Nouvelles d’ailleurs : 8 Mars…

derwich_mint_meriemeMais pourquoi donc une Journée de la Femme ? Comme chaque année (vous me connaissez), je vais encore pousser mon coup de gueule du 8 Mars. Non pas que le thème « Journée de la Femme » ne soit pas intéressant ou inutile mais parce que je suis « ravie » que le monde entier chante mes louanges (en tant que femme) pendant 24 heures.
Parce que je suis « ravie » qu’on me consacre une journée officielle, entre la journée de l’arbre, la journée du lavage des mains, la journée du koala, la journée des amoureux, la journée de la politesse et j’en passe. Tellement ravie qu’en cette journée, je participe, à ma manière, aux réjouissances : en râlant.
En ce 8 Mars, j’ai droit à tous les poncifs : maman, sœur, épouse… ou, si vous voulez, épouse, sœur, maman…. Dans l’ordre ou dans le désordre, comme au tiercé. Au choix, selon vos regards. Je suis donc « ravie » qu’on ne voit, en moi, que cette « sainte trinité », qui me réduit à un cliché qui est tout, sauf une réflexion sur « qu’est-ce qu’être une femme ? », quels combats pour quelle égalité de droits, quelle place dois-je avoir au sein de la société, quelles volontés politiques, pour mettre en œuvre, derrière les grands discours, les programmes d’égalité des genres ?
Quand on me réduit au triptyque « mère, femme, sœur », je me sens, d’un coup, comme dépossédée de ce que je suis, en mon essence : un Homme (au sens du genre humain), au même titre que les autres, sans plus ni moins de qualités et d’aptitudes. Il y a une sorte de paternalisme affectueux, dans cet enfermement du regard sur le féminin pluriel. Une gentillesse, une infantilisation qui m’exaspèrent.
Je ne nais pas épouse, mère ou sœur. Je le deviens, parce que c’est ainsi qu’on nous élève, qu’on nous formate à ce que la morale publique et le culturel entendent des sexes. Aux hommes, une prééminence ; aux femmes, un modèle réducteur et confortable qui coupe toute velléités de se libérer du carcan imposé.
Rien ne m’énerve plus que le fameux « Derrière chaque grand homme, il y a une femme ». Derrière chaque grand homme, il y a… un homme, une société patriarcale. Il n’y a pas de femmes. Ce genre de poncifs est le lot de consolation, pour les compagnes de ces « grands hommes ». On donne bien un sucre à son chien, parfois…
On nous dit qu’en 2030, nous devrons avoir atteint les objectifs des OMD pour l’égalité des sexes. Certains y croient. Je n’en fais pas partie. Quand je vois la place qui nous est accordée, à nous femmes, 2030 ne reste qu’un vœu pieux, une belle occasion de faire le beau, dans les organisations internationales et de montrer, au monde entier, que nous aussi aimons nos femmes et rêvons, pour elles, une société égalitaire.
Être femme n’est facile nulle part sur cette terre, même dans les sociétés occidentales où, pourtant, le combat pour les droits des femmes est beaucoup plus avancé que chez nous. Chez nous, nous en sommes au point zéro.
Oh, sur le papier, tout est parfait ! Notre pays a tout ratifié. Nous nous gargarisons de ce que « les femmes sont reines, chez nous », etc., etc. Mais, dans la triste réalité de tous les jours, nous sommes très loin de ce monde parfait des Bisounours.
Chaque jour, dans nos foyers, nos lieux de travail, la rue, devant la justice, nous nous rappelons, amèrement, que nous sommes considérées encore comme des enfants. Qu’être femme n’est pas une sinécure. Que nos vies ne sont que combats, petits et grands, anonymes ou non.
Nous vivons dans un pays où le mariage précoce existe, où l’excision perdure, où la polygamie est « normale », où le taux de déscolarisation des filles reste fort, où chaque jour des femmes sont abandonnées par leurs maris et se retrouvent, seules, sans aides financières pour élever leurs enfants.
Nous vivons dans un pays où certains discours religieux renvoient la femme à ses marmites et à « l’élevage » des enfants. Nous vivons dans un pays qui n’hésite pas à nommer une femme ministre des Affaires étrangères mais où la morale s’indigne, dès lors que cette même ministre ose serrer la main de ses homologues étrangers.
Nous vivons dans un pays où il faut se battre, comme des chiffonnières, devant les procureurs, pour que les violeurs soient punis, où chaque action en justice est une guerre des tranchées. Nous vivons dans un pays où la loi est rarement appliquée, ces lois qui sont faites pour protéger les femmes et leurs droits. Que pèse la Justice, face à la « bienséance » morale, face à la moralité ?
Certains pensent que la parité serait la panacée à tous nos mots. Je déteste cette idée. Car, en nommant, quotas obligent, des femmes pour cette même parité, restera toujours, en filigrane, le sentiment de savoir si telle ou telle femme a été nommée parce qu’elle est la personne qu’il faut au poste qu’il faut ou simplement parce qu’elle est femme…
L’égalité hommes/femmes passe, d’abord, par l’éducation. Quand on voit l’état de la nôtre, nationale, le pari est loin d’être gagné. Et il suffit de regarder les manuels scolaires, pour voir que ce thème de l’égalité des sexes est inexistant en ce qu’on apprend aux enfants.
Ce combat passe par l’éducation. Mais, aussi, par la volonté politique. Il n’est pas une guerre hommes contre femmes. Il ne peut se faire qu’avec les hommes et les femmes.
Souvent, chez nous, derrière chaque femme qui a réussi, il y a un homme, le père, qui a cru en sa fille, quand la mère ne lui rêvait comme avenir que le mariage et les enfants. Ce combat passe par la justice et l’application des lois, avec des sanctions fermes et dissuasives. Ce combat passe par un changement de mentalités.
Lors de mes interventions publiques, je prends, souvent, le ton de l’humour et explique à mon auditoire que, non, je suis femme mais je ne suis pas née avec un gène du balai ou un gène « GPS pour trouver la cuisine » ; que, non, mon avenir ne consiste pas en un mariage ni un homme ; que, non, mon avenir n’est pas de ne faire que des enfants et de les éduquer ; que je ne savais même pas que j’étais une femme, avant la fameuse période des premières règles qui marquent la fin de l’égalité « petites filles/petits garçons » et m’inscrivent dans une éducation ménagère. Que cette découverte de mon sexe (en tant que sexe féminin) prédispose toute ma vie à venir. D’enfant, je suis, soudain, passée à ce fameux futur « mère, épouse, sœur ».
Nous aurons commencé à évoluer, le jour où l’on ne nommera plus, obligatoirement, une femme au poste de ministre de la Famille. Nous aurons commencé à évoluer, quand nous accepterons de parler d’héritage.
Nous aurons commencé à évoluer, quand il paraîtra normal qu’une femme soit nommée à un poste décisionnel pour ses compétences et qu’elle gagnera le même salaire qu’un homme. Nous aurons commencé à évoluer, quand on arrêtera de réduire la femme aux cheveux qu’elle montre ou à l’habit qu’elle porte, comme si son corps féminin n’était que péché.
Nous aurons commencé à évoluer, quand nos hommes apprendrons à ne plus dire« JE » mais « NOUS ». Nous aurons commencé à évoluer, quand un juge entendra la souffrance d’une femme et aura le courage d’appliquer la loi contre la « morale ». 2030, hein ? Nous en sommes très, très loin, à des années lumières. En attendant, nous fêtons le 8 Mars. Salut,

Mariem Mint Derwich

Source : Le Calame

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