère de peine à gérer l’assainissement de la ville. Les populations jouaient leur partition, en payant les taxes, et les eaux épurées étaient vendues aux maraîchers de Nouakchott.
Avec la nationalisation, en 1978, la SOMELEC hérite de l’activité mais donne la priorité à l’eau et à l’électricité, au détriment de l’assainissement qui ne figure plus sur les factures et aucun financement n’est venu combler une brèche qui n’a plus cessé de s’élargir. L’activité devient, rapidement, comme une épine aux pieds de la boîte qui réussit, tout de même, à en faire subventionner le déficit par l’Etat. Une situation qui va perdurer jusqu’en 2003, date de la séparation entre les secteurs de l’eau et de l’électricité. Ainsi naquit la SNDE à qui l’on colle le dossier assainissement. En dépit des difficultés, elle parvient à maintenir, à peu près, le statu quo. La mise en place d’un Office National d’ASsainissement (ONAS) ne fait que compliquer et alourdir l’administration d’un problème où patauge une Direction de l’Assainissement, logée au département de l’Hydraulique. Un personnel pléthorique, sans qualification et étranger : on recrute, à l’ONAS, à tour de bras, alors que cette structure ne génère aucune recette.

Plan directeur qui traîne
Pendant que l’activité peine à sortir du cloaque, le ministère obtient le financement d’étude d’un plan directeur d’environ 200 milliards d’ouguiyas qui réglerait le problème de Nouakchott jusqu’à l’horizon 2030. Les travaux d’exécution devaient commencer en 2010 mais faute de financement du projet lui-même, l’étude s’endort dans les tiroirs. Comme celle que la défunte SONELEC avait commanditée et qui n’avait pas plus réussi à trouver le financement de sa mise en œuvre. On le voit : depuis la nationalisation du secteur de l’eau, rien de sérieux n’a été entrepris, par les pouvoirs publics, pour gérer correctement l’assainissement, faisant courir de graves dangers aux populations de Nouakchott. Avec la déliquescence du réseau, le risque de contamination de l’eau augmente exponentiellement et, avec lui, celui des épidémies aux conséquences imprévisibles. La récente pollution intervenue, il y a quelques mois, au niveau de la canalisation du service d’hémodialyse de l’hôpital national, doit servir de leçon aux pouvoirs publics et les pousser à prendre des mesures adéquates, afin de prévenir toute catastrophe, d’autant plus probable, hélas, qu’en sus de la vétusté des canaux d’évacuation, quand ils existent, la montée de la nappe phréatique, qu’on retrouve, désormais, à moins de 70 cm du sol, s’alimente d’une multiplication effrénée et anarchique des fosses septiques : la contamination n’est plus de l’ordre du risque mais bien de la réalité, en divers points de notre capitale nationale.
De l’avis d’un spécialiste, le plan est trop ambitieux et coûteux. Au lieu d’accorder la priorité aux anciens quartiers déjà raccordés au réseau, avant d’étendre celui-ci aux autres de la périphérie, ses concepteurs ont travaillé sur toute l’étendue de la ville. Le département a manqué de vision stratégique et multiplie, du coup, les problèmes, en paralysant toute action. Face à cet amateurisme criant, la capitale mauritanienne demeure, cinquante ans après l’indépendance du pays, sans plan directeur d’assainissement. Les infrastructures qu’on avait construites, de ci de là, sont, le plus souvent, démolies pour permettre, à la SNDE, à la SOMELEC, aux opérateurs de la téléphonie mobile et autres, de faire passer leurs installations. Il y a bientôt deux ans, l’abondance des précipitations a révélé combien Nouakchott, qui ambitionne de se moderniser, vit dans la précarité. Les bailleurs de fonds en sont conscients et sont prêts à financer l’activité mais ils exigent qu’elle soit jumelée à la production et à la gestion de l’eau. La seule logique, semble-t-il, qui permettrait de la conduire dans la durée.

Pour un comportement citoyen
La problématique de l’assainissement demeure, donc, entière, à Nouakchott, et requiert des mesures draconiennes. D’abord des pouvoirs publics, trop peu soucieux, jusqu’ici, de cette priorité sanitaire, mais, aussi, de la part des citoyens qui, en dépit d’énormes efforts abattus par Pizzorno, s’obstinent à salir leur environnement, chaque jour que Dieu fait, comme si cela ne pouvait avoir aucune incidence sur leur propre existence. Comme un peu partout, les habitants de Nouakchott – presque la moitié de la population du pays, n’hésitent pas à balancer leurs eaux usées et leurs déchets organiques dans la rue. Leurs « explications » : il n’y a pas de canaux d’évacuation de ces eaux. Soit mais les gens ne doivent pas oublier, pour autant, qu’ils ont, également, des devoirs envers eux-mêmes, envers leurs voisins et, d’une manière plus générale encore, envers toute la collectivité. Des gestes simples, tri, regroupement, évacuation vers les points de ramassage de Pizzorno, peuvent être accomplis, à la maison, dans les quartiers, individuellement ou en petits groupes. Ce n’est, en tout cas, pas parce que l’Etat a failli qu’on doit se livrer à des actions mettant en péril son propre environnement, immédiat ou éloigné. Lors des inondations de 2008 et 2009, on assisté à des comportements inadmissibles de certains concitoyens qui n’ont pas hésité à vider leurs fosses septiques dans les eaux stagnantes au-devant même des maisons. Odeurs nauséabondes, prolifération des moustiques, maladies épidémiques, etc. Nous ne devons pas attendre tout de l’Etat qui brille par son absence, notamment en matière de service d’hygiène chargé de réprimer les comportements inciviques. Pour réclamer des droits, il faut s’acquitter de nos devoirs. C’est là, non seulement, un comportement citoyen mais, aussi, un impératif islamique prioritaire. De fait, un bon musulman devrait le meilleur des citoyens. L’état de nos rues signale, à tous, l’état de notre foi. Prenons-en conscience et agissons en conséquence !

Dalay Lam

Source: LECALAME

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