Nous sommes tous des fous

Il apparait clairement que la relation existentielle entre le peuple mauritanien et la folie est devenue une relation structurelle inhérente à sa vie de tous les jours. Nous sommes le seul peuple qui cohabite avec ses détraqués dans les maisons et refusent de les reconnaître comme tels.

Nema_omar_ElhourriyaEt malgré que la folie soit un état comme la sorcellerie et la politique dont on ne guérit jamais, même s’il cesse de le pratiquer, l’on s’emploie avec le premier avec le principe qu’aucun ne reconnait sa folie et même s’il le fait quand même, son milieu le convaincra qu’il est tout simplement « élu » ou  atteint par un ulcère gastrique !

Cette cohabitation naturelle avec ce qui sort pourtant des « normes » a fait que tout ce qui est contraires à celles-ci est susceptible d’être justifié d’une manière ou d’une autre. Tels le mensonge, le vol et même le meurtre ! Tous des cas qui peuvent être rangés dans la catégorie de cet « écart » (jedhb) vue comme une sorte « d’involontarité » rendant tous les cas de meurtres dramatiques de ces deniers temps comme des actes de fous ! Cela va du meurtre des enfants au Carrefour au boucher d’Atar en passant par la justification du suicide du maître coranique de Bassiknou par un acte de démence. Tous ont trouvé quelqu’un pour dire qu’ils sont fous alors même qu’on n’avait pas pris la peine de les présenter à un psychiatre !

Nous sommes effectivement le seul peuple qui, s’il avait été présenté au fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, allait le rendre fou. Aucune différence, pour nous, entre un ancien fou et un ancien président et ainsi de suite. Une caractérisation qui n’est rappelée que par nécessité, probablement à cause de la pléthore de gens qui portent ces surnoms « baroniques » ; ce qui fait qu’en un clin d’œil, l’on peut s’établir président, ministre ou directeur. Ainsi nous l’a appris l’un de ceux qui nous ont gouvernés, et qui était, soit dit en passant, l’un des plus intelligents. Le sain dans une communauté de fous n’équivaut-il pas au  fou dans une société de sains ?

Heureusement que nous ne sommes pas les seuls à voir en la  folie une affection passagère. Voilà un ancien candidat à la  présidentielle américaine, sortant d’un asile psychiatrique, brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Votez pour Peter, il est le seul en possession d’une attestation prouvant qu’il est guéri de sa folie » !

Nous avons donc droit – et nos fous également – d’être comme Peter. Nous sommes l’exception dont certains membres se vantent que l’analyse de leur ADN peut révéler probablement une parenté avec Chamharouch, justifiant par cela  un mariage interdit avec un(e) Européen(ne) dont le navire a  accosté sur le rivage et est reparti subitement sans crier gare.

Mais malgré notre naïveté feinte, et même notre folie, il est clair que nous agissons en toute connaissance de cause : Nous sommes effectivement des fous qui s’enveloppent dans leurs défauts pour fuir la réalité vers cette folie qui, selon  Eric Fromm, « est un retour à l’intérieur ». Un intérieur rempli de mensonge, d’hypocrisie et de propos laudatifs pour tout celui qui arrive au pouvoir. Nous sommes effectivement des fous.

Mohamed Néma Omar

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