Nouvelle de Aichetou Ahmedou : HARCÈLEMENT (SUITE 1)

HARCÈLEMENTLeila n’était pas vraiment belle, mais sans le savoir, elle avait énormément de charme. Elle jetait sur la vie un regard tranquille, empreint de douceur, de candeur et d’émerveillement. Elle était sensible et généreuse. Ses parents la gâtaient outrageusement. Avec son petit frère Yeslem, encore un bébé, ils constituaient leur seule famille. Pourtant, elle demeurait simple et égale à elle-même.Comme ses parents, elle avait un caractère heureux et était de commerce agréable.

Leila était profondément compatissante et ne voyait que le bien partout. L’être humain pour elle était une créature idéale, pétrie de qualités visibles ou non.
Leila devait dormir tôt. Son patron ne badinait pas avec l’heure. Et quand on devait passer par le carrefour de Ould Mah, pour aller travailler, on avait intérêt à se magner.

Son patron qui la surveillait de près, de si près …

Ils avaient dîné à 20 heures d’œufs brouillés et de marmelade de pommes et Yeslem dormait déjà à poings fermés, dans son berceau bleu et blanc.
Le lendemain, elle embrassa les joues endormies, rebondies et fleurant la cannelle de sa maman, puis s’éclipsa, à la suite de son père. Elle s’installa sur le siège avant, à ses côtés et il démarra en trombe.

Le ciel était dégagé et l’air vif et pimpant, comme le sont souvent les matins du mois de mars, à Nouakchott. Cela promettait une journée ensoleillée et peut-être même chaude. Avant que la brise marine ne vienne remettre en question tout ce déballage météorologique.

Sidi, un ami de son père, lui avait offert de travailler pour lui. Il avait pour épouse une autre Russe, Adriana. A croire que le fait d’avoir des épouses de même nationalité tissait des liens particuliers. A la fin du mois, elle percevait un salaire de misère, mais Sidi avait promis de l’augmenter, dès qu’elle aurait fait ses preuves.

Elle lui en était reconnaissante, car cela faisait trois ans qu’elle avait obtenu son diplôme de maîtrise en économie, à l’université de Nouakchott et commençait à s’impatienter sérieusement bien qu’elle sût pertinemment qu’elle était loin d’être la seule dans son cas. Presque tous ses promotionnaires sont encore au chômage.

Au bureau, elle était la première arrivée comme d’habitude, sauf qu’aujourd’hui, le patron était là lui aussi. Elle s’empressa de regagner le cagibi qui lui servait de bureau. Malgré son étroitesse, elle avait réussi à le rendre agréable. Dans un coin, dans un vase énorme, une grande plante verte artificielle, dont les larges feuilles d’un vert gras étaient entremêlées de brins de menthe fraîche poivrée qui embaumait et quelle renouvelait tous les jours, en les achetant chez le gardien qui, depuis quelque temps, s’était métamorphosé en jardinier, pour son plus grand bonheur.

Elle avait hérité le goût de la nature de sa mère, qui réussissait à transformer chaque mètre carré de terre à sa disposition, en un jardin ou verger florissant, ployant sous les fleurs et les fruits.

Son bureau, petite table munie d’une chaise ; le tout en bois rouge, de qualité, sentait bon la cire et luisait doucement, à la lumière qui entrait en biais, par le vasistas, aménagé en haut du mur.

Une autre petite fenêtre en ogive creusait le mur mitoyen, qui séparait le bureau du patron du sien. Mais elle était toujours fermée celle-là. Leila l’avait cachée derrière un petit rideau en chintz, vert et rose, du plus bel effet.

Un beau portrait de ses parents, jeunes mariés, en lune de miel à Kiev, en Ukraine, était accroché à ce même mur, juste au-dessus du rideau. La table de son bureau était trop petite pour le recevoir. Presque tout l’espace qui y était disponible était occupé par un antique portable Toshiba, dont elle refusait de se défaire, par attachement et par habitude, ainsi qu’une épaisse liasse de papiers, retenus à la table par une lourde agrafeuse.

Leila n’était ni maquillée ni parfumée. Sa tante paternelle Tahya, lui avait seriné tant de fois que la jeunesse était un ornement suffisant pour le visage, qu’elle devait laisser les onguents et autres artifices pour les mauvais jours, au plus tôt à partir de 35 ans. Quant au parfum, ‘’il fallait un nez pour le sentir, humain ou djinn’’, donc c’était à proscrire avant le mariage. Sa tante l’éduquait à la Maure. ‘’Ta maman ne risque pas de t’apprendre grand-chose à ce sujet et c’est affligeant’’, disait-elle, souvent. Leila était propre et bien habillée et à son âge cela suffisait pour être belle, selon Tahya toujours.

Leila lui obéissait, sans avoir besoin de se forcer.

Son patron entra à sa suite et se tint debout entre elle et son bureau. Elle attendit poliment qu’il la laisse s’assoir. Elle s’occupait des factures, devis et tout ce qui était comptabilité. Son patron était propriétaire d’un complexe commercial. Elle avait connaissance d’une station d’essence, d’un super marché et d’appartements meublés. Là, c’était un bureau d’études et de comptabilité, dont il faisait le siège principal de ses nombreuses affaires.

- Attends, il y a une brindille accrochée à tes cheveux …

Surprise, elle le vit farfouiller dans ses cheveux, en un geste qu’elle trouva tout de même paternel, bien qu’interdit par sa religion, jusqu’au moment où il glissa subrepticement un doigt vers sa bouche. Elle tressaillit malgré elle et fit un pas en arrière, tout en espérant qu’il n’en avait rien remarqué.

A SUIVRE…

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