Nouveau membre de la Fédération : entrevue avec Bios Diallo de Traversées Mauritanides

ecrivain_bios_diallo_014Ficdc : Bios Diallo est journaliste et écrivain. Il est auteur de 2 recueils de poésie : Les Pleurs de l’Arc-en-ciel (L’Harmattan, 2002) et Les Os de la terre (L’Harmattan, 2009) ; d’un roman, Une Vie de Sébile (L’Harmattan, 2010) et d’un essai : De la naissance au mariage chez les Peuls de Mauritanie (Karthala, 2004).

Collaborateur à Jeune Afrique, il a vécu plus de dix ans en France. En 2006 Bios Diallo s’est installé en Mauritanie, pour dit-il, se consacrer au combat de la culture. Depuis 2010 il dirige les rencontres littéraires Traversées Mauritanides !

Pour lui, dans un pays multiculturel comme la Mauritanie, la culture est un viatique régulateur de paix. Surtout lorsqu’on met à profit la diversité !

La Diversité est l’Autre en perpétuel dialogue

1- En quoi consiste l’événement, Traversées Mauritanides, que vous présidez ?

Bios Diallo : L’Association Traversées Mauritanides a été créée en 2006 du constat de la faible circulation du livre en milieux scolaires et du manque de motivation des élèves pour la lecture, contrairement au poids que prennent les images de télévisions, les réseaux sociaux et autres. Un double défi donc ; faire connaître les écrivains mauritaniens et encourager à la lecture. Ce qui nous a conduits, en 2010, à lancer les Rencontres littéraires Traversées Mauritanides. Pour matérialiser les choses, nous avions eu le parrainage de l’écrivain Cheikh Hamidou Kane qui viendra à la première édition à Nouakchott !

Depuis, nous invitons des écrivains du monde entier qui, avec leurs homologues mauritaniens, par des programmations ciblées sont conduits dans les écoles et à l’université, à Nouakchott et dans les régions. Avant leur arrivée, leurs ouvrages sont traités avec les établissements sélectionnés. Il y a un immense engouement, avec les visites dans les écoles, les concours Epelle-moi, Génies en herbe, mais aussi les ateliers d’écriture. Toutes choses qui encouragent les jeunes à aimer les études, et les écrivains rencontrent des lecteurs passionnés lors des conférences et dédicaces…

L’évènement a pour cibles donc les écoles et la culture sous le prisme la littérature. Cela relève d’un pari audacieux, qu’il fallait simplement oser ! Car la production et des plumes prometteuses existent. Même s’il demeure difficile de parler d’une littéraire mauritanienne, comme cela s’évoquerait pour le Sénégal, le Cameroun, le Togo, l’Algérie ou encore le Maroc. Mais il existe un élan qui permet le pari. La revue Interculturel Francophonies, de l’Alliance française de Lecce en Italie, vient de consacrer son N°26 de novembre-décembre 2014 à la littéraire mauritanienne d’expression française. Avant, des champs avaient été balisés par la défunte revue Notre Librairie (N°120-121, janvier-mars 1995) et par les universitaires Nicolas Martin Granel, Idoumou ould Mohamed Lemine et Georges Voisset qui publient Guide de la littérature mauritanienne, Une anthologie méthodique chez L’Harmattan en 1992, M’Bouh Séta Diagana (Eléments de la littérature mauritanienne de langue française, L’Harmattan, 2008) et Manuel Bengoéchéa qui consacre sa thèse à cette même littérature.

2- Votre pays est-il signataire de la Convention pour la diversité des expressions culturelles ?

Bios Diallo : Oui, la Convention a été signée il y a peu ! Cela dit, pour nous, la diversité est déjà dans l’ancrage social. La Mauritanie, entre l’Afrique au Sud du Sahara et celle du Nord au Maghreb, est un pays multiculturel, composé d’Arabo-berbères, de Peuls, Soninkés et Wolofs…. Ils cohabitent ensemble depuis des siècles. Il est rare de voir un Mauritanien qui ne parle au moins 2 langues. Et comme la littérature, comme d’autres arts, se renforce par ses corps métissés, nous œuvrons de plus en plus à donner de cette terre de brassages qu’est la Mauritanie les mécanismes nécessaires à son épanouissement. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Traversées Mauritanides. Nous apprenons aux élèves, étudiants et amoureux de la littérature, que la culture est d’abord diversité, que la culture est ce qui interroge le plus les fils de nos rapprochements, que la culture est une constante main tendue vers l’Autre. La culture n’est jamais singulière, mais porte en elle l’ossature de ses diverses rencontres, d’identités avec d’autres peuples. Qui dit culture, dit un plus, puisqu’on se cultive par et avec l’apport de l’Autre.

3- Comment s’exprime l’appui des autorités publiques à la diversité des expressions culturelles ?

Bios Diallo : Diverses actions sont menées. Par exemple, dans les médias, télévisions et radios, publiques comme privées, les responsables ont entre autres obligations la représentation des différentes langues nationales dans les cahiers de charges. Autrement dit, en plus de l’arabe et du français, d’avoir des plages d’informations et des émissions en pulaar, soninké et wolof. Et il y a cette volonté du Président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, à l’équilibre social par la promotion de la culture. D’où la création, en 2011, du Festival des Villes anciennes. L’évènement offre l’opportunité de rapprocher les uns et les autres, par le biais de foires d’expositions, de débats littéraires, religieux et scientifiques. Et la Mauritanie, qui a l’avantage d’un Islam vécu et entretenu de la même manière par tous les Mauritaniens, bénéficie de cet atout, du nord au sud, de brassages.

4- Quelles relations les acteurs du milieu culturel entretiennent-ils avec le gouvernement, et quels soutiens ce dernier accorde aux arts et à la culture ?

Bios Diallo : Le Ministère de la Culture et de l’Artisanat a une multitude d’activités. En plus du Festival des Villes anciennes (qui se déroule alternativement à Chinguity, Tichitt, Oualata et Ouadane cités classées patrimoines par l’UNESCO), il y a des semaines régionales sur l’ensemble du territoire. Là, il y a une mise en exergue de la spécificité de chaque région par ses sports, jeux traditionnels, modèles d’organisation sociale et autres. Et dans le cadre du Programme Patrimoine, Traditions et Créativités au Service du Développement Durable de la Mauritanie, le Ministère de la Culture a instauré depuis 2011 en collaboration avec le Système des Nations Unies, l’UNESCO et d’autres partenaires un Festival National de la Diversité Culturelle. Cette manifestation, sur une semaine, regroupe non seulement les communautés nationales mais aussi les nationalités étrangères organisées en associations de ressortissants. Les structures associatives nationales, ne sont pas en reste, avec chaque année des festivals qui drainent du monde. Je veux citer Assalamalekoum, pour la musique hip hop, Nouakchott short films, pour le cinéma, la Nuit du rire, pour le théâtre, sans oublier les associations communautaires maures, pulaars, soninkés, wolofs qui toutes ont leurs riches calendriers. Et du côté du Ministère de la Culture il y a une volonté d’accompagnement. Les acteurs culturels peuvent, non seulement demander des soutiens financiers, mais aussi y aller pour des conseils et orientations auprès de partenaires établis ici en Mauritanie ou ailleurs.

5- Qu’attendez-vous de votre adhésion à la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle ?

Bios Diallo : Que nous puissions participer aux synergies qui s’opèrent ! Aucune culture ne peut vivre, et évoluer, en vase clos. La diversité commence par là. Avec cette Fédération nous pourrons apprendre et bénéficier des conseils, des astuces, mais aussi d’échanges avec d’autres confrères. Participer à leurs activités nous servira d’école. Tout comme nous serons prêts à les recevoir à nos programmes ou pour des visites en Mauritanie ! Les synergies et échanges devant se faire dans tous les sens, pour des acteurs culturels qui peuvent souvent manquer de moyens. Même cette présence sur votre site Web est une chose !

Pour terminer, je vous dis à quoi nos thématiques font échos. En 2010 nous avons traité Maghreb-Afrique, des cultures en partage pour montrer le statut tampon de la Mauritanie, Écrits et mémoire, en 2011, Écrits et cris, en 2012, Migrations et voyages, en 2013, et en 2014 nous avions abordé Diaspora entre Écriture et Construction. Un focus sur la Diaspora pour rapprocher celle-ci du pays d’origine ! Les voies sont multiples, de l’écriture aux projets sociaux. Vos lecteurs auront l’exclusivité de notre programmation 2015 !

Propos recueillis par Daisy Boustany

Source: Cridem

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