Nouvelles d’ailleurs de Mint Derwich : «On ne naît pas femme, on le devient» (Simone de Beauvoir)

Mariem mint DERWICH_23Ça y est : ce fichu 8 Mars, Journée Internationale des Droits des Femmes (et non pas, comme on l’entend partout, Journée de la Femme), est passé.

Comme chaque année, on a eu droit à tous les poncifs sur les femmes, selon les penchants religieux et/ou politiques des intervenants, à tous les « Vive les femmes », à tout le sentimentalisme « sexué »….

Comme si nous devions être fiers de cette seule journée sur 365, où l’on se souvient qu’être femme est une lutte permanente, un combat de chaque minute pour les droits humains….

Je ne « fête » pas le 8 mars. Ce jour là, je me replie sur ma colère et mes impuissances. Je regarde passer tous les hommages produits et j’ai envie de pleurer. Je regarde les beaux discours d’intention, les belles déclarations, les «  nous ferons, nous avons fait…. », J’entends les cérémonies…

Le 8 mars, soudain, le monde entier se réveille femme. Le 9 mars, les choses et les réalités reprennent leur place….

Le 8 mars, je suis la Femme, le 9 Mars, je redeviens femme.

Et je reste femme, enfermée dans mon corps, dans nos traditions, dans nos quotidiens, dans la banalité de la vie.

J’ai fait  mienne, depuis mon adolescence et mes premières interrogations sur le « qui suis-je, quelle est ma place, que ferai je de ma vie, quel est le regard porté sur moi, femelle… ? », cette phrase lumineuse de Simone de Beauvoir : «  On ne naît pas femme, on le devient ».

Oui, nous devenons femmes parce qu’on nous l’enseigne, parce que ce sont les éducations et les codes sociétaux qui nous donnent nos sexes et les qualités et défauts pré supposés qu’ils sous-entendent.

Toutes nos vies sont conditionnées par ces regards qui décident et attribuent des rôles : aux hommes tel corpus de droits et devoirs, aux femmes tel autre corpus, comportements « sexués » qui inscrivent dans la pierre des sensibilités différentes telles que : une force masculine et une douceur féminine…etc.

Je ne suis pas née femme, je le suis devenue, porteuse symbolique de mon éducation et de ma société.

Tout comme on ne naît pas mâle, on le devient. Sauf que « devenir » mâle est plus facile car nos sociétés sont construites à la hauteur des hommes, pour les hommes, autour des hommes. Nos petits garçons sont élevés dans l’idée qu’ils sont tout. De cette éducation, ils garderont ce sentiment de supériorité naïve, ce sentiment de toute puissance, ce regard forcément discriminant sur les femmes.

Ils aimeront les femmes tout en, inconsciemment, les haïssant …

Rapports amour / haine, attrait / répulsion, compréhension / incompréhension….

Nous, femmes, sommes « dressées », oui dressées, depuis l’enfance à nos futurs rôles : celui de mère, celui d’épouse, celui de gardienne du foyer, celui de gardienne des traditions, celui de gardienne de la moralité et, surtout, celui de garante de la moralité d’une société.

L’honneur, la morale, le bien, le mal, le « vice et la vertu » passent par nous.

Aux femmes reviennent d’assurer la « normalité » du groupe.

Terrible héritage et fardeau que celui là car, malgré l’accès aux études, le regard porté sur les femmes et l’exigence de « garantes » de la moralité font que rien ne bouge.

Et nous perpétuons ces schémas, nous femmes. Formatées à cette idée que ces inégalités sont dans l’ordre des choses et de la nature, nous perpétuons les codes et statuts, nous sommes, même, nos propres bourreaux, quand il s’agit de l’excision par exemple, barbarie pratiquée sur les femmes par des femmes ou quand il s’agit du jeu matrimonial qui fantasme le « bon mariage »…

Les barreaux de nos cages sont si pervers que nous les entretenons tous les jours.

Si les diktats de nos sociétés sont érigés par les hommes, l’acceptation de la soumission est féminine.

Pourtant, seules les femmes peuvent briser les barreaux.

Que ne l’apprend-on aux petites filles ?

Alors, j’ai une pensée pour les petites filles « offertes » à un homme en mariage, ritualisation de la pédophilie ; une pensée à ces petites filles qui connaissent la souffrance atroce des mutilations génitales ; une pensée à celles qui vivent en polygamie, condamnées à vie aux combats de survies et aux stratégies ; une pensée à celles qui sont en servage, bêtes de somme ; une pensée à ces femmes violées et qui sont accusées, malgré la barbarie du crime, de ‘’Zina’’ (fornication) ; une pensée à ces femmes qui luttent pour nourrir leurs enfants ; une pensée à toutes les répudiées ; une pensée à celles qui abandonnent leur bébé « illégitime » par terreur du qu’en dira-t-on ; une pensée aux femmes « secrètes », mariées mais n’ayant aucun droit ; une pensée à celles qui se battent pour les droits humains et qui le paient au prix fort parfois, comme Mariem Dieng ; une pensée à celles qui pratiquent la prostitution pour pouvoir nourrir leurs enfants, ces centaines de femmes abandonnées ….

Une pensée pour toutes celles, « abeilles » des quotidiens, qui sont le cœur des familles.

Une pensée pour celles qui vivent dans le silence.

Une pensée pour celles qui aiment un homme mais qui en épousent un autre, choisi par la famille.

Une pensée à celles dont l’obligation de virginité est le seul « étendard » de la famille.

Une pensée pour celles qui « craquent » et dont on dit qu’elles sont folles.

Une pensée à ces jeunes filles élevées pour n’être que la femme de leur cousin germain.

Une pensée à toutes ces petites filles qui seront retirées de l’école très tôt.

Une pensée à ces petites filles qui accouchent dans les hôpitaux ou en brousse, petites filles qui n’ont parfois que 10 ou 11 ans !

Une pensée à toutes ces femmes qui luttent au quotidien pour les droits des femmes et pour la justice, militantes au jour le jour, et dont une a été menacée par 2 fatwas, Aminetou mint El Mokhtar.

Une pensée à ces militantes harcelées sur les réseaux sociaux, insultées, menacées de mort.

Une pensée à ces femmes qui demandent, au travers de leurs combats, que notre pays applique les Conventions Internationales qu’il a signées et, surtout, les fasse respecter.

 

Le combat des femmes, pour les droits des femmes, est un combat des femmes. Mais il doit être, aussi, un combat politique et un combat religieux.

En ces temps sombres de repli identitaire qui prend la forme d’un repli religieux, il faut que la voix des oulémas soit audible. Il faut que, dans nos sociétés fortement croyantes, ils rappellent que l’Islam a libéré la femme. Que l’Islam importé, comme le wahhabisme que nous vivons aujourd’hui ramène les femmes aux temps de la Jahiliya et dénie aux femmes leurs droits.

Seules les sociétés qui font de leurs femmes des citoyens à part entière, inscrites dans les mêmes droits que les hommes, égales des hommes, survivront. Les autres disparaîtront…

C’est inscrit dans le cours du monde …

Salut.

Mariem mint DERWICH

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